Marabout Sidi Mohamed : à la recherche de la baraka
Le marabout Sidi Mohamed à Casablanca suscite un culte enthousiaste qui se manifeste autour de son tombeau. Il est l'auxiliaire des dizaines de personnes dans les difficultés de la vie quotidienne, l'intercesseur auprès d'Allah. L'immanence de sa baraka
LE MATIN
22 Juillet 2004
À 16:57
Ces pratiques sont monnaies courantes au marabout Sidi Mohamed et par tout ailleurs, bien que, pour l'Islam, le corps d'un mort ne soit plus qu'un écrin vide. A l'extérieur du lieu, une panoplie de charlatans, de mendiants, de voyantes, etc., assurent le spectacle.
Les voyageurs viennent également confier leur chemin au saint. C'est le cas de Ahmed qui souligne : «je ne fais que passer par là , et je trouve que c'est un très bon marabout où l'on peut se ressourcer avant de continuer le voyage».
Les visiteurs sont constamment harcelés par des voyantes ou «nekachates» qui répètent à la longueur de la journée «aji nchouf lik el fal» (viens que je te prédise ton avenir ) ou «aji nkouch lik» (viens faire un tatouage de henné), sans oublier les chansonnettes de mendiants et vagabonds, qui rodent autour du lieu. Ce commerce connaît un essor considérable. Les femmes qui sortent du marabout s'arrêtent souvent chez les voyantes ou les «nekachates».
A ce propos, Aicha, voyante, affirme que des femmes viennent la consulter soit pour faire revenir un marie absent soit adoucire le caractère d'une belle mère méchante ou pour que je leur prédise l'avenir.
Toute sa clientèle, dit-elle, est généreuse, les gens me payent parfaitement bien parce qu'ils cherchent à apaiser leurs maux.
De son côté, Safia, 36 ans «nekachat», souligne que : «les gens qui s'y rendent ont tendance à être aisés et s'ils viennent jusqu'ici pour s'orner de henné, c'est pour avoir "la Barraka” de ce saint».
Les mendiants font une bonne recette sur les lieux. Les fonctionnaires de banques et de sociétés avoisinantes au marabout donnent de l'aumône à ces démunis qui font désormais partis du décor général des lieux.
Indignation
Si les visiteurs, les mendiants, les voyantes, etc., placent leurs espoirs dans ce saint, les commerces et les cabinets avoisinants le critiquent ouvertement. Preuve en est le Dr. Mamouni qui qualifie le lieu de véritable cirque. Pour lui, il est impératif de mettre fin à ces pratiques d'un autre âge.
Un avis partagé par Naima Batteoui, employée de banque, qui estime que c'est intolérable de concevoir de telles pratiques au 21e siècle et au moment où le pays est résolument tourné vers le progrès et le développement. Et d'ajouter qu'il est insensé de laisser des femmes placées leurs espoirs dans des morts où il ne reste plus que la poussière.
Fausse note du décor
Le quartier des hôpitaux qui affiche une allure moderne contraste avec l'aspect lugubre de ce marabout implanté au cœur du quartier. Il se situe au quartier des hôpitaux non loin du boulevard Zerktouni . Ce qui lui confère un emplacement idéal près du siège de la SGMB et deux cliniques très connues et de quelques sociétés. Sidi Mohamed a également une belle vue sur le parc du quartier et une autre sur l'hôpital Ibnou Rochd. La seule fausse note des lieux est ce marabout qui ne cadre pas avec l'esprit mondain du quartier.
Historiquement, selon Bouchaib Knadli, gérant des lieux, le terrain sur lequel a été construit ce «darih» a été cédé au Sherif Sidi Mohammed et sa femme Lala Aïcha. Ce couple était connu pour ces vertus et son dévouement. A leur mort, ils ont été enterrés sur les lieux. Depuis, la légende de ce saint est propagée et attire des centaines de fidèles qui viennent chercher sa «baraka».
Cette «baraka» souvent invoquée a fuit les lieux où se sont accumulés, dangereusement, les ordures. Il est difficile pour quelqu'un qui ne croit pas à ses légendes que cette décharge pardon marabout est un lieu saint. Les occupants de cet espace feront mieux de donner un coup de balais à l'endroit au lieu de mendier toute la journée et nuire au calme du quartier avec leurs slogans farfelus.
Les pauvres habitants du quartier devront cohabiter avec ce monde surréaliste puisque ce n'est pas avec notre article qu'on changera des croyances enracinées chez une grande majorité des Marocains.