L'humain au centre de l'action future

«Roadmaster» de Stephen King : la belle américaine qui donne des sueurs froides

Stephen King avait donné la vedette dans l'un de ses premiers romans, il y a quelques années, à une voiture portant le doux prénom de Christine et ayant la particularité de courir après ses victimes pour les tuer. Aujourd'hui, dans «Roadmaster», l'auteur

02 Septembre 2004 À 15:02

Incontestablement, Stephen King maîtrise son sujet. Et pour cause. Victime lui-même d'un terrible accident de la route au moment où il se penchait sur la rédaction de «Roadmaster», il lutta longtemps contre la mort. La voiture, cause de tous ses maux, devient obsessionnelle. Le maître de l'étrange confère pourtant à ce thème toute une dimension fantastique. La voiture en question n'est pas une vraie voiture : batterie débranchée, planche de bord factice, matériaux de construction d'origine inconnue.

Abandonnée par un homme qui a disparu sans laisser de traces dans une station de service, la voiture est remorquée par la police d'une ville rurale de Pennsylvanie. Tout de suite, les hommes de la compagnie D comprennent que la fameuse Buick remisée dans le hangar, qui les fascine tant, recèle d'étranges pouvoirs surtout lorsque des phénomènes inexpliqués surviennent. Son coffre qu'elle ouvre à loisir pour projeter des êtres abominables ou pour avaler des hommes ouvre-t-il la voie vers un autre monde parallèle ?

Les policiers qui se relaient pour raconter cette histoire au fils de l'un des leurs fauché par une Buick folle ont tendance à le croire. Et font partager cette impression aux lecteurs. L'écrivain distille savamment d'étranges angoisses. Le récit, raconté à plusieurs voix, permet de découvrir alors le cœur d'une unité de police, ses habitudes, ses fonctionnements. Stephen King détaille le quotidien avec brio. Ayant le talent et le souci du détail, l'écrivain finit chaque chapitre avec LA formule qui maintient en suspens. Et comme toujours, l'extraordinaire se cache derrière le normal.

«J'ai vu le cercle que nous formions, debout, le regard dirigé vers le sol, comme des assassins rassemblés autour de la tombe de leur victime, et j'ai compris que c'était nous, les étranges créatures venues d'ailleurs. J'ai vu toute l'horreur que nous pouvions inspirer. Dans cet instant, j'ai éprouvé la même sensation de complet égarement que cette créature», explique l'un des policiers à Ned, également envoûté et fasciné par la voiture qu'il soupçonne d'être la cause directe de la mort de son père.

Pendant plus de vingt ans, la voiture fait l'objet d'une étroite surveillance. Les séismes de lumière, violents au départ, commencent à s'affaiblir. Les policiers qui gardent jalousement son secret ne sont pourtant pas dupes. La Buick, tout en reflet et en chromes et dont la gueule menaçante, ressemble à celle d'un requin boulimique, n'a pas encore dit son dernier mot.

«Roadmaster» sera-t-il le dernier livre qu'écrira le maître de l'épouvante ? Stephen King avait annoncé, en effet, au lendemain de son terrible accident sa décision d'arrêter d'écrire en 2004.

Le dernier King s'offre donc comme une porte ouverte sur une dimension dont il ne dit rien (Vaisseau spatial abandonné ? Piège à humains pour E.T. en quête de chair fraîche ? Voie vers un monde parallèle ?) , Stephen King brouille encore un peu plus les pistes. Il a bâti son œuvre, avec un talent rare, sur une forme de fantastique concret, ancré dans la réalité quotidienne d'une communauté rurale. L'épouvante survient dans la vie de gens normaux, un art dans lequel excelle avec brio maître King.

«Roadmaster» de Stephen King, Ed. Albin Michel, 445 pages

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