Colloque du CRES à Errachidia et Rissani : «Le Maroc est saharien»
"Le Sahara n'est pas seulement marocain, puisque le Maroc est saharien", a souligné Hassan Aourid, porte parole du Palais Royal et président du Centre des études et de recherches sahariennes, lors du séminaire scientifique organisé conjointement, les 9 et
LE MATIN
12 Avril 2005
À 16:17
En effet, l'espace saharien au Maroc s'étend du Sud à l'Est, contournant la frontière naturelle des chaînes Atlassiques orientales (Moyen et Haut Atlas) et du sud (l'Anti Atlas) et abordant du côté ouest le littoral Atlantique et à l'Est les hamadas de Tindouf sur une superficie de plus de 530.000 km2, soit 75% du territoire national, pour moins de 8 % de sa population, avec une densité moyenne de quatre habitants au km2. La marocanité du Sahara dans le discours historique et littéraire s'illustre dans les épopées de l'histoire marocaine, les récits de voyage, les documents historiques et les différents manuscrits.
Ce riche patrimoine, qui représente une profusion de témoignages, montre que l'histoire du Maroc a continué à tirer sa vitalité et son renouveau de cette profondeur saharienne depuis l'avènement de la dynastie des Almoravides. Organisé sous le thème "le Sahara, un espace de communication", le séminaire d'Errachidia et de Rissani a connu une forte participation de professeurs universitaires et d'experts en la matière, venus des universités de Fès, de Marrakech, d'Oujda, d'Agadir et de Rabat, et qui ont exposé et étudié tout ce qui a été écrit sur l'histoire ancienne et contemporaine du Sahara.
Il ressort de ces nombreuses interventions que les sites découverts dans le Sahara recèlent à travers les peintures et les gravures rupestres la présence humaine ainsi que la faune qui ont peuplé jadis cette zones. Ils représentent en même temps une page d'histoire gravée ou reproduite en peinture sur les pierres d'une Afrique ancienne et d'un Sahara verdoyant qui était occupé par les plus anciens ancêtres des Amazighs, les Paléolibyens sahariens.
Pour Mohamed Noussairi, professeur à la Faculté des sciences Semlalia de l'Université Qadi Ayyad à Marrakech, " la préhistoire du bassin de Tarfaya fait partie intégrante de la préhistoire du Sahara marocain. Les recherches que nous avons entrepris dans la région, depuis une vingtaine d'années, nous ont permis de reconnaître trois occupations importantes dans le bassin qui se succédées depuis la période archaïque jusqu'à nos jours ". Dans la même optique, Youssef Bokbot, enseignant-chercheur à l'Institut des sciences du patrimoine et des monuments (INSAP) de Rabat, enchaîne en indiquant que " la préhistoire récente a démontré que les plus anciennes civilisations néolithiques ont été influencées par le Sahara.
Le Sahara a même donné naissance à l'existence de l'Homme (Homosapiens), comme le démontre et le trace les sites néolithiques découverts dans divers foyers archéologiques éparpillés dans le grand Sahara et qui remontent à 9000 ans avant notre ère ". Il faut noter qu'à travers l'histoire du Maroc, le Sahara a toujours occupé une place privilégiée, et souvent déterminante dans la structure de fonctionnement de l'Etat séculaire. Les fondateurs des dynasties au Maroc étaient souvent directement issus de l'une des tribus du Sahara.
C'est notamment, le cas des Almoravides dont le fondateur, Youssef Ben Tachfine (XIe siècle), devait constituer le "Grand Maroc" qui s'étendait jusqu'aux frontières du Sénégal. Ces liens étroits avec le Sahara ne sont pas démentis avec l'avènement au pouvoir de la dynastie Alaouite (XVII e siècle), originaire du Tafilalet, et qui n'a guère cessé de conforter l'unité nationale et de renforcer les liens immémoriaux entre toutes les régions du Maroc.
D'après l'analyse faite par Khalid Chegraoui, enseignant-chercheur à l'Institut des études africaines (IEA) de Rabat, " le Sahara a toujours été un espace de contact, une voie de passage caravanière qui a nourri le commerce transsaharien et établi des relations d'échanges entre le Soudan occidental et l'empire marocain, comme il a également contribué à la constitution de la civilisation marocaine par ses richesse acheminées vers les grandes impériales : Fès, Marrakech, Taroudant et Meknès.
Par ailleurs, ce commerce transsaharien a donné naissance à des centres urbains commerciaux en plein désert : Sijilmassa, Tamedoult, Noul Lamta, Smara, Tagawste, etc ". L'histoire récente nous renseigne que le Maroc, juste après son indépendance, s'est intéressé à ses confins sahariens et africains. Il avait même créé un ministère des affaires sahariennes. Malgré sa reconversion territoriale, l'espace saharien a su sauvegarder sa place comme étant un espace d'enjeux géopolitiques et stratégiques pour les puissances régionales et internationales.
Dans ce sens M. Chegraoui travaille, en collaboration avec son collègue Driss Cheddad, professeur de géographie et d'aménagement du territoire à l'IEA, sur un projet bibliographique sur le Sahara marocain qui servira de matière première pour la recherche dans le domaine saharien. L'étude comportera également une analyse quantitative de cette bibliographie.