L'hypocondrie, affection des «malades imaginaires» : Mieux les comprendre permet de les aider
L'hypocondrie, affection des «malades imaginaires» Mieux les comprendre permet de les aider. La médecine connaît un spectaculaire essor ces dernières décennies. Mais la peur de la maladie gagne du terrain et les hypocondriaques se font de plus en plus nom
LE MATIN
07 Janvier 2005
À 18:32
Hépatite C, sida, cancer, maladies cardiaques, risques liés à l'environnement, et j'en passe, il ne s'écoule pas un jour sans que l'hypocondriaque découvre un motif d'inquiétude. Certes ces menaces nous tracassent tous mais, lui, il se croit vraiment atteint. Il vit au quotidien dans la crainte d'être atteint d'une maladie grave et passe son temps chez les médecins.
L'hypocondriaque a une quête incessante de soins auprès du corps médical et de son entourage. Au point parfois d'épuiser les meilleures volontés. «Ce comportement répétitif témoigne en fait d'une recherche de reconnaissance identitaire à travers le statut de malade. On retrouve dans ce type de personnalité un taux plus important d'anxiété et de dépression que dans la population générale» explique les spécialistes.
Il sert toujours de masque à un mal-être. En effet, lorsque l'hypocondriaque refuse d'admettre qu'il est déprimé, anxieux, ou s'il n'arrive pas à gérer les problèmes d'ordre professionnel ou familial, il choisit inconsciemment de désigner son corps comme siège de ses problèmes. Cette maladie peut se manifester, par exemple, à la suite d'un choc psychologique, comme la mort d'un parent, d'une maladie...
Elle affecte autant les hommes que les femmes et le nombre d'hypocondriaques augmente avec la vulgarisation des savoirs médicaux. La plupart des hypocondriaques refuseront d'admettre qu'ils ne sont pas malades et n'iront jamais consulter un psychiatre, soulignent les spécialistes. Ils diront : « je n'ai pas besoin d'en parler, j'ai besoin qu'on me fasse des analyses ou un nouveau scanner.
D'ailleurs, ils peuvent consulter plus d'une dizaine de fois pour le même symptôme et s'attendent toujours à ce que l'un de ces spécialistes confirment leurs craintes. Les traitements de cette affection existent mais ont des limites. Ces médicaments peuvent aider à soulager l'angoisse des hypocondriaques mais il existe peu de données sur l'efficacité des traitements actuels sur la maladie.
Une étude réalisée aux USA a montré «qu' un quart des patients abandonnent ces traitements en cours de route quand on leur dit que le problème est d'ordre psychologique et non physique».
Au cours de cette étude, 102 patients ont été traités par la psychothérapie et 85 ont reçu des soins médicaux de routine. Parmi ceux qui ont assisté à un total de six séances d'une heure et demie chez le «psy», presque 57% ont vu une nette amélioration de leurs symptômes et de leur qualité de vie après un an, contre seulement 32% dans l'autre groupe. «Disposer d'un moyen avéré d'intervenir et d'aider les patients est une avancée formidable».
En attendant, les spécialistes conseillent l'indulgence envers ces malades. Ils recommandent d'ailleurs à l'entourage d'entrer un peu dans le jeu de l'hypocondriaque pour ne pas nier son mal-être tout en en essayant de lui faire comprendre qu'il ne peut pas être atteint par la maladie à laquelle il pense.