L'humain au centre de l'action future

Lecture d'un concept : Abdallah Laroui «la modernité ne peut être contrecarrée»

19 Décembre 2005 À 16:17

L'historien et romancier marocain Abdallah Laroui a estimé «qu'il y aurait péril si nous prenons à contre-courant la vague de la modernité alors qu'il serait salutaire de savoir la prendre et suivre son mouvement».

Dans une conférence organisée, jeudi soir à la salle «Mustapaha El Khoudi" au siège de la MAP à Rabat, M. Laroui a précisé que "l'expérience du 20e siècle a montré que la modernité ne peut être contrecarrée que si on la transcende et que pour ce faire, il faudrait bien l'assimiler et la maîtriser».

Lors de cette rencontre animée par les professeurs Abdelmajid Kadouri et Noureddine Afaya, l'historien a présenté une lecture du concept de la modernité distinguant, à cet égard, entre l'explication historienne et celle philosophique.

Les historiens, explique-t-il, avancent que la modernité «a vu le jour dans un endroit précis à un moment bien défini, qu'elle s'est constituée comme une révolution en permanence, qu'elle s'est réalisée en plusieurs étapes mais qu'elle ne pouvait aucunement expliquer l'histoire moderne».

Quant aux philosophes, a-t-il relevé, ils ne veulent pas que l'histoire ait une explication qui conçoit la modernité en tant que concept, car cela conduit à un résultat différent que ce soit au niveau de la perception des choses ou de l'approche du concept de «la gouvernance».

Pour Laroui, penser la modernité d'un point de vue méthodologique, exige de nous que l'on se pose la question suivante : «doit-on partir du réel et donner raison en premier lieu aux historiens ou au contraire partir du concept (et donc des philosophes) et à travers lui opérer une présentation du réel».

Le conférencier a relevé que la modernité repose sur «l'individu, la raison, la liberté, la démocratie et la science», seulement, a-t-il ajouté, cette modernité «n'avait pas conscience de ses propres éléments» mais qu'elle les a plutôt, et à différentes étapes de son évolution, combattus parce qu'une des fonctions de la modernité est de développer son antidote : «il ne peut y avoir de modernité sans antimodernité», a-t-il noté.

Abdallah Laroui a présenté quelques approches où il a «relevé» les contradictions inhérentes à la modernité citant à titre d'exemple le cas de Rousseau qui «prônait la liberté de confession et combattait la civilisation et la science», et Voltaire qui «luttait contre la tyrannie et attaquait la démocratie», relevant qu'à partir du moment où la modernité est devenue synonyme de la civilisation occidentale, les débats autour de la crise de la civilisation se sont accrus et la recherche d'alternatives se sont multipliées soit dans le passé soit dans l'avenir.

L'historien ajoute que la modernité n'a pas été acceptée là où elle est née mais qu'elle a y été imposée notamment en Allemagne, en Russie, en Hollande, en Angletterre et en France, prenant corps dans les différents genres de créativité européenne moderne de «Manifeste universel contre les résultas néfastes de la modernité».
Copyright Groupe le Matin © 2026