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Les espaces verts de la cité ocre méritent une attention particulière : Promenade dans les jardins historiques de Marrakech

15 Janvier 2005 À 19:42

Véritable composante de l'aspect architectural de la Cité ocre, les Jardins historiques de Marrakech constituent par leur importance à la fois historique et civilisationnelle, une richesse qui mérite une attention particulière, étant donné l'impact de l'extension urbanistique et du développement de certaines activités (tourisme) sur ces espaces.


Certes, si durant les dernières années un grand intérêt a été accordé à l'aménagement et à la préservation de ces lieux à travers l'adoption d'une série de mesures en la matière, cette approche demeure cependant limitée et aurait pu être vivement applaudie et soutenue si toutefois, elle aurait prévu, outre la création de nouveaux jardins et espaces verts, la préservation des grands jardins historiques de la Médina, dont l'existence remonte à l'époque des Almohades et même avant.

Ainsi, pour l ancienne génération marrakchie qui conserve l'image envoûtante de cet Eden perdu, si les autorités locales déploient actuellement de grands efforts en vue de la création d'espaces verts comme c'est le cas dans les zones limitrophes des grands axes de la ville et quartiers résidentiels, une certaine défaillance de l'approche adoptée en la matière est à relever dès qu'il s'agit de s'interroger sur les mesures prises pour la préservation des vieux jardins de la ville.

Pour ces nostalgiques d'une ancienne cité fleurie que fût la ville de Marrakech notamment avec ces vastes oasis et ces grands jardins paradisiaques à caractère sensuel avec leurs zelliges, briques émaillées, marbres sculptés, plâtres ciselés et le bruissement de l'eau claire des fontaines et des nappes cristallines de leurs bassins, il est temps pour les autorités locales et les élus d'intervenir pour préserver ce qu'ils qualifient à juste de titre de poumons de la cité ocre.

M. Mohammed El Faiz, universitaire et historien des jardins à l'Université Cadi Ayyad de Marrakech, n'avait-il pas déjà tiré la sonnette d'alarme sur ce phénomène lorsqu'il écrivit, dans un article intitulé « Sauvons le patrimoine des jardins historiques de Marrakech » , que plusieurs interventions hâtives et non étudiées ont touché le patrimoine des jardins historiques de Marrakech, ignorant le caractère spécifique de ces espaces, faisant remarquer que les autorités de la ville se sont engagées dans une opération de transformation de ces jardins en pastiches de jardins à la française, condamnant à jamais un héritage exceptionnel par son style Almohade et Alaouite, son dessin et ses composantes végétales et architecturales.

Et le chercheur d'ajouter qu'en peu de temps, la ville de Marrakech a perdu Arsat Al-Koutoubia, transformée en parc floral moderne et Jnan Al Harti qui est en train de subir la même évolution. D'autres espaces ont subi le même sort, tels les Jardins de l'Agdal Bahmad, dont les premiers arbres furent plantés au 12e siècle par les Almohades et irrigués grâce à de nombreux réservoirs remplis d'eau du haut Atlas et Arsat Moulay Abdesalam, menacés de se transformer en piscine municipale pour le premier et en Cyber parc pour le second.

C'est aussi le cas des Jardins de la Ménara qui datent du début du 13e siècle et qui représentent le monument le plus emblématique du Royaume, lesquels ont été concédés à un investisseur étranger qui les a érigés en un lieu de spectacles privés du genre Sons et lumières, de Arsat Al-bilk qui s'est trouvée réduite à un simple jardin cloisonné, ou encore de Ghabat Chabab qui fût créée au lendemain de l'indépendance, à l'initiative de Feu Mohammed V et qui, à son tour, n'a pas été épargnée du fait de l'extension et de l'aménagement de la nouvelle zone touristique de Marrakech.

Toutefois, il convient de noter que si ces jardins historiques demeurent protégés dans le cadre de la Charte de Florence de 1982 et par le Comité international des Jardins ICOMOS/FLA relevant de l'Unesco, et que toute action en matière d'aménagement de ces espaces devrait être précédée d'une étude exhaustive et pluridisciplinaire (botanique, archéologique, architecturale et historique) visant à préserver l'authenticité de ces espaces, il est à signaler, d'une part, l'absence d'une telle étude et d'autre part, le risque de voir l'aspect oasien à la fois oriental et andalou de ces espaces se dénaturer du fait de ces interventions.

Néanmoins, si ces jardins historiques et espaces autrefois plantés de palmiers et oliviers ont subi les conséquences de l'extension urbanistique, d'autres jardins ont, en revanche, bénéficié d'une attention particulière et d'une série d'actions qui ont contribué à leur revitalisation, comme c'est le cas des jardins Majorelle, créées en 1924 par l'artiste-peintre français Jacques Majorelle.

Pour M. Abderrazzak Benchaâbane, secrétaire général de l'association pour la sauvegarde et le rayonnement des Jardins Majorelle, il est essentiel de préserver les espaces déjà existants via l'adoption d'un système d'entretien adéquat qui tienne compte de leurs spécificités au lieu d'aménager de nouveaux espaces verts.

Ainsi, confie-t-il à la MAP, la sensibilisation de la société civile quant à l'importance de ces espaces demeure déterminante, d'autant plus qu'il est nécessaire de faire appel à des professionnels pour la préservation de ce patrimoine.

C'est le cas en l'espèce des jardins Majorelle qui abritent actuellement une magnifique collection d'art islamique de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, faisant de cet espace féerique, complètement restauré en mars 2000 un jardin modèle en la matière, précise M. Benchaâbane.

Selon lui, grâce aux nouvelles techniques en matière d'irrigation, dont se sont dotés ces jardins et à la création dès 2001 d'une association pour la sauvegarde et le rayonnement de cet espace, la collection végétale s'est enrichie de plusieurs espèces de plantes rares et importées des cinq continents, faisant ainsi passer la Flore de ce jardin de 135 espèces en 1999, à 300 espèces à l'heure actuelle.
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