Spécial Elections 2007

Mohamed Sourour, le puncheur

01 Novembre 2005 À 14:21

Depuis toujours, le noble art exerce un pouvoir de fascination parce qu'il est pratiqué par des hommes hors du commun. Et si l'âge d'or de la boxe européenne s'est arrêté avant 1960, il n'a fait que bien se positionner au Maroc avant même ces temps. Les exploits du bombardier marocain, Marcel Cerdan (1916-1949), qui a réussi sa carrière mondiale à partir de Casablanca, ont réveillé chez nos jeunes la joie de boxer dans cette dure discipline où l'ascension ne fut pas toujours simple.

Mohamed Sourour, ou «Koussi» comme aimait le surnommer la foule bahjaouie lors des grands galas au garage «Lauret» à défaut d'une salle couverte, a su affronter les rudes coups de ce ring, crevant l'écran, d'abord sur le plan national puis à l'échelle internationale. Un Marrakchi de pure souche issu du quartier R'mila (1940). Dès 1959, il accompagna ses amis, les plus âgés du quartier, au club de l'ASAM coaché par les deux Français, M. Lucky (un officier de police) et M. Martinez (un entrepreneur). La vedette du club, un certain Romèro, le remarqua lors des entraînements. Quelques jours après, il fut convoqué à la réunion du comité au café de la poste (Gueliz) pour être informé qu'il est retenu pour son premier combat qu'il gagnerait après par un Knock-out au 1er round.

Ce club disparaît en 1960, sa place appelée «Dar Taliane» est aujourd'hui l'immense hôpital militaire «Avicenne». Sourour, écoeuré, regagna son quartier pour aider son père à la besogne quand un jour un ancien dirigeant lui conseilla d'aller se présenter au club de police de Marrakech, le Nèjm Riadi actuel. C'est là où il s'illustra durant 14 ans (1960-1674). Aujourd'hui retraité des PTT, il se souvient des problèmes vécus par ses absences pour aller boxer hors de Marrakech. Ce qu'il lui valut une mutation en juin 1967 à Casablanca.

Durant 6 ans hors de sa ville natale et loin de sa mère à qui il tenait beaucoup, il s'entraîna avec les clubs bidaouis qui l'estimaient beaucoup. Malgré la pression de quelques fédéraux de l'ère feu M'sika et Aissaoui, il refusa de signer à plusieurs clubs sans perdre leur amitié. Falja Fettah, Boujemaâ Hilmani et Aït Abou Ali étaient toujours de son côté. Les FAR l'ont consulté aussi.

A chaque gala, Koussi ne représentait que son club marrakchi. Ainsi, il s'accrocha de toutes ses forces pour brûler les étapes. Il ira frapper plus haut en allant chercher des titres maghrébins, arabes, africains et mondiaux. Ce puncheur simple et discret a marqué de ses gants la boxe Olympique. Aux jeux de 1968 il ne fut arrêté qu'au 3e tour et au 2e, à Munich 1972.

Dès 1960, les péripéties de ses combats furent un régal pour l'équipe nationale aux côtés de Lahcen Hidouss (Kenitra) et de Hassan Dlimi (Casablanca). La manière très technique avec laquelle il boxait et son travail de sape avec ses coups très précis acculaient ses adversaires à se défendre sans oser une offensive périlleuse. De la catégorie «coq» puis «plume» et «léger»", il domina le championnat national de 1960 à 1973. Il remporta sans peine son premier combat international en Côte d'Ivoire en 1961. Chaque année (1961 à 1967), il est l'invité inégalé en Libye. Il conquit sa ceinture arabe, dorée au Caire 1965. Une autre à Tunis lors du championnat maghrébin en 1967. Il s'illustra en battant le champion suisse (1965), celui de la Belgique (1967) et un autre Yougoslave.

Sa renommée lui valut l'estime de la femme de Marcel Cerdan qui lui offrit la tenue de combat de son mari en 1962 à Casablanca. De retour au bercail, il créa son club, Ring Atlas de Marrakech, incubateur des champions dont Laroka, Tijani et l'inoubliable international Nino. Mjirih (mi-mouche), Daraâne Mohamed (super welter) et Moulay R'chid (lourd) ont reçu leur première leçon de ce mentor président actuel du RAM. Il quitta la ligue de Tensift pour ne revenir qu'après intervention de quelques soucieux connaisseurs en 2005, à la commission disciplinaire, poste incompatible avec sa carrière de technicien expérimenté et éducateur chevronné qui devait être logiquement responsabilisé de la direction technique, lui qui maîtrise l'art des gants, de l'esquive, le direct, le contre, l'uppercut, le crochet et la garde.
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