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Portrait d'un leader syndical : Mahjoub Ben Seddik

19 Mars 2005 À 17:28

Mince, le visage ascétique aux traits particulièrement mobiles, l'image de Mahjoub Ben Seddik correspond plus à celle de l'intellectuel qu'à celle du tribun ou du leader syndicaliste.

C'est au début des années cinquante que le nom de ce Méknassi de pure souche qui a embrassé le métier de cheminot a commencé à occuper les devants de la scène nationale. Et, par la même occasion, les geôles du Protectorat, puis celles du Maroc indépendant.

Militant syndical de la première heure, l'homme a également fait de la politique.
D'abord à l'Istiqlal et ensuite au sein de l'Union nationale des forces populaires. Mais il n'oubliera jamais ses premières amours, et notamment les
« classes » qu'il a faites au sein de la CGT où il avait été élu secrétaire du Syndicat des cheminot en 1948.

Il n'oubliera jamais, non plus, les entraves qu'il y a rencontrées.
En ces temps-là, les Marocains n'y étaient pas particulièrement bienvenus.
A l'époque, les travailleurs français, particulièrement ceux qui exerçaient des petits métiers, étaient de farouches défenseurs du Protectorat. Le conflit était donc latent : pour M. Ben Seddik, outre qu'il soit un moyen de défense des intérêts des travailleurs, le syndicalisme est également un outil de combat contre le colonialisme. L'assassinat du leader syndicaliste tunisien Farhat Hachad en décembre 1952, lui offrira l'occasion de le démontrer.

Au cri de « Vive l'Afrique du Nord musulmane », les travailleurs marocains voulurent crier leur rage. Ce fut « la souricière ».
Des centaines de morts, plusieurs dizaines d'arrestations et une répression aveugle en a été le bilan.

Le Résident général parlera à cet égard de la « plus grande rafle politique » jamais opérée au Maroc. Mahjoub Ben Seddik sera écroué à la prison centrale de Kénitra où il rencontrera Abderrahim Bouabid, El Hansali ainsi que d'autres nationalistes.
A sa sortie en 1954, il exigera comme préalable à toute discussion avec le protectorat, le retour d'exil de S.M. Mohammed V. Parallèlement, il oeuvrera à parfaire la mainmise des nationaux sur les structures syndicales qui les représentaient.

Dès le 5 janvier, un manifeste appelant la classe ouvrière « à prendre conscience de sa force et du rôle qu'elle doit jouer dans la lutte pour l'émancipation nationale et la démocratie sociale », a été rendu public.
Il demandait aux nationaux de s'organiser en une puissante centrale syndicale « capable de réaliser ses aspirations les plus profondes ».
Ce fut fait le 20 mars 1955, clandestinement, dans une petite maison du boulevard El Fida à Casablanca.

« Ce jour- là, les travailleurs marocains défiant les lois oppressives du colonialisme, ont conquis de haute lutte la liberté syndicale, remportant ainsi la première bataille de la libération nationale », noteront les rédacteurs de l'un des premiers manifestes syndicaux du Maroc indépendant.
M. Ben Seddik y avait mis du sien. Notamment son expérience dans le mouvement syndical et dans la résistance anti-coloniale.
Les deux étant d'ailleurs liés.

Tout comme l'UMT était organiquement liée d'abord à l'Istiqlal, puis à l'UNFP.
Il jouera un grand rôle dans ce syndicalisme politique résolument nationaliste et progressiste.

Il fut l'un des artisans du regroupement et de la scission des cellules istiqlaliennes qui allaient donner naissance à l'UNFP, en 1959. John Waterbury, dans «Le Commandeur des croyants», mettra en relief ces années d'engagement de gauche, peu connues. Flash Back : le 6 septembre 1959, au congrès constitutif de l'UNFP qui s'est tenu au cinéma Kawakib à Casablanca, il y avait, entre autres les militants de l'UMT et M. Ben Seddik fera partie des instances dirigeantes du nouveau parti .

Il pèsera, depuis lors, sur les décisions politiques, grâce à la puissance de sa centrale syndicale. A telle enseigne qu'il sera l'un des artisans du rééquilibrage de l'échiquier politique qui s'opèrera dès les années 60.

Depuis lors, l'homme demeurera constant dans ses prises de positions et dans sa praxis. Il n'aimera jamais les lumières, ni les petites phrases assassines, ni les déclarations de presse impromptues. Seule la grand-messe du 1er mai, lui offrira, chaque année, l'occasion de dire sa pensée et se déterminer face à l'Histoire.
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