Proposition de Driss Benzekri lors de l' émission de la TVM consacrée aux droits de l'Homme au Maroc : des prisons reconverties en musées ?
Le président de l'Instance Equité et Réconciliation (IER), Driss Benzekri a affirmé que la convergence des fermes volontés de S.M. le Roi, de l'Etat, de la classe politique et de la société sont à l'origine de l'approche distinguée adoptée pour tourner la page des violations des droits de l'Homme au Maroc et réhabiliter les victimes de ces agissements.
M. Benzekri, qui a été l'invité, la semaine dernière, de l'émission mensuelle "Hiwar" de la 1ère chaîne de télévision nationale (TVM), a indiqué que le choix par le Maroc de cette approche des droits de l'Homme émane de la volonté inébranlable d'amorcer le changement et d'orienter le pays vers le développement durable sur la base de conditions précises, rappelant que cette vision a été adoptée dès la fin des années 80 et le début des années 90, à l'initiative de feu S.M. Hassan II.
M. Benzekri, également secrétaire général du Conseil consultatif des droits de l'Homme (CCDH), a estimé que c'est grâce à ce changement que d'autres processus ont pu être engagés dans le domaine de la réconciliation et afin de transcender les séquelles du passé, essentiellement le processus politique inauguré entre feu S.M. Hassan II et la classe politique et qui a débouché sur des amendements constitutionnels substantiels, en particulier en ce qui concerne le domaine des droits de l'Homme.
Ce changement, a-t-il dit, a contribué à " une ouverture dans le paysage politique, couronné par l'élargissement des détenus politiques, dont environ 1.000 disparus incarcérés dans les bagnes de Tazmamart et de Kalaât Magouna et 400 autres dans les différents centres de détention ".
M. Benzekri a également rappelé les changements survenus à l'époque en ce qui concerne les lois relatives à la consolidation des droits de l'Homme, grâce en particulier au rôle du CCDH et du Parlement, citant les amendements apportés au code de procédure pénale et les réformes de l'arsenal juridique relatif aux droits de l'Homme au Maroc. La société civile, a-t-il ajouté, a, de même, joué un rôle important pour faire connaître les violations des droits de l'Homme, à travers des propositions et des avis, précisant qu'il a été procédé à " un dialogue civilisationnel " dans ce sens, couronné par l'adoption par l'Etat du projet élaboré par la Commission de Vérité après sa discussion par le CCDH de manière démocratique avec les différents partis politiques.
De même qu'une recommandation, qui a reçu l'aval de S.M. le Roi Mohammed VI, a été publiée, a-t-il ajouté. M. Benzekri a indiqué que la délimitation de la période des graves violations des droits de l'Homme au Maroc entre 1956 et 1999 est liée à une catégorie des violations graves des droits de l'homme au Maroc, rappelant que c'était feu S.M. Hassan II qui avait pris cette initiative, laquelle s'inscrit dans le cadre de la stratégie du changement démocratique et de l'élargissement des libertés au Maroc. " Le fait de se focaliser sur cette période en ce qui concerne les graves violations des droits de l'homme ne signifie nullement que cette période était marquée uniquement par des violations ", a-t-il dit.
M. Benzekri a appelé à faire la distinction entre les étapes de l'Histoire qui ont connu des violations des droits de l'Homme telles que la période des années 60 et 70 qui diffère, selon lui, de celle d'après les années 80 où les disparitions systématiques et forcées se sont arrêtées, évoquant la décision prise en 1998 par feu S.M. Hassan II, ainsi que celle prise en 1999 par S.M. le Roi Mohammed VI en vertu desquelles la mission de l'instance d'arbitrage s'est élargie pour englober les détentions arbitraires, les enlèvements et les disparitions forcées.
La mission de l'Instance Equité et Réconciliation (IER) s'est principalement focalisée sur les violations par l'Etat des droits de l'Homme dans le cadre de ce qui est communément appelé la responsabilité politique de l'Etat, a-t-il dit, ajoutant que l'Instance a adopté, dans son action, une méthodologie fondée sur la concertation avec les différents acteurs politiques et les associations de la société civile, notamment celles oeuvrant dans le domaine des droits de l'Homme.
M. Benzekri a également évoqué les rencontres tenues avec les victimes ou avec certains des membres de leurs familles et les tournées qui ont concerné, jusqu'à présent, plusieurs régions du Royaume ainsi que l'accueil favorable réservé à l'action de l'IER, notamment par les victimes elles-mêmes.
Il a également abordé les difficultés rencontrées par l'IER en matière de définition des critères d'indemnisation et de réparation des préjudices subis, soulignant l'existence d'une réflexion pour transformer les anciens lieux de détention en de nouveaux espaces qui seront exploités de la manière la plus saine.
L'IER qui ne peut en aucun cas se substituer à la justice, publiera prochainement son rapport qu'elle soumettra à S.M. le Roi, a indiqué en conclusion M. Benzekri.