La région Tanger-Tétouan veut concilier exploitation des carrières et protection de l'environnement
Faire face aux engagements de grands projets structurants et au dynamisme du secteur du BTP
MAP
09 Janvier 2006
À 01:00
Avec l'engagement de grands projets structurants (projet Tanger-Med), la mise en place de nombreux ouvrages d'infrastructures (ligne du chemin de fer et autoroutes) et la dynamique allant crescendo du secteur du bâtiment, les carrières d'extraction de matériaux de construction n'ont jamais été aussi sollicitées dans la région Tanger-Tétouan. Une surexploitation de gisements de ces matériaux concentrée, pour des raisons de coût, aux alentours des grands chantiers, ne manque pas de susciter de sérieux soucis quant à l'impact sur l'environnement.
Conscient de ce phénomène, le Conseil de la région Tanger-Tétouan a organisé, jeudi, une rencontre entre opérateurs BTP, responsables du secteur de l'urbanisme et élus de la région en vue d'initier une réflexion concertée sur les mesures à entreprendre pour concilier les besoins du développement et les exigences de la protection de l'environnement. Cette journée d'études, organisée en collaboration avec l'Université Abdelmalek Essaadi, a également pour objectif de se concerter sur les moyens d'optimiser les recettes des communes en taxes imposables aux extractions des carrières.
Un objectif qui passe nécessairement par l'application d'une réglementation rigoureuse dans un secteur qui souffre d'une certaine anarchie et des pratiques frauduleuses. Des rapports d'enseignants chercheurs de la faculté des sciences de l'Université Abdelmalek Essaadi, indiquent que la région Tanger-Tétouan est particulièrement riche en gisements de matériaux naturels utilisés dans les travaux publics et le bâtiment.
Selon des intervenants, la région compte des dizaines de carrières pour répondre aux besoins de la relance sans précédent des mises en chantiers en bâtiment et travaux publics. Outhmane Mernisi, de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) relève, à cet égard, que la région Tanger-Tétouan est le deuxième consommateur de ciment après Casablanca.
A fin novembre 2005, les chantiers de la région ont englouti 1,105 million de tonnes de ciment, soit 11,8% de la consommation nationale. En comparaison avec la même période de l'année précédente, la hausse de la consommation de ciment dans la région a augmenté de 15,32%, soit trois fois plus que la moyenne nationale, précise M. Mernisi.
Outre les trois carrières d'extraction de roche pour cimenterie, la région compte notamment 48 carrières de roches pour l'industrie du concassage et la construction, 16 exploitations d'argile pour l'industrie du céramique et deux sites de prélèvement du sable marin. L'intervenant relève également que les professionnels du secteur ne présentent que 50% des extractions. Un volume de production estimé à plus de 40 millions m3 par an sur la base des recettes prévisionnelles des taxes communales sur les carrières.
M. Mernisi estime qu'une déficience de la législation sur l'exploitation des carrières entraîne une certaine anarchie dans le secteur. Une anarchie qui se traduit par la multiplication des intervenants, une surexploitation nuisible à l'environnement et des fraudes qui privent les communes de précieuses recettes.
Selon l'intervenant, le Dahir de 1914 sur les carrières est désormais inadapté à la situation actuelle et les dispositions de la loi 08/01 ne sont pas applicables au secteur faute de concertation préalable du législateur avec les professionnels. Et de relever la situation des sites d'extraction du sable pour le bâtiment sur les plages de Tahaddart et Houara.
Outre la surexploitation qui met en péril la plus importante nappe phréatique de la région (estuaire de Tahaddart), l'intervenant a attiré l'attention sur les risques de l'utilisation des sables à haute teneur en salinité dans le bâtiment.
Le dragage du sable marin est tout aussi néfaste pour l'environnement.
Sur des sites de dragage, les chercheurs ont constaté une importante dégradation du fond marin qui s'accompagne par un amenuisement des ressources halieutiques.
Tout en exprimant la disposition des professionnels à chercher des produits de remplacement dans le bâtiment, l'intervenant a préconisé un durcissement du contrôle pour empêcher le transport des sables de ces sites en dehors de la région, conformément à la réglementation en vigueur. Après avoir dressé un état des lieux des carrières de la région et son potentiel en matières premières, des enseignants chercheurs de l'Université Abdelmalek Essaadi ont abordé les différents aspects de l'impact des carrières sur l'environnement.
La principale source de nuisance est relative aux émanations des poussières lors des opérations de concassage des roches. Les nuages de poussières affectent particulièrement le couvert végétal. Une carrière à Larache a été récemment fermée à cause de l'importante dégradation constatée sur les prés et champs d'agriculture des alentours.
Les participants ont relevé la nécessité d'imposer à ce type de carrière l'utilisation du système anti-poussière par le procédé de cyclonage. Ils ont également évoqué le problème des effets sur les nappes phréatiques, l'entrave du cours naturel des eaux de surface, les risques d'éboulement de terrain et l'affectation de l'esthétique des paysages. Les intervenants ont ainsi plaidé pour la mise sur pied d'un plan de gestion du secteur d'extraction des matériaux naturels dans la région.
Une démarche nécessaire pour parer à l'exploitation anarchique et mieux contrôler les effets des carrières sur l'environnement. La réhabilitation par le reboisement des sites des carrières à la fin de l'exploitation a été vivement recommandée. Les intervenants ont proposé de conditionner la délivrance des autorisations d'exploitation des carrières par le dépôt d'une caution à cet effet.