Le RNI devra choisir soigneusement ses alliés
LE MATIN
09 Janvier 2006
À 16:01
Deux facteurs essentiels conduisent fatalement le champ politique national vers une nouvelle configuration. D'un côté, l'entrée en vigueur de la nouvelle loi des partis politiques, récemment adoptée par nos parlementaires, avec l'inévitable mise à niveau qu'elle requiert pour s'assurer une conformité et une adéquation juridique, et de l'autre côté, c'est l'essoufflement latent et gravissime que la mosaïque gouvernementale ne parvient plus à masquer, malgré les actions d'un premier ministre toujours aussi agissant.
C'est ainsi que certains petits partis politiques, particulièrement ceux ancrés à gauche et à l'extrême gauche, dans le but de se mettre à l'abri des 5 % de Damoclès, ont hâtivement entamé des manœuvres de regroupement, voire d'auto sacrifice sur l'autel d'une virtuelle et salvatrice union de gauche, en se faisant parfois phagocyter par d'autres partis, plus puissants. Les grands partis quant à eux, tant du Centre que de la Droite ou de la Gauche, tous classiques, ils attendent apparemment, pour voir de quoi seront faits les mois à venir, avant de s'allier ou de s'entendre sur une stratégie électorale commune.
A u risque de se faire naïvement prendre au dépourvu, lors des prochaines élections.
Cependant, l'analyse des indicateurs politiques, véhiculée par les médias et, entretenue par les discussions au sein des milieux spécialisés, laisse entrevoir les balbutiements d'alliances nouvelles, et la reprise de certaines autres d'un genre déjà vu, ou légèrement remodelé. Selon cette analyse, la Koutla, nouveau look, ne comptera plus que deux partis : l'USFP et l'Istiqlal. Avec deux idéologies totalement antinomiques (l'un socialiste ; l'autre conservateur et traditionaliste), et sans programme socio économique commun, ils parviennent régulièrement à s'inventer des stratégies politiques et électoralistes communes.
Le PPS répudié par la même Koutla, devra se contenter de son alliance hybride avec Al ad, en espérant que les alliés d'hier reviennent sur leur décision. L'UC et le PND continuent désespérément à s'accrocher à leur bouée, dans un Maroc différent de celui qui les a faits, alors que les variantes des Mouvements Populaires se sont beaucoup rapprochées.
Dans un tel paysage mouvant voire mutant (USFP a emprunté la démocratie sociale après l'échec du socialisme internationaliste), le RNI ne peut que s'amarrer au processus évolutif, et surtout en être un acteur stratégique, d'un côté face aux deux partis de la Koutla, et de l'autre côté comme modérateur des ambitions politiques d'un PJD de plus en plus présent.
Face à la koutla, il s'agit de démontrer que l'USFP, originellement adepte du socialisme scientifique, et de l'internationale socialiste, ne peut en aucun cas être porteur du progrès et de la richesse économique, sans qu'il ne se renie , et sans qu'il ne reconnaisse le rôle déterminant de la bourgeoisie dans l'industrialisation créatrice de l'emploi et de la richesse nationale. Il s'agit de démontrer aussi, que les prétentions de l'USFP d'être la seconde institution politique du Maroc, à côté de la monarchie, sont des fourberies d'autant plus révoltantes qu'elles n'ont aucun fondement social et encore moins légal.
La monarchie jouit en effet d'une légalité religieuse, historique, nationaliste, et politique, alors que l'USFP ne peut prétendre qu'à la légalité politique.
Il s'agit enfin de démonter, en terme de réalisations institutionnelles, qu'historiquement, la gauche classique, par son aventurisme politique, a plutôt joué pendant vingt cinq ans, un rôle sinon inhibiteur, du moins perturbateur.
Mais la Koutla n'est pas entièrement de gauche, puisqu'on y trouve le parti de l'Istiqlal, parti conservateur et nationaliste. Celui-ci, continue de s'approprier toute l'histoire du nationalisme marocain, en en faisant un fond de commerce perpétuel, un demi siècle après l'indépendance.
Dans un pays où la culture passéiste, particulièrement celle relative à la lutte pour l'indépendance, est régulièrement reprise par les acteurs politiques, dans le but de s'affranchir aux yeux des électeurs, le parti de l'Istiqlal s'en donne à cœur joie, non seulement pour entretenir un capital électoral important, mais surtout pour s'inventer une légitimité exorbitante, dépassant toutes celles des autres partis.
Une telle attitude, tant chez l'USFP que chez l'Istiqlal, rend inefficace et sans intérêt pour l'avenir immédiat de notre pays, toute entreprise gouvernementale entre ces deux partis et le R N I.
Ce dernier, attaché depuis le début, à l'islamité ancestralement tolérante du Maroc, et opposé à toute laïcisation des institutions, s'interdit de s'associer à tout projet de société, qui hypothéquerait son identitaire et son référentiel religieux, constituant l'un des fondements de notre monarchie.
Le RNI, porteur premier du message humaniste et rationnel de la démocratie sociale, défenseur inconditionnel de la monarchie constitutionnelle, et qui a régulièrement participé aux élaborations institutionnelles du royaume, devrait refuser de s'associer à toute entreprise politique qui, souffrant d'une islamophobie pathologique, associe systématiquement le religieux à l'obscurantisme et à la réaction.
De même, le RNI foncièrement attaché aux référentiels de la société marocaine, et fort de son caractère de tolérance intellectuelle et politique, est le mieux prédisposé pour jouer un rôle crucial, efficient et constructif, face aux méthodes et manifestations d'intolérance et d'exclusion qu'empruntent certains politiciens de gauche et de partis se prévalant de l'Islam.
Disons le de manière, cette fois-ci, académique, si le socialisme scientifique a fini par échouer sur le plan planétaire, l'Islam politique n'est quant à lui, qu'un idéal théorique que personne n'a jamais réussi à mettre en application depuis la mort du Prophète sidna Mohamed que la bénédiction d'Allah soit sur Lui. Le cas iranien ne pouvant, pour plusieurs considérations, être pris en exemple.
Ceci, les politiciens de gauche le savent bien, mais ce qui rend cet idéal de la société islamique sunnite monstrueux dans leur imaginaire, et les fait sombrer dans la schizophrénie, est avant tout d'ordre culturel, sociologique, et identitaire.
Si les va-t-on en guerre de la Gauche comme ceux des conservateurs aristocrates de l'Istiqlal ont immanquablement tort de s'ingénier à diaboliser tout projet à caractère religieux, et ôter toute légitimité sociale aux partisans du PJD, ces derniers doivent pour autant savoir que, tous les Marocains ne sont pas dupes. De nombreux citoyens de ce pays sont pertinemment convaincus et, que le progrès et la prospérité tant espérés ne passent certainement pas par la mise en place d'un gouvernement péjidiste, qui du reste ne possède pas de programme de gouvernement.
Face aux ambitions de parti se prévalant de l'Islam, Il s'agira pour le RNI de démontrer que ni le Coran ni le Hadith n'ont institutionnalisé d'instances politiques islamiques, ni modélisé leur fonctionnement dans une formule particulière à l'Islam politique. Le peuple marocain, ancestralement tolérant, multiracial, et se reconnaissant parfaitement dans son pluralisme culturel, à la fois africain, amazigh, arabe, andalous, islamique et judaïque, ne pourra jamais s'accommoder ni d'une gauche laïcisante, ni de religieux irrationnels.
Cependant, si ces derniers, en se conformant à la nouvelle loi des partis, révisent leur discours, abandonnent touteconnotation religieuse, et présentent un programme économique claire et rationnel, alors, rien n'empêchera le RNI, fort de sa vision d'une société marocaine, juste et démocratique, d'envisager une stratégie électorale commune, voire un programme de gouvernement commun avec le PJD.
*Membre du comité
central du RNI