Spécial Marche verte

Driss Jettou : «La consommation des viandes de volaille et des œufs ne présente aucun risque pour le citoyen»

23 Février 2006 À 15:35

Une éventuelle arrivée de l'épidémie de la grippe aviaire a eu des répercussions immédiates sur la consommation de volailles, même si pour le moment aucun élevage n'a été contaminé. La chute des ventes a atteint un niveau record. Pour rassurer le consommateur, les autorités sanitaires tiennent à préciser que " la consommation de viandes de volailles et œufs ne présente aucun risque pour le citoyen, même si l'infection par le virus de la grippe aviaire venait à être déclarée dans notre pays ". Celui-ci meurt à 60 degrés pendant 5 minutes.

Il ne peut alors être question de l'attraper en mangeant du poulet rôti, expliquent-ils.

Le Premier ministre, Driss Jettou, accompagné par une délégation ministérielle, vient de le confirmer en visitant, mercredi, une ferme pilote d'élevage avicole se trouvant dans le territoire de la commune rurale Lamnasra, à 12 km de la ville de Kénitra. Le choix de cette ferme n'était pas fortuit, puisqu'elle se trouve sur une zone située entre deux grands sites humides fréquentés par les oiseaux migrateurs, à savoir la réserve naturelle de Sidi Boughaba et celle de Merja Zarga à Moulay Bousselham.

La ferme est gérée par la société " Delta vie " qui produit entre 60.000 et 100.000 poussins par semaine. Créée en 2005, avec un capital de 4 millions de DH, la ferme s'étale sur une superficie de
4 hectares destinés pour l'élevage et de 1,5 ha pour le couvoir. Elle emploie 15 personnes, en plus d'un technicien et d'un vétérinaire.
Très préoccupés, les professionnels de la filière avicole mettent en garde contre les conséquences de la baisse de la consommation.

" Si le problème persiste encore, nous serons condamnés à fermer dans un délai d'un mois. Le prix de vente est à zéro. Personne ne veut acheter le poussin ", avertit Mohamed El Ouarti, propriétaire et directeur général de la société.
" Vu la baisse du volume et des prix de vente, la restructuration financière du secteur s'impose. En volume, nous sommes à une baisse de 30% de la consommation.

Les éleveurs vendent en dessous du prix de revient. Les éleveurs et les usines n'ont plus de quoi payer ", s'insurge Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA). Celle-ci regroupe plusieurs associations dont l'AFAC (Association des fabricants d'aliments composés), l'ANAM (Association nationale des accouveurs marocains), l'ANPO (Association nationale des producteurs d'œufs de consommation), l'ANAVI (Association nationale des abattoirs industriels avicoles) et l'APV (Association nationale des producteurs de viandes de volailles).

" La consommation a chuté de 40 à 50%, et le prix du kilo de poulet est passé de 11 dirhams à 6 dirhams en un mois ", indique Chaouki Jerrari, directeur de la FISA. De son côté, Abderrahmane Ryadi, agronome cogérant et secrétaire général de l'APV, a qualifié la situation de " dramatique, d'hécatombe et de catastrophique. Au niveau de Casablanca, on est passé de 6 millions de poussins au mois de septembre à deux millions actuellement. Cette réduction est accompagnée d'autres au niveau du chiffre d'affaires et de l'emploi. Si nous arrivons au seuil d'un million comme c'était le cas en 1989, c'est toutes ces années de progression qu'on aurait effacées ". A cause de la chute des ventes, de nombreuses entreprises se retrouvent aujourd'hui dans des situations critiques.

C'est pourquoi une réunion du gouvernement avec les professionnels devrait se tenir dans le courant de la semaine prochaine, pour examiner dans quelle mesure il est possible de soutenir ce secteur très important puisqu'il a réalisé, au titre de l'année 2005, un chiffre d'affaires de 13 milliards de DH, uniquement entre la volaille, les aliments pour poussins et les œufs. Il emploie environ 220.000 personnes.

La réunion qui regroupera les professionnels du secteur, certains organismes étatiques du fisc et les professionnels du secteur bancaire sera, selon le président de la FISA, axée sur " une demande de déférer les engagements des éleveurs de volailles vis-à-vis des fournisseurs et des banques".
Les professionnels disent que cette crise va permettre de mettre à niveau le secteur en vue de relever le défi de la mondialisation.
C'est pourquoi le Premier ministre compte entreprendre une série de mesures pour accompagner le secteur. Il s'agit d'intervenir auprès des banques pour un rééchelonnement des dettes, d'étudier les charges sociales et de traiter la fiscalité.

Sur le plan de la lutte contre une éventuelle propagation de la grippe aviaire au Maroc, Driss Jettou a affirmé qu'aucun cas de virus H5N1 n'a été détecté au Maroc et que l'opinion publique serait informée automatiquement et " sans aucune hésitation " en cas de présence du virus. " Nous sommes très vigilants. Nous n'avons aucun intérêt à cacher quoi que ce soit. Au contraire, dans ce cas, nous sommes obligés de communiquer, de mobiliser le citoyen autour du problème et d'agir rapidement pour circonscrire.

Nous avons adopté les mêmes procédures instaurées par l'Union européenne. Nous avons procédé à l'équipement de nos laboratoires et au recrutement d'un certain nombre supplémentaire de vétérinaires pour les analyses ", a-t-il déclaré. Le Premier ministre a annoncé le déblocage de 110 millions de DH supplémentaires pour améliorer la préparation de la lutte contre une éventuelle épidémie sur l'ensemble du territoire. Aussi, plusieurs mesures ont-elles été arrêtées en cas d'apparition de l'épizootie, dont le confinement de la région touchée dans un rayon de 3 km, la destruction des volailles affectées et l'indemnisation des éleveurs dans une période allant de 24 heures à 48 heures.

Il a indiqué : " Pas d'affolement si un cas venait à être déclaré. Nos moyens sont prédisposés à moins d'une heure de n'importe quel point du territoire. En plus, nos volailles seront confinées dans un rayon de trois kilomètres autour des zones humides pour empêcher tout contact avec les oiseaux migrateurs ".

Surveillance des oiseaux migrateurs
Après la visite de la ferme de Lamnasra, Driss Jettou s'est rendu à la réserve naturelle de Sidi Boughaba (Site Ramsar à Kénitra), où se trouve aussi le Centre national d'éducation environnementale, pour s'informer des opérations de surveillance des oiseaux migrateurs.

Ce centre dispose d'une exposition interactive permanente présentant la réserve et sa biodiversité, ainsi que l'impact des activités humaines. Une terrasse et une hutte d'observation des oiseaux, aménagées et équipées de longues vues, sont mises à la disposition des ornithologues. Les services régionaux relevant du Haut commissariat aux Eaux et forêts et à la Lutte contre la désertification ont mobilisé près de 20 personnes pour assurer les opérations de contrôle.

En dehors de sa remarquable avifaune, la végétation dans la réserve de Sidi Boughaba, qui s'étend sur une superficie d'environ 650 hectares, compte plus de 210 espèces terrestres spontanées. Près de 205 espèces d'oiseaux transitent par cette réserve.
A noter que le Premier ministre a informé l'assistance que le cygne, cet oiseau souvent porteur du virus de la grippe aviaire, ne passe jamais par le Maroc. Ce qui réduira énormément le risque que nos réserves naturelles soient infectées.


Série de mesures prises
Le Maroc a pris une série de mesures visant le renforcement de la vigilance et la protection des élevages de volaille d'une éventuelle introduction du virus grippal sur le territoire national, souligne le Comité interministériel de gestion de crise (CICG) chargé du contrôle du virus de l'influenza aviaire.

A l'heure actuelle, il n'y a pas d'épizootie connue et il n'y a pas de cas humains dus au nouveau virus, affirme le comité dans un communiqué, soulignant que le Maroc, de par sa situation géographique, l'importance de ses échanges internationaux, la forte densité de sa population ainsi que ses caractéristiques écologiques, présente des facteurs favorables à l'introduction et à la circulation du nouveau virus grippal.

Le CICG, qui s'est réuni lundi sous la présidence du Premier ministre Driss Jettou, indique que le Plan national de préparation et de riposte à l'influenza aviaire, et à une pandémie de grippe d'origine aviaire, vise à prévenir l'introduction sur le territoire national du virus aviaire H5N1, détecter précocement sa circulation et contenir sa diffusion chez la volaille en vue de son éradication, empêcher sa transmission à l'Homme, organiser une réponse nationale adaptée du système de santé à l'augmentation massive et rapide des besoins de prise en charge et limiter l'impact global de la pandémie sur la société.

Le plan s'articule autour des sept lignes de forces concernant la planification sectorielle et la coordination interministérielle, la veille et le suivi de la situation épidémiologique nationale et internationale pour l'influenza aviaire et la grippe humaine d'origine aviaire, la préparation de la réponse du système national vétérinaire, la prévention pour contenir la dissémination du virus et éradiquer le virus en cas de son entrée sur le territoire national, la préparation de la réponse du système national de santé, l'information, l'éducation et la communication, et la coopération régionale et internationale, indique le CICG.
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