Polémique autour de l'âge d'alphabétisation de Mohamed Choukri
La polémique est lancée depuis quelque temps sur ce que certains considèrent comme le fondement même du succès de Mohamed Choukri, son analphabétisme jusqu'à l'âge de 20 ans. Depuis mai dernier, coup de théâtre, la presse relate une déclaration de Hassan
LE MATIN
23 Août 2006
À 16:52
Mais la question que nous sommes en droit de nous poser, c'est pourquoi avoir attendu son décès, survenu le 15 novembre 2003 soit 42 ans après son premier roman, pour soulever ce mensonge? Et à supposer que ce qui se dit soit vrai, il reste difficile à prouver.
Peut-on remettre en question tout le talent littéraire de cet auteur ? Contacté, Driss Khouri, écrivain et ami de Choukri, a déclaré ne pas être au courant de cette polémique, cependant il n'écarte pas toutefois le fait que ce dernier aurait pu mentir sur son passé pour le rendre plus attrayant.
Mais Mohamed Choukri reste néanmoins l'un des auteurs les plus connus de ces dernières années, il a su faire de ses problèmes du quotidien ceux d'une nation qui s'est retrouvée dans cette violence crue, mise à nue avec brio. Alors, quel que soit l'âge auquel ce grand homme de l'écriture a appris à lire et écrire, il n'en reste et demeure pas moins une référence dans le monde littéraire.
«Je ne sais pas écrire avec un pinceau de cristal. Pour moi, l'écriture est une protestation, pas une parade», écrit-il dans «Le Temps des erreurs». Cet homme qui a manié la plume pendant plus de quatre décennies a su faire de cette phrase le moteur de sa vie d'écrivain.
Ses romans ont suscité une vive polémique puisqu'il y raconte les images horribles de la faim qu'il a endurée pendant son enfance, la violence de son père, puis des voyous qui l'initient à la vie, sa découverte de la sexualité dans les bordels les plus répugnants, et toutes ces histoires de viol, d'inceste et de prostitution qui abondent dans ses textes nous dévoilent un monde cruel. Il a su dire avec des phrases courtes et des mots simples les maux de la vie sans fioritures ni faux semblant et c'est peut-être ce qui lui a valu l'admiration de beaucoup de lecteurs.
Dans un article publié en 2003 dans «As Safir», l'écrivain et romancier Abderrahman Mounif, en parlant de l'artiste, avait dit : «La première lecture des œuvres de Choukri choque; c'est-à-dire que ces œuvres dévastent le lecteur avec un flot de connotations et de significations qui font qu'entre ce lecteur et l'auteur, une distance énorme se crée ; et elle ne peut être comblée qu'avec effort et assiduité.
Mais lorsque le lecteur commence à se familiariser avec son style et sa vision des choses, et dès la deuxième lecture, une intimité naît entre les deux, et elle augmente avec le temps». Une déclaration qui résume parfaitement la relation qui existait entre l'écrivain et ses lecteurs.
Lire Choukri, c'est s'immerger dans un monde fait de réalité et où le terme tabou n'existe pas. Il a su mettre admirablement en scène la vie des pauvres gens et des délaissés de la société en la racontant à la première personne, ce qui lui a valu l'admiration des Marocains.
Est-ce que le fait de ne pas avoir été analphabète jusqu'à l'âge de 20 ans est problématique pour ces lecteurs ? Pour les mordus de Choukri «si c'est le cas, ce sera un mensonge éhonté, nous avons toujours cru en ce qu'il disait et cela remet en question toute son œuvre.»