RDC, Mali et Niger : même spectre
LE MATIN
04 Septembre 2007
À 19:44
Les observateurs géopolitiques patentés, les yeux rivés sur l'Irak et l'Afghanistan, semblent peut-être oublier une contrée qui pourtant se rappelle à leur bon souvenir. Elle continue d'être le théâtre de violences et d'instabilité avérées. Il s'agit de l'axe «maudit», oblique aussi qui va du nord-est du Mali, traverse le Niger, le Tchad, le Darfour bien entendu, le Soudan et se jette un peu plus loin au nord-est de la République démocratique du Congo.
Dans l'espace sahélien, aussi vaste et incontrôlable mais devenu un terreau où prospère le terrorisme, les gouvernements du Mali, du Niger, de l'Algérie, voire de Mauritanie sont confrontés à coup sûr à un grave problème de déstabilisation. Rébellion disparate ou confuse, elle fédère une revendication identitaire, politisée de plus en plus.
A telle enseigne que la France, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a exprimé sa «vive préoccupation face à la détérioration de la situation dans le nord du Mali et dans la région». C'est la première réaction officielle d'un Etat européen, d'autant plus que le prolongement géopolitique – vers le Darfour notamment – préoccupe depuis quelques temps, en particulier depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république , les dirigeants français.
Plus loin, à l'est de la RDC, une rébellion de la même envergure est déclenchée à Sake, au Nord-Kivu par un ci-devant général en dissidence, Laurent Nkunda, que des pays voisins soutiennent avec tous les moyens. Des combats violents se multiplient, engageant d'un côté l'armée de Kinshasa et de l'autre des milices aguerries. Dans les deux situations, aussi bien au Sahel qu'à l'est de la RDC, l'enjeu est identique et ne déroge nullement à un avatar hérité du colonialisme. Le séparatisme et la scission.
C'est la maladie endémique de l'Afrique, c'est aussi – et surtout – la preuve que l'Union africaine, paralysée dans ses divergences mortelles, anéantie par une lutte d'influences, n'y peut rien. Les conflits du Sahel, appelés à s'aggraver à plus ou moins long terme, ceux de l'Afrique orientale – Somalie, Soudan et Est de la RDC – participent d'une montée des irrédentismes et favorisent à coup sûr une balkanisation dangereuse. Le principe sacro-saint d'unité et d'intégrité territoriale est à la fois menacé et autodétruit par ceux-là mêmes qui, signataires de la charte panafricaine, en font un fonds de commerce douteux quand il leur arrange.
Or, la stabilité de la RDC , sortie à peine il y trois ans d'un long chaos, l'unité de son peuple ainsi que celle des pays du Mali, du Niger sont à ce point importantes qu'elles ne devraient pas laisser indifférents les Etats du reste du monde. La lame de fond du séparatisme qui traverse aujourd'hui cette partie du continent est le résultat des malveillantes politiques menées par les Etats voisins 111ventionnistes.
Du côté de la RDC, on sait que son unité territoriale est à portée des agressions des voisins de l'est, trop portés à reluquer les richesses minières et les pactoles que recèle le pays congolais. Balkanisation, séparatismes, violences et hégémonismes seraient-ils le lot qui reste à cette partie de l'Afrique ?