Spécial Marche verte

Les jeunes de chez nous

Le besoin de créer des structures spécialisées se fait de plus en plus ressentir

11 Janvier 2007 À 16:22

Vulnérable à toutes sortes de sollicitations, l'adolescent tend à compenser son manque de défense par des changements d'attitudes soudains et variés, des comportements excessifs, voire déviants: fugue, prise de risque sur la route, drogue, troubles alimentaires, rapports sexuels non protégés…

Ce genre d'écarts n'est pas étranger à notre société. Selon Ghislaine Benjelloun, pédopsychiatre, la crise d'adolescence est en effet une période très sensible qui mérite d'être véritablement prise en charge car cette crise peut évoluer vers une maladie psychiatrique.

«Selon les chiffres, 75% des individus vont faire face aux changements internes et externes de l'adolescence, 20% vont connaître un développement problématique (dépression, déviance sociale…), et 5% vont connaître des troubles sévères (troubles psychiatriques sévères, toxicomanie massive, criminalité...).
Certains peuvent même avoir des envies de suicide. C'est en effet la deuxième cause de mort violente chez l'adolescent», précise-t-elle. Aussi, il est plus que nécessaire, selon elle, de mettre en place des services de soins et d'écoute dédiés à l'adolescence.

Au Maroc, il existe aujourd'hui un centre pour adolescents toxicomanes à Rabat, des espaces santé jeunes initiés par le Fnuap et le ministère de la Santé à Casablanca et Rabat destinés aux 10-25 ans, des centres d'écoute mis en place dans des lycées à l'initiative des enseignants et des associations… «Ces centres informent l'adolescent sur les changement corporels, l'éducation sexuelle… Ils permettent de repérer et suivre les problèmes généraux des étudiants, de mieux déceler les signes de souffrance psychique des adolescents et de prévenir les familles de ces jeunes en difficultés afin que la prise en charge soit faite à temps», explique Ghislaine Benjelloun.

Les objectifs de ces centres sont donc la prévention primaire (sensibilisation, consultation thérapeutique et guidance parentale) et secondaire (dépistage et traitement de l'anxiété et de la dépression, sevrage de toxiques…).

Les adolescents peuvent ainsi accéder au sein de ces structures à une information claire, à une écoute bienveillante et une orientation adaptée à leurs besoins. «Ce sont des médecins, généralistes ou psychiatres, des enseignants, des psychologues, des avocats ou des assistantes sociales qui doivent cependant assurer cette écoute.
Malheureusement, il n'y a pas de formation spécifique des professionnels de santé qui rencontrent des adolescents, d'où l'importance de la mise en place d'un programme de formation des écoutants unique validé par les professionnels de l'adolescence», continue Ghislaine Benjelloun.

Aussi, selon elle, il faut approfondir les connaissances sur l'adolescence dans ses multiples aspects (physiologiques, médicaux, psychologiques, éducatifs, sociologiques...) et amener les différents intervenants à travailler de manière complémentaire, coordonnée et cohérente.

«Il faut également préconiser la santé à l'école. L'école a la responsabilité de veiller à la santé des jeunes et de participer à la prévention.
L'implication des familles, des personnels de santé et sociaux, des enseignants, des organismes publics et associatifs sont indispensables.

Hélas, malgré les efforts louables qui sont faits aujourd'hui, cela reste insuffisant», poursuit-elle.
Création de centres de soins, de réseaux, d'activités culturelles et de loisirs doivent donc aujourd'hui faire plus que jamais partie des priorités des autorités publiques.

Sans oublier la coordination et le travail en réseau, seules garanties pour relever ce défi et pérenniser les actions entreprises !

Les adolescents
au Maroc

Ils sont 6 millions d'adolescents, soit 21% de la population. Selon une enquête nationale du ministère de la Jeunesse et des Sports :
52,8% des jeunes ont des problèmes de drogue, d'alcoolisme et de tabagisme
33,4 % des problèmes psychologiques
13,7% des IST
10% des problèmes dermiques et d'acné
3,6% des problèmes de céphalées
2,9% des problèmes gynécologiques
2,2% des handicaps divers
1,1% des problèmes nutritionnels.
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