«Matrix» à la belle étoile
La trilogie mythique a été projetée sur la place mythique de Marrakech
LE MATIN
04 Décembre 2006
À 15:53
Jamaâ Lafna, aux environs de 19h, dimanche dernier. Une foule à perte de vue, jeunes et moins jeunes, hommes tous âges confondus, idem pour les femmes, en jeans ou en djellaba, en foulard ou les cheveux au vent, des mômes tout excités, à la frimousse ravie; tous fédérés par la même circonstance et tous n'étaient là que pour « lui». D'autant plus que la veille, ils s'étaient massés au même endroit, mais «il» n'était pas au rendez-vous.
Laurence Fishburne est l'instigateur de ce rassemblement phénoménal et, accessoirement, la projection de l'intégrale de la trilogie «Matrix» -première mondiale- y était également pour quelque chose. Il s'agissait de «Matrix», «Matrix Reloaded» et «Matrix Revolutions». Le report de cette rencontre «matricienne» était due au vent qui s'était levé, la veille, en début de soirée et, surtout, à une petite averse qui s'était invitée à cette place mythique.
Moult gesticulations de photographes plus tard, mitraillant la foule à merci et sous toutes les coutures, le grand «black» fit son débarquement, à 19h30 tapantes, comme cela était indiqué sur le programme. Laurence se dirigea instinctivement vers les barrières et salua les dizaines de milliers de fans, dont certains étaient là depuis des heures pour disposer d'une place de choix.
L'excitation atteint son paroxysme, le délire s'empara de la foule : c'était bien lui, en chair et en os. L'acteur, aussi, ne pouvait dissimuler son émotion, face à la chaleur que dégageait l'accueil réservé par ses admirateurs tous issus d'une classe sociale modeste. Un bon point est à accorder, à ce propos, pour le festival qui ne laisse pas à l'écart les diverses catégories de la population.
Une façon de signifier que ce n'est point l'apanage d'une certaine élite de toucher, au sein des grands palaces, les grosses pointures du cinéma.
Sur la scène dressée juste en dessous de l'écran géant, adossé au vieux commissariat de police, c'est Faïçal Laraïchi, aux côtés de Mélita Toscan du Plantier, qui annonça la star. Laurence gravit les marches d'un pas athlétique, en deux bonds, sous les acclamations du tout Jamaâ Lafna.
«Choukrane jazilane… Assalamou âlaykoum… Al hamdoulillah…» : ces trois premiers mots prononcés en arabe mirent le feu dans le public, suscitant applaudissements et délire général. «Kayf halak habibi ? Kayf halak ?... Hamdoulillah… Hamdoulillah lillah…», poursuivit-il dans son show arabisé, pour le grand bonheur de l'assistance.
«Je tiens à vous remercier pour votre hospitalité et votre générosité, je voudrais également exprimer ma considération à S.M. Mohammed VI et à S.A.R. le Prince Moulay Rachid, et vous dire à quel point j'aime votre pays.
Il y a deux choses que je voudrais souligner : d'un côté, il y a la peur et de l'autre il y a l'amour.
La raison pour laquelle je me trouve parmi vous est que je vous aime, et la projection de ce film ce soir en est l'expression. Profitez de cette belle nuit, de cette belle lune et je vous promets d'être de retour très prochainement, pour le tournage d'un film très spécial, " L'alchimiste"», déclara Laurence Fishburne avant de quitter la scène. C'était parti pour près de sept heures de spectacle !n
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Chacun son Guéliz…
Loin des exploits défiant les lois de la pesanteur exécutés par Neo, Trinity, Morpheus (Laurence Fishburne) ou encore l'agent Smith, la place mythique Jamaâ Lafna a gardé toute sa sérénité et, faut-il le souligner, toutes ses activités. Ainsi, loin de l'écran géant où était projetée l'intégrale de Matrix, les «fumées éternelles» émanant des « gargotes mobiles» de la place n'ont rien perdu de leurs activités.
Leurs lumières éclatantes visibles à mille lieux, les restaurateurs continuaient à servir leurs délicieux mets. De même, conteurs populaires, spectacles de danse, de chants, troubadours ou « H'laykiya» pour les appeler de leur nom, toute cette communauté qui donne vie à la place était de service. Comme si de rien n'était.
Les flâneurs vaquaient à leur occupation favorite, les gargotiers s'affairaient à faire de leurs clients des rois et «Matrix» continuait d'en mettre plein les mirettes aux dadas du 7e Art. C'est ça, aussi, la diversité mais, surtout, la magie de Jamaâ Lafna.