Spécial Marche verte

La colocation, un nouveau mode de vie

09 Octobre 2006 À 14:47

Des séries télévisées à grand succès comme «Friends» ont certainement contribué à rendre la colocation plus attrayante aux yeux des jeunes. Personne n'osera dire que la vie des héros de « Friends» a l'air stressant. En ces temps de hausse des loyers surtout dans les grandes villes, notamment Casablanca, le phénomène se généralise. Hormis les jeunes étrangers qui choisissent presque systématiquement la colocation au début de leur séjour au Royaume, étudiants comme jeunes salariés marocains y trouvent leur compte aussi.

Louer un deux- pièces au centre-ville de Casablanca, si on a la chance de le trouver, coûte entre 2.500 et 3.500 Dhs par mois alors qu'un studio meublé ne peut pas être loué à moins de 3.500 Dhs.

Imaginez un peu la charge que cela représente dans la fiche de paie d'un salarié moyen et encore plus dans la petite bourse d'un étudiant expatrié dans la métropole. C'est quasiment impossible. La colocation permet de placer la barre du loyer plus bas et celle du confort plus haut. C'est le cas de Youssef, un jeune marrakchi étudiant en informatique. Le bac en poche, il débarque à Casablanca pour poursuivre ses études dans une grande école privée.

En plus des lourds frais de scolarité, les parents de Youssef doivent veiller à ce que leur fils soit bien installé. Débute alors la chasse au trésor: un logement propre, sécurisé, meublé et situé pas loin de l'école.

Après moult tours de quartiers, mille et une questions posées aux concierges et les tergiversations des agents immobiliers (smasria) avides de bonnes affaires, Youssef et ses parents trouvent difficilement un appartement répondant à leurs critères. Sauf que le prix de 2.800 Dhs par mois les laisse sans voix. D'autant plus qu'il s'agit d'un minuscule studio à peine meublé. C'est de la bouche de Youssef que la solution miracle sortira. «C'était quasiment impossible que mes parents puissent supporter tous ces dépenses. C'est pourquoi j'ai pensé à partager au moins les frais de location avec un colocataire», explique-t-il.

C'est son ancien camarade de lycée, venu aussi à Casablanca poursuivre ses études, qui cohabite depuis le début de l'année scolaire avec lui. Ceci pour un étudiant.
D'autres cas, cette fois de jeunes salariés, deviennent de plus en plus courants. Par exemple, Ilham, 22 ans, responsable de formation dans une multinationale. Souhaitant vivre dans un bel appartement bien situé à Casablanca, elle n'a eu d'autre choix que la colocation. «Habiter un appartement quartier Gautier et supporter toute seule le loyer était quasi impossible. Heureusement je suis tombée sur une collègue avec laquelle je m'entendais bien et qui, comme moi, revenait de France et cherchait désespérément un loyer.

Elle a été enchantée par l'idée de colocation et depuis tout se passe à merveille", raconte-t-elle. Cela fait 18 mois que cette jeune fille vit en parfaite harmonie avec sa colocataire, Zineb, 23 ans, chef de produit. "Fatalement, en colocation tout revient moins cher. Que ce soit au niveau de l´électricité, de l'eau, de l´abonnement au téléphone fixe et à l'Adsl... qu'à celui de la "bouffe". Mais, sur ce point, il faut se mettre d´accord. (rires) Genre, l'achat d'un pot de Nutella que nous mangeons ensemble ! Pas question que l'une d'entre nous s'accapare le Nutella dans sa chambre pour le manger en douce, à la petite cuillère ! Pour les produits personnels, genre shampoing, gels douche, dentifrice... chacune achète pour soi et chacune a son étagère dans la salle de bain», détaille Ilham.

Sauf que toutes les histoires de la colocation ne sont pas roses, il y en a qui se terminent en de mauvais termes. Imad, un étudiant en médecine à Rabat en connaît un bon volet. «Il y a 2 ans, j'ai voulu prendre un peu mon indépendance, mais en même temps me retrouver tout seul dans un appartement me faisait un peu peur.

Alors j'ai décidé d'aller m'installer avec mon meilleur ami qui cherchait quelqu'un pour partager son local. J'ai déménagé dans un superbe appart de 80 m2 en plein centre-ville, deux chambres, grand espace...Je m'y suis très bien habitué ainsi qu'à la colocation, sauf qu'il a fallu s'accoutumer aussi aux agissements de mon colocataire, sachant que nous n'avons pas du tout le même caractère», raconte Imad. Au bout de trois mois, les choses avaient commencé à se compliquer.

Des études en médecine demandent beaucoup de préparations et de longues soirées d'études, ce qui signifie un énorme besoin de concentration donc de calme. «Mon ami avait la fâcheuse manie d'avoir des invités tous les soirs, c'était la fête toutes les nuits de la semaine jusqu'au petit matin. Et pas moyen de lui faire baisser le rythme et de lui dire de calmer ses hôtes ou encore moins de baisser le son de la musique… Cela est devenu un calvaire, à chaque fois que je remettais la discussion sur le tapis le ton montait», se rappelle Imad avec un soupir.

Il a quitté l'appartement pour aller vivre seul ailleurs. «Ça me fait mal au cœur quand je me rappelle comment mon ami a réagi après mon départ. Il m'a fait du chantage : pour pouvoir récupérer mes affaires je dois payer la moitié du loyer et la note du téléphone un mois après mon départ», se lamente le futur médecin. Et d'ajouter, «J'ai regretté de ne pas avoir suivi ma première intuition. J'avais hésité car j'avais peur que notre amitié n'en prenne un coup.

Et voilà qu'on ne se parle même plus». Chez tous les candidats à la colocation, la tendance est la même : «Ça va bien aller !».
C'est ce que l'on pense lorsqu'on se prépare à vivre en colocation. Mais le principe est le même que pour la vie en couple, c'est ce que nous explique, Jamal, un vétéran de la colocation depuis les années 70. «J'ai vécu de nombreuses années en colocation. J'ai souvent apprécié l'expérience mais il m'est arrivé, à l'occasion, de vivre l'enfer.

Le retour chez moi n'était plus un plaisir mais une épreuve. La peur, la tension, les disputes m'accueillaient à la maison. J'ai réalisé que la cause de ces pressions provenait d'un manque de communication, d'un manque de clarté, d'attentes non formulées et d'une répugnance à parler de questions terre-à-terre». Colocataires, vous savez ce qui vous reste à faire.
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Astuces pour éviter les disputes !
Première chose à exécuter, signer le bail. Dans un principe de colocation, ce dernier est paraphé par tous les occupants des lieux. Le plus souvent, le contrat comprend une clause de solidarité. Selon l'article 22 de la loi 79-06, tout le monde est mis sur le même piédestal concernant ses devoirs envers le propriétaire.

Que vous soyez 2 ou 10, c'est la même chose! Chaque colocataire est responsable de l'ensemble de l'habitation. Si, par exemple, une seule personne ne souhaite pas payer son loyer, le propriétaire peut se retourner contre l'ensemble des habitants de la colocation. Inutile donc de vous dire qu'il est primordial de s'arranger avant cette date limite, il serait dommage qu'une colocation qui s'est bien déroulée soit gâchée par une petite histoire d'argent au final !

Pour ce qui est de la facture de téléphone, là encore, il est très important d'établir des règles bien précises avant que le problème apparaisse à la fin du premier mois de colocation. Au cas où vous décidiez de ne pas diviser la note par le nombre de personnes, demandez une facture détaillée. Cela peut paraître "bête", mais ce problème du téléphone représente une des premières causes de disputes entre les colocataires.
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