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«Appliquer la charte sanitaire le plutôt possible pour éviter que l'abattage continue de se pratiquer dans des tueries avicoles»

03 Février 2006 À 16:04

Le Matin : quels sont les risques qu'encourent les citoyens qui consomment le poulet abattu dans les tueries ?

Khalid Bouzoubaâ :
les risques sont multiples. Mais les intoxications alimentaires restent les principales menaces. Ces intoxications peuvent avoir plusieurs causes dont les principales sont d'origine bactérienne telles que les contaminations des carcasses par les salmonelles, les staphylocoques, les esherichia coli entèropathogènes et le campylobacter.

A quoi imputez-vous le manque d'hygiène dans les produits de volaille ?

A l'anarchie totale qui sévit dans ce secteur. Il existe dans ce secteur une panoplie d'intermédiaires. On les trouve dans la revente des poussins, du poulet, de l'aliment de volailles… Il faudrait peut-être intégrer des sociétés bien organisées dans le secteur pour s'occuper de la filière de l'amont jusqu'à l'aval.
Le problème se situe en aval de la filière parce qu'il n'y a pas de véritables professionnels pour l'écoulement des produits avicoles dans des conditions sanitaires adéquates.

Avec tous ces problèmes, il y a vraiment de la place pour les vétérinaires que nous retrouvons au niveau de l'encadrement sanitaire des élevages avicoles, mais ils sont absents au niveau de l'inspection des produits. Les vétérinaires refusent de faire de l'inspection dans les tueries parce qu'en l'acceptant, c'est comme s'ils acceptent que les volailles soient abattues de cette manière. Nous exigeons que les abattages se fassent dans des abattoirs et avec un circuit bien organisé en mesure de faciliter l'inspection vétérinaire.

Est-ce qu'il existe un cadre juridique interdisant l'abattage dans les tueries clandestines?

Il existe la charte sanitaire qui devrait normalement entrer en vigueur ce mois-ci puisque les arrêtés ministériels de son application vont être publiés si'ils ne le sont pas encore. Cette charte devrait aboutir à l'interdiction de cet abattage.

Quelles sont les grandes lignes de cette loi?

Parmi les mesures introduites par la nouvelle charte, la distanciation des fermes d'élevage les unes des autres d'au moins un kilomètre pour éviter la propagation de certaines maladies comme les salmonelles pouvant se transmettre de l'animal à l'Homme. Elle interdit également le transport de la volaille dans des caisses en bois qui ne peuvent pas être lavées ni désinfectées. Dorénavant, les volailles doivent être transportées dans des caisses en plastique lavables.

La charte exige également un certain nombre de normes dans les bâtiments de l'élevage. Aujourd'hui, 60 à 70% des élevages de poulets de chair se font sous serres. Et ces derniers ne sont pas soumis à des autorisations et par conséquent ils sont installés n'importe où.

Avec la charte, ces serres vont disparaître. Nous devons aboutir à mieux professionnaliser le secteur comme ailleurs. Aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe les professionnels avicoles ont une carte d'éleveurs parce qu'ils sont de véritables professionnels. Au Maroc, on a de véritables spéculateurs qui viennent et qui partent en fonction de la situation du marché.

Je peux vous assurer que pour le secteur de poulet, 90 % de nos éleveurs ne sont pas de véritables professionnels. En respectant toutes ces mesures sanitaires, avec l'acheminement des produits vers les unités d'abattage modernes, assurant l'inspection vétérinaire, nous serons amenés à présenter au consommateur marocain un produit avicole salubre et propre et limiter par la même occasion les cas d'intoxication alimentaire.

Quelles sont les solutions pour résoudre ce problème?

A mon avis, il faut tout simplement organiser le secteur. L'un des maillons faibles de la filière avicole est la commercialisation du produit qui doit obligatoirement passer par les abattoirs. Les œufs doivent aussi passer des centres de conditionnement pour subir des contrôles vétérinaires.

En parallèle, il faut respecter les délais d'attente de 2 jours et plus, en cas où la volaille a été soumise à un traitement par exemple aux antibiotiques, pour éviter que le consommateur consomme les résidus de ces médicaments. Je voudrais rappeler que l'une des missions majeures du vétérinaire est de protéger le consommateur.

Je pense également qu'il est temps de mettre sur place des laboratoires de référence dans le domaine de la pathologie aviaire. Actuellement, nous n'avons que des laboratoires régionaux qui peuvent faire des analyses. Or, il faut qu'il y ait des laboratoires de référence où l'expertise des personnes assure la standardisation des méthodes d'analyse et permet de trancher en cas de litiges.

C'est-à-dire?

Si par exemple un laboratoire régional identifie une salmonelle, ce diagnostic peut être un problème pour un éleveur ou un accouveur. Il faut donc envoyer le germe isolé au laboratoire de référence pour confirmer ou infirmer l'existence de ce germe. L'absence d'un laboratoire de référence pose problème non pas uniquement pour la pathologie aviaire, mais pour la pathologie animale en général. Pourtant, le secteur avicole est un secteur très important sur le plan économique. Son chiffre d'affaires en 2004 était de l'ordre de 12,8 milliards de DH.

Quel est le rôle de votre association?

L'Association marocaine de pathologie aviaire (AMPA) a été créée en juillet 1997. C'est une branche de l'Association mondiale. Cette association a un caractère purement scientifique. Elle vise à promouvoir la recherche au niveau aviaire au Maroc, à organiser des séminaires et conférences, à divulguer l'information scientifique aux vétérinaires praticiens et à apporter son expertise technique et scientifique aux professionnels du secteur avicole et aux autorités compétentes. A ce titre, le Maroc organisera en 2009 le congrès mondial de pathologie aviaire à Marrakech. L'AMPA a déjà organisé plusieurs manifestations scientifiques, des séminaires et des tables rondes et elle a participé à l'élaboration de plusieurs textes legislalifs en faisant partie de plusieurs comités techniques.

Où est-ce que l'on est dans le domaine de la recherche aviaire au Maroc?

Les recherches aviaires effectuées au Maroc ont eu lieu au Département de Pathologie Aviaire de l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat où moi même je suis enseignant-chercheur.

Ces recherches ont parcouru un bon chemin. Mais malheureusement, actuellement nous ne disposons ni de moyens humains ni financiers pour pouvoir avancer encore. Au niveau humain, nous sommes uniquement quatre personnes au niveau du département. Nous n'avons pas préparé la relève à l'IAV Hassan II pour reprendre le flambeau, sachant qu'il n'y a pas aujourd'hui de jeunes chercheurs. Toutes les personnes qui sont parties ne sont pas remplacées.

Sur le plan financier, nous ne disposons d'aucun budget. Nous nous débrouillons comme on peut à l'aide des fonds que nous recevons de certaines sociétés pharmaceutiques vétérinaires, de certaines associations professionnelles. Les recherches les plus importantes ont été financées par des projets avec des organismes étrangers dans le cadre de la recherche et développement.
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