Le Maroc et la Chine défient la géographie pour entretenir des relations de coopération exemplaires
MAP
24 Avril 2006
À 17:00
Le Maroc et la Chine sont deux pays lointains situés aux extrémités opposées de la planète, mais qui ont su surmonter cette contrainte géographique pour entretenir des relations de coopération exemplaires qui ont donné leurs fruits sur le plan politique alors que les relations économiques, bien qu'en progression croissante, restent en deçà des potentialités des deux pays.
Rabat fait partie des premières capitales à avoir établi des relations diplomatiques avec Pékin, pour constituer, au fil des années, un modèle de coopération Sud-Sud, si on peut toujours considérer la Chine, une puissance économique mondiale, comme un pays du Sud. Pékin est le chef de fil du G77, un groupement qui rassemble les pays en développement dans le monde.
Après l'établissement des relations diplomatiques en 1958, les deux pays ont mis en place un mécanisme de concertations permanentes, un dispositif qui a accéléré le processus de coopération bilatérale.
Les résultats positifs ne se sont pas fait attendre. Les échanges de visites d'officiels se sont intensifiés, les accords bilatéraux dans plusieurs domaines se sont multipliés et l'appui mutuel au sein des instances internationales s'est renforcé.
La visite en 2002 en Chine de S.M. le Roi Mohammed VI, intervenue quatre ans après le déplacement au Maroc du Président chinois, Jian Zemin, a constitué un jalon important dans les relations entre les deux pays. Cette visite, à forte connotation économique, a été marquée par la signature de plusieurs accords de coopération.
Il s'agit notamment d'un échange de lettres portant sur la coopération économique et technique, d'un accord de coopération économique et technique et d'un protocole d'accord de coopération dans les secteurs du développement social, de l'emploi et de la formation professionnelle.
A ces instruments, s'ajoutent également des accords de coopération portant sur les domaines de l'environnement, de la santé, du tourisme et de l'audiovisuel.
L'ensemble de ces instruments vient ainsi renforcer un cadre juridique de la coopération bilatérale déjà riche par une cinquantaine d'accords et de conventions de coopération couvrant plusieurs domaines. Ce cadre juridique, régulant notamment les relations économiques entre les deux pays, a donné une forte impulsion aux échanges commerciaux, qui restent malgré tout en deçà des aspirations et des potentialités des deux pays.
En dépit de la distance qui sépare les deux pays, leurs échanges commerciaux n'ont cessé d'augmenter ces dernières années pour dépasser, en 2005, le chiffre emblématique des 10 milliards de dirhams.
La Chine a occupé, en 2005, le rang de 6e fournisseur et 20e client du Maroc.
Outre les relations commerciales bilatérales où le Maroc a encore beaucoup à faire pour gagner des parts du marché de 1,3 milliard de consommateurs chinois, les deux pays ont instauré, au fil des années, un partenariat solide dans plusieurs autres secteurs, tels que les pêches maritimes, la recherche pétrolière, les infrastructures, l'agriculture, la santé publique, la jeunesse et sports, la culture et les sciences.
Dans le domaine des pêches maritimes, le Maroc et la Chine ont à leur actif plus de 20 sociétés mixtes qui exploitent 77 chalutiers congélateurs opérant dans la pêcherie céphalopodière, alors que le partenariat entre l'Office national marocain des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et le groupe pétrolier " China National Offshore Oil Corporation " (CNOOC) est considéré comme un modèle de la coopération sino-marocaine dans un secteur hautement stratégique. Ce partenariat porte sur la prospection pétrolière dans la zone Offshore "Ras Tafeiney " (nord d'Agadir).
En outre, des entreprises chinoises participent à la réalisation de plusieurs projets au Maroc. C'est le cas notamment de la société COVEC, adjudicataire de deux marchés avec l'ONE (377 millions de dirhams) et la société TEC, attributaire du projet ferroviaire Tanger-Ras R'mel (594 millions de dirhams).
Dans le domaine de la coopération technique, l'agriculture et la santé publique restent les deux secteurs phares de ce partenariat. La Chine a été associée, en effet, à un projet de sériciculture dans la région de Chefchaouen, a apporté son assistance à l'Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) du Loukkos en matière de culture, de traitement et de conditionnement du thé, et a dépêché ses experts pour la mise en place d'unités expérimentales de biogaz et le développement de la riziculture.
Quant à la coopération sino-marocaine dans le domaine de la santé publique, elle est régie, depuis 1975, par un protocole d'accord signé et renouvelé tous les deux ans et en vertu duquel des équipes médicales pluridisciplinaires chinoises (117 personnes) sont affectées dans 12 provinces du Royaume.
Les techniciens et ingénieurs chinois sont également sollicités pour apporter leur assistance au projet de réalisation de huit polycliniques au Maroc.
Tous ces volets de coopération et autres montrent que les relations maroco-chinoises sont construites sur une assise très solide qui a été renforcée lors de la visite de S.M. le Roi en Chine et qui le sera encore davantage lors de la visite au Maroc – depuis lundi - du Président Hu Jintao.