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L'UE réduit ses ambitions

L'UE s'est résolue mardi à réduire ses ambitions dans ses négociations commerciales difficiles avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), encore compliquées par les exigences de la France et de l'Espagne pour protéger leurs producteurs de bananes.

21 Novembre 2007 À 13:18

Les ministres européens du Développement réunis mardi à Bruxelles ont "endossé l'approche en deux étapes proposée" par la Commission européenne en octobre.
La Commission négocie depuis cinq ans des accords de partenariat économique (APE) avec six régions ACP (Caraïbes, Pacifique, Afrique de l'Est, de l'Ouest, centrale et australe) qui doivent remplacer le régime commercial préférentiel accordé par les Européens à leurs anciennes colonies.

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a donné jusqu'à la fin 2007 pour
remplacer ce régime qu'elle a jugé contraire aux règles
internationales.
Face à l'impossibilité de conclure des accords complets avant la date limite, la Commission a proposé de se concentrer uniquement sur le commerce des marchandises. Laissant les services et les investissements pour des discussions ultérieures.

Les 27 ont salué mardi cette approche "pragmatique" de Bruxelles.
Mais leur déclaration unanime a caché un débat très animé sur les bananes, selon des sources européennes.
La France et l'Espagne, premiers producteurs de ce fruit dans l'UE avec leurs régions périphériques (Canaries, Martinique, Guadeloupe), veulent que la banane soit considérée, au même titre que le sucre et le riz, comme des produits sensibles. Et que leurs producteurs soient ainsi mieux protégés
des bananes produites par les pays ACP.

Pour les contenter, la Commission s'est engagée mardi à mettre en place un mécanisme de sauvegarde: en cas d'augmentation de 25% des importations de bananes ACP, elle pourra décider par exemple de relever provisoirement les tarifs douaniers.

Cet engagement a suffi mardi à la France et à l'Espagne. Mais selon des sources européennes, la banane risque de revenir sur la table des discussions lors d'une prochaine réunion en décembre.
D'autant que Londres, Stockholm et Copenhague ont dit leur opposition à ce mécanisme de sauvegarde.
Plus généralement, trois régions (ou plutôt deux et demie) pourraient parapher vendredi un accord intérimaire sur les marchandises: le Pacifique, l'Afrique australe, et l'Afrique de l'Est. Ou tout au moins la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (Kenya, Ouganda, Tanzanie, Burundi et Rwanda), soit seulement une partie de cette immense région qui va de la corne de l'Afrique à l'île Maurice.
Un des objectifs des accords était pourtant de renforcer l'intégration régionale des ACP.

Les Caraïbes de leur côté sont proches de conclure un accord complet.
Quant à l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale, elles réclament une prolongation de la dérogation à l'OMC, que Bruxelles refuse de demander.
Le président sénégalais Abdoulaye Wade a pris la tête ces derniers jours de la bataille anti-APE, dénonçant dans la presse les conséquences "indéfendables" de ces nouveaux régimes commerciaux.

"Cela revient à consacrer et accentuer un déséquilibre de fait et à livrer totalement les marchés africains aux produits européens subventionnés", a-t-il notamment écrit dans le quotidien français Le Monde. Le principe des accords est l'ouverture totale du marché européen aux produits ACP dès le 1er janvier 2008 (hormis le sucre et le riz), en échange d'une ouverture progressive des marchés ACP aux produits européens, avec des périodes de transition pouvant aller jusqu'à 25 ans.
En cas d'échec des négociations, les pays qui n'auront pas signé (hormis les
Pays les moins avancés qui bénéficieront toujours d'un régime préférentiel), verront automatiquement les barrières douanières européennes
se relever.
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La Turquie s'insurge

Le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a dénoncé mardi les "intérêts politiques à court terme" de certains Etats européens qui mettent des bâtons dans les roues du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE). M. Babacan a estimé que les négociations d'adhésion, commencées en octobre 2005, étaient "beaucoup plus importantes que les choix politiques de certains Etats membres".

"Nous pensons que l'agenda politique général est beaucoup plus important que les intérêts politiques à court terme", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse, faisant visiblement allusion au président français Nicolas Sarkozy qui ne cesse de répéter que la Turquie n'a pas sa place dans l'UE."Des questions politiques ne doivent pas faire obstacle à notre processus d'adhésion, nos amis européens doivent faire de leur mieux pour empêcher ça", a continué M. Babacan.

"Tous les chapitres techniquement prêts à être ouverts ne devraient pas être sujets à des discriminations", a-t-il encore ajouté. La France a assuré qu'elle ne bloquerait pas l'ensemble des négociations d'adhésion à ce stade mais qu'elle ne permettrait pas l'ouverture de certains des 35 chapitres thématiques qui les jalonnent et notamment ceux qu'elle juge directement liés à une adhésion, comme la politique économique et monétaire. Nicolas Sarkozy n'a, semble-t-il, pas non plus l'intention d'autoriser l'ouverture de nouveaux chapitres, en plus des quatre qui le sont déjà, tant que le groupe des sages qu'il appelle de ses vœux, pour réfléchir à l'avenir de l'Europe, ne sera pas créé.

Malgré tout, le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn et la présidence portugaise de l'UE ont répété mardi leur volonté d'ouvrir deux chapitres ("réseaux transeuropéens" et "santé et protection des consommateurs") d'ici la fin de l'année. "Nous pensons et nous voulons que ce soit possible", a déclaré le ministre portugais des Affaires étrangères Luis Amado, évoquant la date du 18 décembre. L'ouverture des deux chapitres serait donc programmée après le sommet européen du 14 décembre où le groupe des sages devrait être créé. "Nous aurons certainement pendant le Conseil européen de décembre une proposition pour répondre d'un côté à la demande française (sur le groupe des sages) et de l'autre côté, nous essaierons de maintenir le processus d'adhésion turc sur les rails", a ajouté M. Amado.
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