La quête de soi à travers l'objectif
Joseph Marando renoue avec ses racines
LE MATIN
15 Novembre 2006
À 16:15
Un enfant leucémique sous le bras protecteur de sa maman ; un homme en djellaba noire longeant une ruelle étroite ; une salle de musculation improvisée dans un quartier populaire à Fès ; une femme esquissant un sourire gêné devant le regard indiscret de l'objectif. Joseph Marando ne photographie pas ses personnages, il les scrute, cherche au fond de leur regard, de leur posture ou de leur sourire, une réponse à ses propres interrogations.
«Chacune des photos que j'ai prise quelque part au Maroc, représente pour moi une histoire, une rencontre, une interrogation». C'est la première phrase que prononce Joseph Marando en guise de présentation de son exposition de photos sur le Maroc, organisée par l'Institut français de Casablanca depuis une semaine.
«Ce ne sont pas des photos prises à bord d'un avion, c'est une part de moi-même que chacune d'elles me fait découvrir». Propos d'artiste soucieux de singularité ? Marando s'en défend:«Je ne suis pas un artiste, tranche-t-il, ce qui compte c'est la portée sociale de mon travail». La portée identitaire, devrait-on ajouter, en rapport même avec l'histoire singulière du photographe, elle-même construite sur une rencontre tout aussi singulière.
C'est à Ifkern, un petit hameau perdu quelque part dans les montagnes du Moyen Atlas, que tout a commencé. C'est là que Augustino Marando, légionnaire italien dans l'armée française, rencontre Aïcha.
Nous sommes à la vieille de l'indépendance du Maroc. Joseph voit le jour à Agadir avant que la famille ne s'installe définitivement en France au lendemain de la décolonisation. C'est là qu'il grandit et qu'il fait sa vie.
Diplômé de Lettres, il intègre l'Ecole des beaux-arts. Sa carrière de photographe commence en 1980.
Fils d'immigrés, il s'intéresse à l'immigration. En 1983, alors qu'il travaillait sur une famille d'origine algérienne, il s'est fait interpeller en ces termes : «Qui es-tu pour t'intéresser à ce que nous sommes, alors que tu ignores tes propres racines ?». Des mots durs que pourtant Joseph encaisse avec philosophie : «Je venais d'avoir un enfant et je me suis soudain aperçu que je n'avais rien à lui transmettre. J'ai alors eu envie de me réapproprier mon patrimoine culturel».
C'est de là que débute son intérêt pour le Maroc.
Dix ans durant, il se consacre à l'immigration marocaine dans le sud de la France, faisant des allers retours entre le Maroc et la France ; suivant des familles marocaines lors de leurs retour au pays pour comprendre, chercher des réponses à ses propres interrogations en se penchant sur celles des autres: «Les difficultés et les interdépendances entre ces familles établies en France et celles restées au bled. Mes travaux de mémoire font le lien entre ici et là-bas».
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Retour aux sources
En 1991, Joseph Marando, bénéficiant du prix Léonard de Vinci, s'installe six mois au Maroc. C'est l'occasion pour lui de renouer le contact avec les gens et les lieux qui l'ont vu naître.
Une sorte de quête identitaire qui n'était pas sans susciter des susceptibilités : «Certains parents m'ont fait savoir qu'au niveau de l'héritage, il n'y avait plus rien, ce qui tombait bien car ce n'était pas ce type de legs que je venais chercher». Depuis, il ne cesse d'immortaliser des lieux, des personnages et des rencontres : «Je me suis accaparé un héritage d'une valeur inestimable, bien qu'immatériel».
REPÈRES
Ouvrages photos de Marando
La vie en Erythrée libérée
Calades
Maroc ordinaire