Spécial Marche verte

Enfants, des têtes à modeler

Fini l'unique recours aux professeurs, de nos jours, les jouets éducatifs font la révolution
>"Si tu dois aller quelque part, je te guiderai, tu peux me croire" et oui, il faut croire en ce refrain chanté par le célèbre jouet "Dora l'exploratric

05 Avril 2007 À 17:48

Finies les années où l'on avait recours à des cours spéciaux et aux professeurs pour apprendre une deuxième langue. De nos jours, plusieurs autres méthodes se présentent et parmi elles celle impliquant les jouets d'apprentissage. Ils sont présentés sous forme de poupées aux grands yeux ou de livres avec des intercalaires ou encore de simples petits ordinateurs portables colorés. Des objets pas forcement beaux, mais qui pourtant connaissent un succès fou auprès des enfants.

Malgré leur utilité pédagogique, ces jouets sont loin d'être de simples babioles d'amusement, ils sont programmés pour l'apprentissage, donnent des informations et émettent des sons que l'enfant capte et mémorise. La pédopsychiatre Ghizlane Benjelloun nous explique qu'il existe deux catégories de jouets.

"Il y a d'une part les jeux de distraction et d'autre part les jeux éducatifs. Il faut favoriser les premiers, qui permettent à l'enfant d'étendre son imagination, ce qui est nécessaire à son développement affectif et donc cognitif.

Quant aux jeux éducatifs, lorsqu'ils sont ludiques et pas trop scolaires, ils restent intéressants pour apprendre sans contrainte, tout en développant une motivation pour l'apprentissage". Cependant, ces capricieux gadgets éducatifs empêchent l'enfant de profiter de ses moments de découverte par lui-même. ils le bombardent d'informations et de connaissances dès qu'il appuie sur les touches. Du coup, l'enfant se retrouve dans la confusion. Il regarde et écoute sans aucune explication ni surveillance. Cet excès d'information peut créer des amalgames dans son esprit.

Il existe différents courants quant à l'âge conseillé pour présenter les jeux éducatifs à l'enfant. Le docteur Benjelloun nous confirme que "Certaines écoles éducatives conseillent aux mères de commencer l'éveil de leur enfant au stade du fœtus âgé de 5 mois. D'autres valorisent le développement psychoaffectif et conseillent les jeux éducatifs à partir de 3 ans". Elle ajoute que "Lorsqu'ils sont présentés par la mère sans contrainte et sur une durée de temps limitée, les jeux d'éveil et éducatifs, demeurent essentiels pour l'épanouissement de l'enfant. Mais il ne faut pas oublier que "le fait de respecter l'être à venir et de ne pas projeter sur lui nos fantasmes de réussite lui permettra de se développer de façon harmonieuse".
Se développer oui, mais pas n'importe comment. En effet, de nombreux parents angoissés se posent des questions sur l'apprentissage des langues. Ils sont tous d'accord que les langues étrangères représentent aujourd'hui un atout important, non seulement sur le plan humain, mais aussi sur le plan social.

Dans notre pays, le capital linguistique constitué par les compétences en langues étrangères apporte au locuteur un plus incontestable, une reconnaissance sociale et un pouvoir symbolique fort. Les classes privilégiées l'ont d'ailleurs bien compris, qui investissent sans compter dans les séjours linguistiques à l'étranger pour leurs enfants. Il est donc important de proposer à tous les enfants la possibilité de maîtriser, le plus tôt possible, des langues étrangères, pour qu'ils puissent avoir une chance de s'intégrer à un monde en perpétuel changement et pour qu'ils puissent mieux le comprendre.

Ces parents "ambitieux" confrontent leur enfant dès le plus jeune âge aux autres langues. Pour eux, plus l'apprentissage sera précoce, mieux ce sera pour l'enfant. À la maternelle, il apprend une langue étrangère en chantant et en jouant. Ensuite, une seconde langue étrangère est rapidement introduite dans le cursus, en fin de primaire ou dès la première année du secondaire.

Au Maroc, le francais est la deuxième langue la plus apprise par les enfants. Inscrite au programme scolaire dès le primaire, elle demeure aussi la plus parlée. Il existe aussi des écoles privées où même les élèves en maternelle ou en première année se familiarisent avec le vocabulaire et apprennent une troisième langue, qui est l'anglais ou l'espagnol. Du coup, l'enfant finit par devenir parfaitement trilingue. Il a toute la souplesse intellectuelle pour apprendre et se fondre dans la langue et la culture.

Les parents sont ravis et enchantés de ce progrès. Ce qui leur échappe, c'est qu'ils ignorent tout de cette troisième langue. L'enfant l'utilise à tout bout de champ. Lorsqu'il est dehors, il est influencé par ses camarades et ses professeurs, Une fois rentré à la maison, il se retrouve incapable de communiquer avec ses propres parents…L'ambivalence aidant, il commence à croire que ses parents le sous- estiment. C'est d'ailleurs le cas de Said et Fatima, qui parlentent le français, mais ignorent tout de l'espagnol. A un certain moment ils se sont retrouvés incapables d'aider leur petit Nizar à faire des exercices et de suivre son développement.

Fatima nous raconte : "Depuis son plus jeune âge, mon mari et moi avons pensé à inscrire Nizar dans une école espagnole. Rapidement, il a appris à s' exprimer dans cette langue. Je ne comprenais pas ce qu'il disait et naturellement, à cause de mon incompétence, je ne pouvais plus l'aider à faire les devoirs. Nizar a commencé à m'en vouloir, parce que les parents de ses camarades leur donnaient un coup de main. La tension commençait à monter chez nous, à tel point que lorsqu'il piquait une crise émotionnelle, il commençait à baragouiner en Espagnol". Pourtant, cette jeune maman a fini par trouver une solution, ainsi qu'elle en témoigne : "Du jour au lendemain, j'ai décidé d'apprendre l'espagnol.

Je suivais des cours de langue chaque soir après avoir finit le travail. J'étais débordée, mais j'ai pu m'initier à cette langue et communiquer avec Nizar" En effet, lorsque les deux parents parlent la même langue, l'apprentissage de la langue maternelle va de soi. Cependant, plusieurs couples préfèrent que leur enfant soit trilingue.
Malgré leur ignorance de cette langue, les parents insistent et poussent l'enfant à l'apprendre.

Pour conclure, il faut savoir qu'un enfant exposé dès sa naissance à deux langues suivra un développement tout a fait normal. En effet, il n'y a aucune crainte lorsque deux langues coexistent, l'enfant les apprendra simultanément. Le conseil en or, c'est d'opter en premier lieu pour une langue que les parents maîtrisent.

Toutefois, il ne faut pas oublier que de nos jours, tout est prévu, des jouets d'apprentissage, des cours spéciaux, des jeux et des vidéos. Au bout de quelques années, et avec un petit peu d'assiduité et d'exercice, l'enfant se retrouvera capable d'acquérir un bon potentiel
linguistique.

REPÈRES
Les mythes
Plusieurs mythes sont répandus dans la société, notamment :
Un enfant qui apprend deux langues devra toujours traduire de la langue la moins utilisée vers la langue principale.
Un enfant doit maîtriser une langue avant d'en apprendre une seconde.
Si un enfant fait des erreurs dans deux langues, c'est le signe qu'il n'est pas apte à apprendre deux langues à la fois.

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Dora, l'exploratrice


La poupée Dora est probablement le personnage qui est le plus aimé par nos petites filles d'âge préscolaire, c'est-à-dire de 3 à 5 ans.
Destinée aux jeunes enfants, cette série raconte l'histoire de Dora, une fillette hispano-américaine et de son singe parlant. Tous les épisodes de la série Dora l'exploratrice reposent sur la même trame narrative, ce qui permet aux enfants de s'imprégner du "schéma narratif" propre à chaque histoire.

En lien également avec les contes de l'enfance, Dora doit toujours accomplir trois épreuves ou traverser trois lieux avant d'atteindre son objectif.

Plusieurs parents se demandent pourquoi cette petite poupée qui n'est pas particulièrement belle a connu, auprès de cette clientèle, un tel succès. La seule explication logique, c'est que les fillettes se reconnaissent en elle.
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