Les habitants seront réaffectés dans une ville intégrée à la commune de Lahraouiyine
LE MATIN
27 Novembre 2007
À 15:42
Fin de précarité pour les habitants des Carrières centrales de Hay Mohammadi. En effet, le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, a annoncé, lundi 26 novembre à la préfecture de Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, que ces bidonvillois seront relogés dans une nouvelle «ville intégrée» à la commune de Lahraouiyine. Etabli suite aux Hautes instructions royales, ce projet devrait abriter 6.000 familles, soit 30.000 citoyens.
Selon le ministre de l'Intérieur, la cité intégrée sera dotée de toutes les infrastructures nécessaires qui sont à même d'assurer un logement décent aux habitants des Carrières centrales.
«Ce chantier devra être marqué par la transparence ainsi que l'engagement de tous les acteurs civils et publics afin d'achever sa réalisation dans un délai de quelques mois», a affirmé M. Benmoussa. Et d'ajouter que selon les Hautes instructions royales, les caractéristiques de ce projet devront être prêtes dans les prochaines semaines.
Par ailleurs, les représentants des habitants ont demandé de prendre en considération, lors du recasement, les difficultés financières de certains ménages ainsi que le problème des familles nombreuses qui ne peuvent être logées dans un seul appartement. A ce propos, le wali du Grand Casablanca, Mohamed Kabbaj, a signalé que la réussite de cet ambitieux projet ne pourra se faire sans la volonté et l'implication positive des différentes parties concernées. Dans ce même créneau d'idées, le minsitre de l'Intérieur a demandé de couper court à toutes les pratiques spéculatrices. «Ce projet est réservé uniquement aux habitants du bidonville Carrières centrales», a-t-il précisé. M. Benmoussa a également souligné que la zone, qui abrite actuellement le bidonville et qui s'étale sur une superficie de 30 hectares, sera transformée en un espace vert dans le cadre du plan d'aménagement urbain de la ville de Casablanca.
Une nouvelle qui devrait soulager les habitants de Hay Mohammadi tant tracassés par l'absence d'espaces verts et d'infrastructures de loisir. «Je crois que ce nouveau projet sera bénéfique aussi bien pour les bidonvillois que pour les autres habitants de la région», confie un résident à Hay Mohammadi. «Nous sommes soulagés de savoir que nous serons enfin relogés dans de vraies maisons, notamment que notre quartier est profondément lié à l'histoire du Maroc», rétorque un habitant du bidonville.
En effet, il est à rappeler que les Carrières centrales sont liées dans la mémoire des Marocains à la bravoure et à la lutte pour le recouvrement de l'indépendance. A ce propos, les représentants des habitants de ce «quartier antique» ont rappelé leur participation à l'épopée de la libération du pays. «Nous n'oublierons jamais la visite historique effectuée par feu S.M. Mohammed V, après l'indépendance, à ce bidonville où le regretté Souverain avait posé la première pierre pour la construction de la Mosquée Mohammed V», ont-ils ajouté en espérant que des projets semblables seront mis en place au Hay Mohammadi afin de rendre hommage à ce quartier mythique construit en 1914 sous l'ère de la colonisation française. -----------------------------------------------------------------
Programme de résorption des bidonvilles
Dans le cadre de la lutte contre l'habitat insalubre, plusieurs programmes de résorption de bidonvilles ont été mis en place dans la région du Grand Casablanca. Le coût de ces opérations est estimé à une enveloppe budgétaire de 8 milliards de DH.
La contribution de l'Etat à ce financement est de l'ordre de 3 milliards de DH. Il est à signaler que les bidonvilles de la métropole abritent 98.000 ménages soit 500.000 personnes.
Ce chiffre représente 36% des bidonvilles recensés sur l'ensemble du territoire national. Afin de mettre fin à ce type d'habitat, les autorités de la ville procèdent en concertation avec le ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et de l'Aménagement de l'espace à la démolition de 25 à 30 mille baraques par an. Selon le wali du Grand Casablanca, Mohamed Kabbaj, le taux de démolition devrait passer à 50 mille baraques par an afin d'éradiquer l'ensemble des bidonvilles en 2012. -------------------------------------------------
Historique des carrières
C'est dans les années 20, à proximité de la centrale thermique des Roches Noires à Casablanca, qu'apparaissent les premières baraques construites à partir de matériaux des plus hétéroclites.
Leurs promoteurs sont des ouvriers du chantier de construction de la centrale thermique. Ils choisiront la proximité d'une carrière pour implanter leurs logements sommaires. D'où le nom du premier "bidonville" : Carrières centrales. Ce nom sera en définitive "marocanisé" pour donner le nom Karyan Centra. A partir de là, le mot Karyan (déformation de "carrière") désignera sur un mode générique cette forme particulière de quartier installé à proximité des carrières.