Intégrer l'approche genre dans les budgets locaux
La volonté existe, la planification stratégique manque
LE MATIN
10 Mai 2007
À 16:07
«Un budget genre n'est pas un budget séparé pour les femmes et ne constitue pas une ségrégation budgétaire avec des crédits affectés séparément aux hommes et aux femmes dans le budget général. En fait, l'approche genre propose de revoir la manière de planifier les politiques en focalisant sur les résultats et non pas sur les moyens.
Il s‘agit avant tout de prendre en compte les besoins spécifiques des hommes et des femmes pour qu'il y ait une équité. L'approche genre est une approche intégrée et participative», a expliqué Rachida Tahiri, membre de l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), lors du séminaire de clôture du projet «Intégration de l'approche genre dans les budgets locaux» qui a eu lieu le 9 mai à Casablanca.
Lancé par l'ADFM, en partenariat avec le Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), l'Unicef et l'Union européenne, ce projet, d'une durée de deux ans, consiste à mettre en place un programme d'initiation, de réflexion, d'accompagnement et de formation sur l'importance de la "gendérisation" (ou approche genre) des budgets des collectivités locales.
L'objectif étant d'améliorer et de promouvoir les performances budgétaires en matière de droits, d'égalité et d'éradication de la pauvreté, et ceci à travers des politiques de proximité en tenant compte des besoins de différentes composantes de la population. «Le budget en tant qu'outil traduisant les politiques publiques et reflètant les priorités sociales et économiques, ne peut pas être neutre.
Il est censé prendre en considération les besoins différenciés des divers groupes de la population et surtout ceux des hommes et des femmes qui sont les deux composantes de la population», a souligné Rachida Tahiri.
Aussi, l'intégration systématique des questions de genre consiste donc dans la réorganisation, l'amélioration, le développement et l'évaluation des processus politiques afin que l'égalité homme/femme soit intégrée dans toutes les politiques à tous les niveaux et à tous les stades par les acteurs qui participent à l'élaboration des politiques.
Pour la réalisation du projet, une étude prospective sur l'état des lieux des budgets actuels dans des communes d'envergure et de nature différentes, a été réalisée auprès des communes urbaines de Sidi Belyout et Sidi Moumen à Casablanca, de la commune urbaine d'Essaouira, des communes rurales de Sidi M'hamed Amerzouk à Essaouira, Sidi Moussa El Majdoub à Mohammedia et Aït Ouallal à Zagora.
A la fin de l'enquête, l'association a pu constater que les habitant(e)s sont absents du cadre juridique, normatif et réglementaire, de la définition des priorités politiques, de la planification avant l'élaboration, le suivi et l'évaluation du budget. «Or ces questions devraient normalement être prises en compte de manière transversale. Il n'y a donc pas de travail sur la base d'une planification stratégique. Il n'y a pas non plus de coordination entre les différents acteurs », a précisé Rachida Tahiri.
Pour y remédier, le projet a prévu la création d'une cellule de formation initiée à la gendérisation des budgets locaux, et des sessions de formation et d'accompagnement pour les planificateurs et planificatrices des budgets, les élu(e)s ainsi que pour les associations au niveau local.
«Il existe une volonté générale d'intégrer l'approche genre. Nous l'avons vu avec la Loi de finances. Il y a un potentiel d'intégration et les points d'ancrage existent, mais tant qu'il n'y aura pas d'institutionnalisation et de circulaire ministérielle, les communes n'oseront pas prendre l'initiative», conclut Rachida Tahiri.
ITINÉRAIRE
Recommandations de l'ADFM
Mise en place d'un dispositif d'analyse de la situation, de diagnostic, de suivi et d'évaluation utilisant le concept et les outils d'analyse genre.
Inscription de la nouvelle charte des collectivités locales dans le cadre d'une orientation globale où le mouvement associatif est appréhendé en tant que partenaire réel et stratégique.
Instauration d'une démarche participative pour l'identification des besoins différenciés entre femmes et hommes.
Rationalisation de la démarche de programmation en donnant la priorité aux projets de proximité permettant la satisfaction des besoins prioritaires des femmes et des hommes.
Institutionnalisation d'une procédure d'analyse d'impact social sensible au genre pour tout projet d'investissement.
Soutien au recours des communes au partenariat pour la réalisation de projets d'intérêt local sensible au genre.