Le PND juge illégale sa dissolution par l'Intérieur
Après les remous provoqués par la décision du PND de se retirer du projet de fusion avec le PAM (Parti Authenticité et Modernité) et les réactions en cascade qui s'en sont suivies, Abdallah Kadiri sort enfin de son silence.
Abdallah Kadiri, 2e à gauche.
LE MATIN
21 Octobre 2008
À 16:28
Il a organisé, lundi 20 octobre à Rabat, une conférence de presse pour annoncer la décision "de son parti d'intenter un procès contre le ministère de l'Intérieur". Pour A. Kadiri, la décision de l'Intérieur de dissoudre le PND n'est pas légale puisque seuls les 4/5 des congressistes peuvent prendre une telle décision en vertu du statut du parti. "Je pense que le ministère de l'Intérieur est allé un peu vite en besogne.
D'autant que le Parti Authenticité et Modernité n'existe toujours pas juridiquement, sachant qu'il n'a pas encore tenu son congrès constitutif". Le PND saisit donc la justice mais, en même temps, il demande un arbitrage royal pour corriger ce qu'il considère comme une "aberration". Pour A. Kadiri, il ne s'agit nullement d'un retrait, "puisqu'il était question d'un accord de principe soumis à conditions. Et du moment que les conditions n'ont pas été remplies, on n'était plus tenu par cet accord de principe". Selon A. Kadiri, le PND est un parti qui a son poids, ses référentiels et ses députés. Il est de loin le plus important des cinq partis ayant accepté la fusion. "On a exigé que tout cela soit pris en compte et que la composition du nouveau parti reflète cette donne.
Or, on a été surpris de constater que nos militants ont été marginalisés et que c'est une association (Mouvement pour les démocrates, ndlr) qui tire les ficelles. Bien sûr, on a rejeté le projet en bloc". A. Kadiri affirme que le ministère de l'Intérieur ‘'s'est mis dans son tort'' en décidant la dissolution d'un parti " qui n'a pas encore fusionné avec une autre structure, qui de plus, n'existe pas encore légalement''. Le responsable partisan répète, à qui veut l'entendre, que c'était un accord de principe en attendant que le PAM se mette en conformité avec la loi sur les partis, c'est-à-dire tenir son congrès, selon lui.
De plus, rappelle A. Kadiri, la fusion n'est pas un mariage catholique. Il y a une procédure à suivre. Le Bureau politique d'un parti approuve la fusion qui ne devient effective qu'une fois approuvée par son congrès. "Comment peut-on nous reprocher un retrait qui n'est pas encore effectif. Le congrès ne s'est pas réuni". Pour toutes ces raisons, le PND trouve que la décision de la dissolution prise par le ministère de l'Intérieur est précipitée et qu'elle ‘'a été prise au mépris des articles 41 et 42 du statut du parti''. Pour rappel, il y a un mois, Milouda Hazib, ex-SG adjointe du PND, et Chakir Taher, membre du BP, avaient réuni plusieurs membres du Bureau politique pour prendre leurs distances par rapport à la décision de retrait prise par Kadiri. Par la même occasion, M. Hazib avait réitéré la volonté de la majorité des membres du Bureau politique du PND de respecter leur engagement quant à la fusion avec le Parti Authenticité et Modernité. "Nous réaffirmons notre engagement et nous comptons bien le respecter. Nous avons pris la décision de fusionner avec le PAM par conviction et non pas sur un coup de tête", avait-t-elle martelé.
S'agissant des conditions que l'ex-chef du PND aurait posées comme préalables au projet de fusion et que le PAM n'aurait pas respectées (la représentativité du PND à hauteur de 60% dans le PAM…), Tahar Chakir avait souligné que "le Bureau politique n'avait pas de conditions et s'il y avait des conditions, Kadiri seul en avait connaissance. Parler de cela maintenant n'est pas logique, voire immoral". Pour certains, la fusion est effective, pour les autres, elle ne l'est pas encore. La justice tranchera l'affaire le jeudi 23 octobre.
Précipitation
Le PND saisit donc la justice mais en même temps il demande un arbitrage royal pour corriger ce qu'il considère comme une "aberration". Pour lui, comment l'Intérieur procède-t-il à la dissolution d'un parti car il a fusionné avec un ‘'autre parti qui n'existe pas encore légalement''. " Le ministère a agi avec précipitation. C'est donc à la justice de réparer cette erreur". Pour rappel, le Bureau politique du Parti national démocrate (PND) avait fusionné avec quatre autres partis pour former le Parti Authenticité et Modernité (PAM) : il s'agit du Parti Al Ahd, le Parti de l'Environnement et de Développement, l'Alliance des Libertés et le Parti Initiative citoyenne pour le Développement. C'était en août 2008.