Fête du Trône 2006

Oukacha tente de raisonner les démissionnaires

Cacophonie et rumeurs autour d'un éventuel retour des conseillers CDT à leurs sièges qu'ils ont quittés le 19 avril dernier. A moins d'un mois de la session parlementaire d'octobre, cette histoire à la fois tonnante et amusante fait encore une fois parler d'elle.

12 Septembre 2008 À 17:56

Tonnante parce que c'est la première fois qu'un groupe de conseillers démissionne en bloc et amusante puisqu'à ce jour, personne, même Mustapha Oukacha ne sait s'il s'agit bien de démission ou de simple retrait. Notons que, détail important bien qu'un tantinet dérangeant, les démissionnaires continuent depuis déjà quatre mois de percevoir leurs salaires.

Contacté, le président de la Chambre des conseillers corrobore l'existence d'une telle confusion du moment, explique-t-il, où les lettres qu'il a reçues de manière individuelle ou groupée ne tranchent pas entre les deux options. Oukacha compte bien envoyer des convocations aux neuf conseillers confédéraux au même titre que leurs confrères pour assister à la séance d'ouverture d'octobre qui sera présidée par le Souverain. En bon samaritain, Oukacha ajoute que «depuis que les conseillers CDT ont décidé de quitter la 2e Chambre, je n'ai jamais arrêté de les contacter pour les convaincre de revenir pour exercer leur mission constitutionnelle.

Leur présence à la deuxième Chambre est primordiale pour défendre les intérêt des travailleurs». Et le responsable d'enfoncer le clou en disant que s'il s'agit effectivement d'une démission, les intéressés auraient pu rendre leurs salaires. Autre son de cloches chez Khalid Houir Alami, ex-président du groupe, qui pense que cette question de salaires ne dépend aucunement de la volonté des démissionnaires et que concernant les autres avantages, ils s'en sont bel et bien défaits. K. Houir pointe du doigt le bureau de la Chambre qui «n'a pas encore entamé la procédure d'approbation de la démission». Techniquement, le bureau de la deuxième Chambre doit la programmer en séance plénière qui la soumet au Premier ministre qui de son côté la transmet au Conseil constitutionnel. Toutefois, la première phase, à savoir la discussion de la démission en plénière, n'a pas encore été programmée. Oukacha lui-même le reconnaît ajoutant qu'il préfère attendre que la position de la confédération se clarifie.

Pour Mustapha Chtatbi, qui fait partie des démissionnaires, le Conseil national de la CDT, réuni le 19 avril dernier, a pris la décision irrévocable de démissionner et seule cette instance est habilitée à trancher sur un éventuel changement de cap. Quant à Houir, il est encore plus catégorique : «Même si on nous envoie des convocations pour assister à l'ouverture de la session d'octobre, nous n'assisterons pas et les raisons sont claires».

Revenons, justement, aux raisons ayant poussé Noubir Amaoui à lancer cette grosse pierre dans la mare syndicale. Le retrait est motivé par la faiblesse de l'institution législative de manière générale. «Nous constatons une réelle démission du Parlement dans un temps où la situation sociale est inquiétante.
Cette institution est devenue presque sourde à la mauvaise gouvernance, à la corruption ambiante, à la spéculation foncière et à la politique de paupérisation», avait déclaré Houir au ‘'Matin''. Pour lui, le Parlement ne s'acquitte pas de sa tâche de contrôle de l'action gouvernementale et n'hésite pas à voter des lois qui compromettent l'amélioration du vécu des Marocains.
Le responsable donne comme exemple la Loi de finances et les remous ayant succédé à son approbation.

Certes, le fossé entre les parlementaires et les réalités du pays est béant. Plusieurs députés le reconnaissent et recommandent que des visites régulières soient programmées dans différents organismes et secteurs pour y voir plus clair.
Si telles sont les raisons de la CDT, derrière sont tour de force surprenant, il n'en reste pas moins que la décision de quitter le Parlement est politiquement moins innocente qu'il n'y paraît.
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La pierre dans la mare

Ce fut bien une période de calme qui précède la tempête. Noubir Amaoui est revenu sur la scène syndicale plus prolixe et retentissant que jamais. Un retour d'autant plus fort que le secrétaire général de la CDT a surpris tout le monde. La démission du groupe CDT de la deuxième Chambre est un acte politique fort dirigé contre «la faiblesse et l'hétérogénéité gouvernementales», a-t-il tonné lors d'une conférence de presse. Il n'est pas fortuit que lors de chaque rencontre des conseillers CDT avec les membres de son Conseil national, ces derniers appellent à bouder tous les organismes dits représentatifs.

Or, si l'on analyse les déclarations d'Amaoui tout au long du dialogue social, le vieux routier fait le grand écart entre l'escalade et l'apaisement.
Tantôt, il qualifie les négociations avec le gouvernement de constructives, tantôt il les traite de vides et sans aucune portée sociale. Un ballottement que certains mettent au compte de la stratégie syndicale qui amadoue l'interlocuteur pour lui soutirer le maximum de concessions.
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