Bonne nouvelle : «La finalisation du guide de bonnes pratiques en matière de transplantation d'organes et de tissus humains est en cours. Le conseil consultatif se penche sur les dernières dispositions relatives à la transplantation du coeur et du pancréas.
LE MATIN
17 Février 2008
À 14:22
Celles relatives aux autres organes prévus par le Dahir 1-99-208 portant promulgation de la loi 16-98 relative au don, au prélèvement et à la transplantation d'organes et de tissus humains ont été validées selon le secrétariat du conseil», a annoncé au «Matin du Sahara» le secrétariat du Conseil consultatif de transplantation d'organes, domicilié à la Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires.
Il s'agit d'un guide tant attendu par les hôpitaux dotés d'un agrément de transplantion d'organes et de tissus humains. Un document qui devrait compléter et mettre au clair certains dispositifs de la loi régissant le secteur de don d'organes.
Autorisés par la loi et pratiqués avec succès au Maroc, le don, le prélèvement et la transplantation d'organes demeurent encore l'une des pratiques médicales entourées de plusieurs confusions générales d'ordres philosophique et social. Pourtant, les compétences humaines ne manquent pas et les techniques non plus. La preuve en est les différentes opérations réalisées, sans infrastructures adéquates par des chirurgiens, et ce, bien avant l'adoption de la loi (n° 16-98). En effet, les professionnels marocains ont démontré leur savoir-faire après la première greffe qui a eu lieu à Casablanca en 1986.
Précisons tout de même que la loi (16-98) relative au don, au prélèvement et à la transplantation d'organes et de tissus humains a comblé plusieurs déficits et a permis un contrôle plus rigoureux. Elle a aussi structuré le prélèvement et la transplantation d'organes à travers la création d'une liste d'attente nationale, de la banque d'organes, des listes des tissus et organes humains …Que stipule la loi de don d'organes? Que prescrit-elle au niveau du don cadavérique et quel est le rôle du CCTO ?
Du côté législatif... «Les textes de loi lèvent toute ambiguïté sur les questions de prélèvement et de transplantation. Ils définissent les personnes susceptibles d'être donneurs et précisent les structures qui sont agréées par l'Etat», précise Hicham Benyaich, chef du service de médecine légiste. Les établissements concernés sont donc le Centre hospitalier Ibn Sina de Rabat, le CHU Ibn Rochd de Casablanca, l'hôpital militaire Mohammed V de Rabat, les CHU de Marrakech et de Fès, et l'hôpital Cheikh Zaid. La loi stipule, aussi, qu'à aucun cas le don d'organes ne peut être rémunéré ou faire l'objet de transaction.
Concernant la nature des donneurs, ce sont d'une manière générale, les proches de premier degré (parents, enfants, frères et sœurs) ou même de deuxième degré (oncles, tantes, cousins et cousines) ainsi que les cas spécifiques du conjoint après une année de mariage. Mieux encore, le donneur doit exprimer son désir d'offrir un rein devant une commission dirigée par le président du tribunal de première instance, un représentant du procureur du Roi et deux médecins nommés par le ministère de la Santé, sur proposition du Conseil de l'Ordre. Cette commission vérifie que le donneur a été informé des risques de l'opération et de ses bénéfices et qu'il n'a pas été victime de marchandage ou de pression matérielle, morale ou psychologique. Après l'obtention de l'autorisation du tribunal, un deuxième accord doit être octroyé par l'administration. Ce n'est qu'à ce moment-là que le médecin a le droit de pratiquer la greffe.
Par ailleurs, le principe du consentement est basé sur un principe juridique plus général qui est celui de «l'inviolabilité» du corps humain. Selon la loi marocaine, les organes humains ne peuvent être prélevés que sur des citoyens vivants ou en état de mort cérébrale et qui doivent «faire acte de don de leurs organes de leur vivant»… Quant aux décédés, les choses sont aussi claires. Le prélèvement sur cadavres est évoqué dans plusieurs articles de la loi. A titre d'exemple, l'article 4 qui stipule que: «Peuvent être agréés à effectuer le prélèvement d'organes et de tissus humains à des fins thérapeutiques ou scientifiques, sur les personnes en état de mort cérébrale et sur cadavres, les hôpitaux publics civils et militaires désignés…».
Malheureusement, cette activité ne prend toujours pas son envol au Maroc, alors que le concept «la mort donne la vie» est appliqué dans plusieurs autres pays.
Le don cadavérique En effet, certains prélèvements cadavériques bénins et louables peuvent rendre un grand service à l'humanité. «Je vous donne par exemple le cas de la greffe de la cornée, c'est une opération qui est plus ou moins simple. Il s'agit de prélever le globe oculaire d'un mort, ayant une cornée saine et claire pour le greffer sur un patient inscrit en liste d'attente. Ceci en prenant en considération l'état d'urgence du patient et la priorité qui est donnée aux aveugles», explique Dr Hicham Benayaich. Il rajoute : «Qu'est- ce qu'il y a de mieux que de donner la vue à quelqu'un qui n'a jamais vu le jour?»
Au Maroc, dans les années 60, la greffe de la cornée a permis à un bon nombre d'aveugles de récupérer la vue. A partir de 1958, 20 à 60 personnes se faisaient greffer par an. Depuis 1998, les greffes on été interrompues dans l'attente des décrets d'application de la loi. De nos jours, les choses ne bougent toujours pas. Une lueur d'espoir viendra sûrement lors de la parution du guide de bonnes pratiques en matière de transplantation d'organes et de tissus humains. En effet, selon l'article 46 du (Dahir n° 1-99-208/ loi 16-98), «il est institué un conseil dénommé Conseil consultatif de transplantation d'organes humains (CCTO). Les attributions et les modalités de fonctionnement et de désignation des membres de ce Conseil seront fixées par voie réglementaire».
Le CCTO est chargé de donner son avis au ministre de la Santé sur les questions en rapport avec le don, le prélèvement, la transplantation, la conservation et le transport d'organes et de tissus humains, d'élaborer et de proposer au ministre de la Santé les règles de bonne pratique de prélèvement, de transplantation, de conservation et de transport d'organes et de tissus humains.
Il est certain que cette loi, certes restrictive, a un côté positif dans le sens où cela limite les trafics d'organes. Toutefois, un aspect mérite certainement réflexion: que doit-on faire dans le cas où aucun des proches ne peut faire don d'un organe ? Faut-il le laisser mourir ou prélever l'organe d'une autre personne morte ou vivante ? ---------------------------------------------
Les membres du CCTO
Tous les secteurs de la santé sont représentés au sein du Conseil consultatif de transplantation d'organes humains (CCTO). Ainsi, on retrouve deux praticiens représentant le domaine de greffe de rein, deux représentant le domaine de greffe de cornée, deux autres représentant le domaine de greffe de moelle osseuse, un praticien spécialiste en anesthésie réanimation, un en immunologie, un en anatomopathologie et un en chirurgie. Et étant donné que ce sujet demande l'autorisation de plusieurs départements, le CCTO regroupe également : un représentant du ministre de la justice, un de l'autorité gouvernementale chargée de l'administration de la défense nationale, et quatre membres représentants du ministère de la santé (le directeur des hôpitaux et des soins ambulatoires, le directeur de l'épidémiologie et de la lutte contre les maladies, le directeur de la réglementation et du contentieux, et le directeur du centre national de transfusion sanguine).
Un représentant du conseil national de l'Ordre des médecins, deux représentants du personnel infirmier désignés par le ministre de la santé et un représentant du personnel infirmier militaire désigné par l'autorité gouvernementale chargée de l'administration de la défense nationale font aussi partie de l'équipe CCTO. ----------------------------------------
Pratique de la greffe
Dans le domaine d'implantations organiques, il faut distinguer trois pratiques: la greffe, l'allogreffe et la xénogreffe. La greffe est la mise en place dans le corps humain d'un organe étranger qui lui est devenu nécessaire.
Par contre, pour permettre à un malade de retrouver une existence normale, on peut pratiquer une autogreffe qui est une greffe dans laquelle le greffon provient du sujet lui-même. Quant à l'allogreffe (ou homogreffe), elle est faite à partir d'un donneur ou encore d'une xénogreffe qui est pratiquée entre deux organismes d'espèce différente, par exemple greffe d'un organe d'animal chez l'homme.