Fête du Trône 2006

Le Maroc et la mémoire de Moha ou Hammou

Celui dont le Maroc célèbrera demain le 87e anniversaire de sa disparition, mort sur le champ d'honneur le 28 râbîi-al-awal 1342 (27 mars 1921) est une figure de guerre comme le Maroc en a eu rarement.

03 Avril 2008 À 19:33

A l'évocation de son nom, c'est tout un pan de l'histoire du Maroc qui se décline. C'est aussi l'épopée de la résistance du début du XXe siècle qui se rappelle furieusement à une mémoire, la nôtre, de plus en plus évanescente. Cavalier impénitent, longue chevelure lâchée sur la nuque, une extrême agilité et de l'endurance : Moha ou Hammou Zayani était un guerrier, chef de la résistance des tribus de Zayane, implantées au creux de ce Moyen Atlas qui regroupe Khénifra, El Heri, Zaouiyat Ishaq, Zaouiyet Cheikh, Mrirt, Azrou, Aïn Aïcha, etc.

Moha ou Hammou s'opposa farouchement de 1905 jusqu'à sa mort en 1921 à la pénétration coloniale française. Il s'illustra notamment lors de la fameuse bataille de « El Heri » du 13 novembre 1914 qui constitua le plus grand désastre pour l'armée français dans sa conquête de l'Afrique du Nord, une sorte de « Bérézina » pour les troupes du colonel Laverdure, lui-même sous les ordres du cruel et sanguinaire colonel Charles Mangin.

Moha ou Hammou Zayani (dit aussi Moha ou Saïd) leur infligea une défaite à laquelle réfléchiront des années durant les stratèges militaires. Avant de tomber sur le champ d'honneur en 1921 à Sidi Lamine, non loin de Ksiba, il demanda à être enterré « en un endroit où la terre ne risquait pas d'être souillée par des étrangers ». La doctrine de résistance de Moha ou Hammou Zayani n'obéissait nullement, contrairement à toutes les autres, à un critère local, provincial ou régional. Son combat revêtait une dimension nationale, car dès la Conférence d'Algésiras, organisée en 1906 entre les puissances coloniales et décidant l'impitoyable dépècement du Royaume, il décida de prendre les armes. Ce qui l'amena, en guise de solidarité, à se rendre jusqu'à Médiouna en septembre 1913 à la tête de ses troupes pour apporter son soutien à la résistance contre Mangin.

Il combattait au nom du Sultan du Maroc et n'avait jamais cessé de proclamer son attachement à la monarchie, son allégeance d'abord à Moulay Hassan 1er qui l'avait nommé Caïd, à Moulay Abdelaziz, à Moulay Hafid et Moulay Youssef. Le 12 et 13 novembre 1914, au petit village El Heri, il avait anéanti la colonne française et s'imposa ensuite à Aghbalou, près de Ksiba face au colonel Mangin dont le maréchal Lyautey exigea immédiatement le renvoi en France. Avant Abdelkrim Khattabi, Moha ou Hammou Zayani incarnait la résistance populaire, quand bien même il se serait retiré sur les hauteurs du Moyen Atlas, son nom demeura prestigieux.

Son engagement pour le Trône, le Roi et l'intégrité territoriale du Maroc constitue, quatre-vingt-dix ans plus tard, un exemple de bravoure et de patriotisme. Les jeunes générations, peu enclines à s'investir dans la quête de notre histoire immédiate, peu rivées sur les faits d'armes de tous ceux qui se sont sacrifiés pour l'unité nationale, devraient s'y pencher résolument. Car, voilà un exemple jamais disparu de nos annales qui a donné la mesure, physique et morale, d'un engagement pour la patrie. C'est Moha ou Hammou Zayani, dit Moha ou Saïd Amahzoune…
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