Le peuple marocain célèbre ce jeudi 21 août, dans la liesse et la communion, la Fête de la Jeunesse qui coïncide avec le quarante-cinquième anniversaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Cette célébration constitue un événement exceptionnel, d'autant plus significatif qu'il est marqué par une série de manifestations culturelles, artistiques et sportives mais aussi par une adhésion populaire intense.
LE MATIN
20 Août 2008
À 19:16
C'est une fête dédiée aux générations montantes, elle renforce en effet la symbiose entre le Roi et les millions de jeunes Marocains qui sont à notre pays, depuis toujours d'ailleurs, ce que la grande espérance est à l'Homme et l'avenir à la nation, et qui demeurent fermement attachés à leur Roi, symbole plus que tout autre de cette exigence de modernité que le mouvement de la jeunesse représente de nos jours. Le Roi incarne aussi ce qu'une lumière scintillante, montant des profondeurs, jette sur une nation en plein essor, engagée aussi dans le combat multiforme de la démocratie, du développement et de l'unité nationale.
La jeunesse marocaine s'associe aujourd'hui avec exaltation à ce symbole à deux dimensions significatives : elle célèbre le quarante-cinquième anniversaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et la Fête de la Jeunesse qui est l'expression de sa liberté, de son engagement renouvelée et de ses espoirs. Les deux événements se conjuguent avec bonheur. Non qu'un événement éclipse l'autre, car une dimension familiale, une joie partagée d'un bout à l'autre du Royaume, un même souffle de jouvence traversent le pays. Ils ne peuvent être dissociés. Un anniversaire, c'est aussi l'occasion de revenir sur un parcours dont la particularité est d'être constamment projeté sur l'avenir parce que porteur de destin. Et le parcours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI reflète celui d'un Maroc en mouvement.
La naissance à Rabat le 21 août 1963 de Sa Majesté Mohammed VI, outre l'immense bonheur du Maroc et de la Famille Royale, symbolisait une continuité dynastique. La photo en noir et blanc - l'époque s'y prêtait encore - sur laquelle figure le Prince Héritier dans les bras de son auguste père, feu Hassan II, laissait déborder plus que le bonheur, mais une grande émotion, une liesse partagée à travers un Maroc indépendant seulement depuis sept ans, mais déjà engagé dans le long combat de la démocratie, sorti des limbes du colonialisme enfin, confronté à diverses problématiques économiques et sociales. Quatre années après, quatre années tout juste ! Nous sommes en 1967, le Prince Sidi Mohammed franchit déjà les portes de l'école coranique, ce qu'on appelle communément le «msid», univers à la fois clos dans sa magistrale rigueur et ouvert dans sa conception populaire.
Hors le Palais Royal et les joies familiales, le « msid » est le premier pas franchi dans l'immense galaxie du savoir et de l'apprentissage. Premiers préceptes de l'Islam, psalmodies, sourates et fiqh, le chemin de l'apprentissage religieux n'est pas de tout repos. Et le Prince Sidi Mohammed, tout à sa grande et fervente curiosité, l'attention assidue, le suivra. De ce rude et incomparable apprentissage, il en fera un défi aussi vite relevé, aussi rapidement assimilé. Prince mais citoyen, exigeant envers lui-même, il s'en imprégnera. La religion musulmane étant codifiée dans un ensemble de textes, il y pénétrera pas à pas, un texte après l'autre, un palier après l'autre, une dimension avec l'autre, fortifiant sa connaissance par la pratique et la responsabilité, assumant déjà un devoir que, plus tard, devenu Roi, il renforcera non sans innovation lorsqu'il lancera les réformes. Prince et plus tard Roi, la charge a ses règles et ses obligations, ensuite et surtout Amir al-Mouminine, voilà qui signifie que la fonction devra être assumée dans la plus grande rigueur et la totale disponibilité.
A la religion, à la pratique de la religion, à la connaissance intime des textes fondateurs de l'Islam, à leur exploration et leur examen méticuleux, le Prince Sidi Mohammed est venu tôt. A la fois par devoir de Prince, par la nécessité d'une formation religieuse austère et sans concession et, dira-t-on, par destin. On peut dire aussi qu'il a foulé tôt le sol de la spiritualité d'un pas, tâtonnant au départ, mais résolu une fois devenu Roi et Commandeur des croyants. Il a aussitôt mesuré la part de cette spiritualité dans la vie de son peuple et de son pays. Il a également fait la part des choses et, de réforme en mise à niveau, il imprimera plus tard son propre style à la gouvernance religieuse.
La formation et l'apprentissage sont des piliers incontournables dans l'éducation des princes et des princesses. Pas moins que feu Mohammed V, S.M. Hassan II entendait les renforcer, imposant à ses enfants et au prince héritier une série de règles où la rigueur allait de pair avec l'approfondissement. Tant et si bien que le Prince Sidi Mohammed, au moment de décrocher en 1973 son certificat d'études primaires, avait déjà parcouru le chemin laborieux des connaissances de base : en arabe, en français, en langues étrangères, en grammaire, en calcul, en sciences et en géographie. Car, baignant naturellement dans une ambiance familiale et chaleureuse, il était entouré de jeunes élèves cooptés au sein du peuple et à travers les provinces du Maroc, dans une ambiance laborieuse et confraternelle digne de phalanstère au Collège Royal. Celui-ci, s'il constitue une première pépinière, accueille aussi d'autres enfants issus de familles modestes et populaires. Avec eux, les princes partagent quasiment tout, les premières émotions scolaires, les bonnes et mauvaises notes, les devoirs et les exercices, les «colles», tous étant soumis aux mêmes exigences et au même traitement, sans discrimination ni aucune différence. Le Collège Royal, c'est aussi le lieu de confluence sociale et culturelle où s'aiguisent réflexion et échanges, se nourrit en complicité une amitié forte.
Au cœur de cette ambiance quasi monacale mais stimulante, le jeune Prince Héritier menait la scolarité nécessaire, normale mais était, devoir princier exige, soumis à d'autres occupations, officielles celles-là. Le 2 avril 1974, le président français Georges Pompidou décède d'une longue maladie. Compte tenu des relations exceptionnelles entre le Maroc et la France, Sidi Mohammed représentera, quelques jours après, son père et le Maroc aux funérailles officielles organisées à l'église Notre Dame de Paris. Il a alors onze ans. Entre Maurice Couve de Murville, Premier ministre du général de Gaulle et Michel Jobert, ministre des Affaires étrangères, le Prince Héritier Sidi Mohammed – costume national, jellaba blanche et tarbouche rouge – prend dignement et solennellement part aux derniers hommages rendus par un parterre impressionnant de chefs d'Etat et de gouvernement du monde au président défunt. Cette présence remarquée, ce Prince tout en blanc de 11 ans assumant les charges de représentant de son auguste père, au milieu d'une ronde de présidents et de Rois, focalisait ainsi les regards de l'opinion mondiale, des objectifs de caméras, des chaînes de télévision et de la presse écrite, avaient tout d'une solennité et de grâce incommensurable. Image lisse et sereine d'une blancheur immaculée sur le parvis, au cœur d'un Paris bousculé. Illustration également d'une responsabilité tôt mais dûment assumée.
Pas moins d'un an plus tard, à la fin du mois de mars 1975, une autre image similaire nous montre le jeune Prince, costume traditionnel marocain, entre Anouar Sadate, président égyptien, Houari Boumedienne, président algérien, Yasser Arafat et de nombreux chefs d'Etat du monde entier venus alors participer aux obsèques du Roi Fayçal d'Arabie Saoudite, assassiné le 25 mars 1975 par Fayçal ben Moussaid Al Saoud, l'un de ses neveux. Les missions officielles, les représentations de par le monde, il en connaît et en assume le rythme, les unes et les autres – civiles, militaires, amicales ou protocolaires – étant différentes par leur caractère et leur finalité. A Riyad au milieu d'une pléiade de chefs d'Etat chagrinés, au Palais de l'Elysée quelques mois après l'élection en mai 1974 de Valéry Giscard d'Estaing, à Blagnac (Toulouse) sur le site de construction d'Airbus, le Prince est à l'aise, accoutré avec élégance et soigneusement tenu à sa mission : une discrétion et une sobriété à toute épreuve, une dignité de grand seigneur et une écoute attentive devant ses interlocuteurs. A cette exigence d'élégance physique et morale, il demeurera fidèle, y compris et surtout lorsqu'il deviendra Roi. L'élégance comme la ponctualité, c'est pour renverser l'adage, la courtoisie de Mohammed VI… En août 1975, il effectuera un autre voyage, européen cette fois-ci, plus exactement en Scandinavie, pour présider une importante et œcuménique cérémonie de jamboree. Voyage officiel certes, mais pérégrination d'ouverture et de culture dans un pays scandinave, plongée dans une ambiance sportive et de compétitions internationales. Les charges princières, qui sont déjà une manière de «pied dans l'étrier», autant elles sont nombreuses, autant elles sont confinées au lieu et place qui leur échoient. Elles ne renversent ni ne bousculent pour autant les objectifs, notamment celui de la vie scolaire. Et le cursus scolaire de Sidi Mohammed – Smit Sidi – au Collège Royal jusqu'au baccalauréat reste marqué par une double exigence : les bonnes notes des bulletins et le civisme incarné par l'entrée dans l'autre dimension sociale que son rang exige et lui impose. Le Prince est, en effet, chargé de plusieurs missions officielles. Il est déjà attentif et à l'écoute des changements qui s'opèrent dans le monde et dans son pays. Il n'a que dix-sept ans lorsqu'il entreprend en 1980 un grand périple africain. Mission politique et diplomatique sans doute, mais plongée ethnologique aussi, voyage d'exploration dans un continent aux multiples visages, aux dimensions bigarrées. Il en sera d'autant plus imprégné que, plus tard, devenu Roi, il en fera un continent de prédilection, une terre de passion même.
Ce premier voyage le conduira pendant plusieurs jours successivement au Sénégal, en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Cameroun et au Nigeria. Soit quatre Etats francophones et le dernier anglophone. Il aura rencontré de ce fait les présidents Léopold Sédar Senghor, Ahmed Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny, Ahmadou Ahidjo et Shéhu Shagari auxquels il avait remis des messages de feu S.M. Hassan II. Une telle tournée diplomatique survenait alors que le Maroc faisait face à une montée des périls au Sahara et à une campagne de dénigrement dans le continent africain.
Le périple africain constitue également pour le jeune prince, outre la première approche intime du continent, de ses potentialités et de ses problématiques, l'occasion de jeter un regard objectif de visu sur ses élites et ses peuples. Ce premier contact, opéré dans les profondeurs d'un continent en proie à de radicales transformations, lui laissera à l'évidence de forts et grands souvenirs et éclairera plus tard ses pas décisifs dans une Afrique qu'il affectionne à coup sûr et pour les peuples de laquelle il nourrit respect, grande estime et une grande sollicitude. Il n'est pas indifférent de rappeler que l'Afrique constitue chez Mohammed VI un champ privilégié, une pièce maîtresse et prioritaire du dispositif diplomatique du Maroc qu'il trace et dessine. De retour au Maroc, le Prince Héritier prépare studieusement son baccalauréat qu'il décroche en 1981 avec succès, à la grande joie de ses parents. Il s'inscrit ensuite à la Faculté de droit et des sciences politiques de l'Université Mohammed V de Rabat. Une page est tournée, certes, une autre s'ouvre. C'est à coup sûr un tournant dans une vie marquée désormais par l'obligation de mener en parallèle des études entreprenantes et laborieuses et une vie officielle tout en devoirs et en missions politiques. A l'Université, Sidi Mohammed est mêlé au peuple, il est étudiant inscrit en droit comme beaucoup d'autres, côtoyant «les pupilles» de la nation, observant avec délectation mais d'un regard toutefois différent cette pépinière qui forme les cadres, les juristes, les constitutionnalistes et toute une vague de jeunes diplômés rompus au débat politique sans concession. Ses professeurs témoignent qu'il fut un «étudiant courtois, studieux, attentif et d'une curiosité intellectuelle remarquable». Ses camarades, admiratifs certes, sont les complices des grands et petits « coups ». Il convient de rappeler que, tout à son honneur, à rebours de beaucoup d'autres, il n'a pas choisi une faculté à l'extérieur du Maroc mais l'université marocaine.
Et de fait, alliant l'activité universitaire à ses missions officielles, il a déjà plus qu'une idée du monde, il est plus qu'un simple citoyen du monde imprégné en première file des débats du siècle, ceux des droits de l'Homme – la décennie en porte la marqué -, de la justice, de la liberté, de l'émancipation et du bien-être des peuples. Il incarne cette génération des jeunes «intellectuels organiques», expression inventée par Antonio Gramsci. En 1982, à dix-neuf ans, il est nommé président du Comité d'organisation des Jeux méditerranéens organisés à Casablanca. Le Maroc accueille alors une manifestation d'envergure, regroupant les athlètes arabes et sud-européens, fédérant aussi les peuples de l'Atlantique au Golfe, forgeant surtout - sans doute pour la première fois - leur conscience sportive et politique dans un brassage fructueux. Sidi Mohammed ne s'en tient pas à cette manifestation, fût-elle porteuse de grand prestige. Car en mars 1983, il est désigné par son père pour présider et conduire à New Delhi la délégation du Maroc qui prend part aux travaux du VIIe Sommet des Non-Alignés. Sidi Mohammed n'en finit pas d'apparaître continuellement sous un jour nouveau en nous prenant de court, tantôt sportif, tantôt officier de l'armée, un diplomate chevronné ou enfin un gentilhomme social et chaleureux. Le discours qu'il prononce à New Delhi du haut de cette tribune, devant un aréopage de chefs d'Etat et de gouvernement, est une véritable profession de foi, mais aussi un baptême de feu en ce qu'il dévoile en lui une personnalité tenue à jouer un rôle actif pour son pays et dans le monde. Il plaide avec vigueur et conviction pour un «nouvel ordre international», soit dit en passant, dix ans avant que Georges Bush père ne s'approprie l'expression.
C'est la première fois ainsi qu'il se collette avec un aussi grand nombre de leaders, vieux et jeunes dirigeants, qui incarnent le mouvement du Tiers-monde, ballottés dans l'irascible Guerre froide, soumis en principe au double refus «ni capitalisme, ni communisme»! Les Non-Alignés, c'est aussi l'héritage d'un grand discours que feu Hassan II a prononcé en 1961 à Belgrade, lors de la toute première Conférence du mouvement, véritable compendium… L'ouverture sur le monde, concrétisée par des rencontres au plus haut niveau, menée aussi à l'échelle planétaire, la découverte des mécanismes interétatiques qui régissent les relations internationales, nul doute que chez Sidi Mohammed une réflexion s'aiguise d'ores et déjà. A coup sûr aussi, s'esquisse déjà une vision. Tant et si bien que la même année, cette fois à Addis-Abeba, il présidera de nouveau en septembre 1983 la délégation marocaine aux travaux du Comité de mise en œuvre de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA). Présence princière significative dans cette Ethiopie dévorée par les convulsions, fragilisée par une guerre en Erythrée mais surtout en proie aux jeux de massacres dans une organisation panafricaine rongée par les démons. Nous sommes alors à quelques mois de la rupture entre le Maroc et une OUA traversée par le vent de la sédition et de la corruption. Prince Héritier, Sidi Mohammed, qui affecte un profil bas, rigoureux dans sa démarche et sa réflexion, déteste la démesure et la forfanterie. Il est déjà porté, malgré lui, au pinacle des responsabilités. Sa course le mène sur plusieurs et divers fronts, intérieur et extérieur. Sa conscience des enjeux nationaux et internationaux est forte. Aucun continent n'échappe à son regard et nul peuple ne lui est indifférent. Franchissant une étape supplémentaire et néanmoins majeure dans ses responsabilités, il est nommé en 1985 par feu S.M. Hassan II Coordonnateur des bureaux et services de l'état-major général des Forces Armées Royales (FAR). Une nouvelle mission, certes, mais lourde, voire même périlleuse, et sans commune mesure avec celles qu'il a assumées avec tant de dévouement et de sacrifices. L'armée est un corps, plus : une famille à laquelle il ne cessera jamais de vouer affection et sollicitude.
Il y est entré en apportant une fraîcheur, un style et une méthode de travail qui reflète déjà le souci de modernisation des FAR. Neuf ans plus tard, en 1994, il est promu au grade de Général de division et l'armée est devenue sa famille, à laquelle il continuera, depuis lors, de vouer la même affection et un attachement admirable. Les FAR sont sa «pupille», leur bien-être, leur formation et leur accomplissement la priorité de ses priorités. Il veillera depuis à ce qu'elles bénéficient des meilleures conditions d'encadrement et de promotion, n'oubliera jamais à chacun de ses discours de leur rendre hommage et de les entourer de sa sollicitude, la même d'ailleurs que pour les forces de la police, les forces auxiliaires ou les agents d'autorité. Sidi Mohammed passe la licence, les certificats de droit et soutient sa thèse de doctorat avec un succès qui force l'admiration et lui vaut les félicitations nombreuses, à la fois des jurys et des professeurs. La thèse de doctorat – soutenue avec mention «très honorable» – porte sur un sujet où se croisent des interrogations strictement universitaires et une problématique d'actualité : l'Union du Maghreb Arabe (UMA), fondée en février 1989 à Marrakech. Il passe au crible les mécanismes de ce groupement régional, parce que dans sa vision, il pourrait constituer une des réponses à la mondialisation rampante et, surtout, la rampe de lancement pour le Maghreb.
Au demeurant, ne se rend-il pas quelque temps après à Bruxelles, dans le cadre d'un stage de formation, pour passer quelques mois auprès de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne ? Il pouvait à loisir mettre à l'épreuve des faits une comparaison entre le Maghreb naissant, porté par cinq pays, et une Union européenne qui ne cesse de se faire, de s'élargir constamment et de reculer les frontières intercontinentales. Mohammed Belhassan, Prince Héritier et homme d'action, a 31 ans lorsque s'ouvre en avril 1994 à Marrakech l'un des événements marquants de l'histoire économique mondiale, porteur de bouleversements et de changements: la conférence ministérielle du GATT qui donnera naissance à l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Il donne le coup d'envoi à ce mouvement dont les annales historiques et les mémoires de tous les temps se souviendront de toute évidence. Il enchaîne ensuite, dans la foulée, avec les festivités célébrant à Genève le cinquantième anniversaire de la création des Nations unies en présidant la Commission nationale. Deux ans plus tard, du 21 au 27 juin 1997, Son Altesse Royale le Prince Sidi Mohammed représente son père aux travaux de l'une des plus importantes manifestations internationales organisée à New York: «Sommet de la Terre + 5», issu de la conférence de Rio de 1992 sur le climat. Il y prononce un discours de grande portée dont les accents, forts et porteurs, retentissent encore de nos jours, mettant en exergue une conception originale pour un développement durable équilibré et respectueux de l'environnement. Il témoigne aussi, on le verra aisément plus tard, d'une conception prémonitoire de la croissance, de la solidarité humaine et d'une attentive écoute chez lui des problématiques globales de développement. Les mêmes préoccupations seront renforcées, au demeurant, lorsqu'il accédera le 30 juillet 1999 au Trône de ses glorieux ancêtres. Elles figureront en tête du bréviaire qu'il s'est tracé et qui repose sur une exigence majeure : la gouvernance au sens plein du terme. Du parcours exaltant de Prince Héritier à l'écrasante tâche de Roi, le chemin a connu un mouvement rectiligne mais marqué par une série d'événements – les uns objectifs, les autres subjectifs – qui ont trempé un caractère, forgé une personnalité et un style. Les trois dimensions, à les comparer avec celles de son auguste père, sont d'autant plus différentes que l'époque nouvelle exige la conjugaison entre la réflexion politique et l'action sur le terrain. S.M. Mohammed VI, plutôt que de s'enfermer dans le carcan exclusif des discours, préfère agir et agir vite. Il surgit en homme d'action et non de théâtre, il surgit là où on ne l'attend point. L'avènement de Mohammed VI, c'est d'abord une marée d'espérances, une refondation de la politique et des valeurs de liberté et de justice qu'il a précipitée et à laquelle il a imprimé un rythme – le sien –, celui d'une accélération de l'Histoire, vécue comme une hantise inclinée à rattraper les étapes, à prendre à bras-le-corps et mieux guider le destin de son peuple auquel il entend à la fois rendre sa dignité et donner les raisons de rebondir. Sa passion c'est le Maroc et sa raison d'être c'est sa grande famille, son peuple qui lui rend le reflet d'un miroitement limpide de l'action menée depuis neuf ans au pas de course pour le développement et la modernisation du pays. La même passion, il la cultive pour élever ses enfants et partager d'une manière simple avec sa digne épouse les plaisirs et les devoirs de famille. Sa Majesté Mohammed VI incarne le nouveau règne, la nouvelle génération et la nouvelle ère – puisque le Maroc est passé d'un siècle à l'autre, d'une époque à l'autre. Il incarne l'exigence de liberté, de justice, de démocratie notamment, de prospérité qui sont aujourd'hui l'emblème inscrit sur le fronton de la monarchie constitutionnelle et exécutive. La génération Mohammed VI, ou pour sacrifier à une métaphore, la «Génération M.6» peut se prévaloir et être fière de ce que le Maroc de cette première décennie du troisième millénaire porte en elle comme la marque de la liberté et du progrès.