L'humain au centre de l'action future

«Diverses cultures, religions, voix et styles musicaux créent le son unique de l'orchestre»

Invité d'honneur des Andalousies Atlantiques, l'orchestre El Gusto se produira à Essaouira le 1er novembre. Retour sur l'histoire de ce groupe, pas comme les autres, avec sa jeune manager. Par amour, cette Algéro-irlandaise, architecte de formation, lui a dédié son premier film documentaire.

19 Octobre 2008 À 14:28

La Matin : L'orchestre El Gusto participera bientôt au Festival des Andalousies Atlantiques qui aura lieu à Essaouira du 30 octobre au 1er novembre. Que pouvez-vous nous dire de cette participation, qui est la première dans un pays arabe ?

Safinez Bousbia : C'est effectivement la première fois que l'orchestre se produit dans un pays arabe. Le groupe a déjà animé des concerts en Europe (Marseille, Paris, Londres, Berlin et Lyon). Ce sera donc la première fois qu'El Gusto jouera devant un public connaisseur ! Cela me fait très plaisir car l'ambiance du festival est très intime et chaleureuse. Une vraie magie pour ce concert.

Pensez-vous que le public marocain connaît El Gusto ?

Plusieurs articles de presse à propos d'El Gusto ont été publiés au Maroc. Jusqu'ici, nous avons noté une très forte présence maghrébine lors des concerts. L'orchestre chante une grande partie du répertoire « Melhoun » qui est très apprécié par le public marocain. Nous espérons donc faire face à un public de connaisseurs. Mais si ce n'est pas le cas, ce sera une merveilleuse occasion de les découvrir !

Quel répertoire l'orchestre va-t-il interpréter lors du concert programmé dans le cadre du festival ?

Le répertoire regroupe un mélange de plusieurs écoles de musique Chaâbi, ce qui le rendra diversifié.
Ainsi, après l'ouverture du concert par un duo entre un imam et un rabbin (chanté en arabe et en hébreu), l'orchestre interprétera des morceaux, tels que El Harraz (l'ancien Melhoun marocain), des solos instrumentaux, du Chaâbi berbère, des morceaux de Lili Labassie et de Lili Boniche, des mélanges de musique Chaâbi juive avec des chants religieux arabes ou hébreux, des grands classiques d'El Anka, des tubes comme « Ya Rayah » mais aussi beaucoup de compositions originales des musiciens de l'orchestre.

De quelle manière l'orchestre travaille-t-il sur le patrimoine musical du Maghreb et fait-il en sorte que le brassage culturel continue de constituer son point fort ?

Nous avons essayé de peindre un tableau complet des influences de cette musique. On y retrouve ainsi des traces multiples laissées par les écoles juives, kabyles, orientales, espagnoles. Il ne faut pas non plus oublier l'empreinte d'El Anka ainsi que le rôle joué par la rue et le conservatoire dans la construction du style de l'orchestre.

L'orchestre est constitué de ténors de la musique chaâbi qui sont d'un certain âge. Est-ce qu'il ne se soucie pas de la question de transmission de cet héritage culturel fabuleux ?

Concernant les musiciens musulmans, une relève de cette musique continue d'exister un peu partout dans les rues d'Alger. L'intonation ou encore le rythme évoluent avec le temps. Pour les musiciens juifs qui résident en France, la situation est un peu plus complexe : la nouvelle génération descend des immigrants juifs qui se sont intégrés dans la culture européenne et peu d'entre eux apprécient aujourd'hui réellement cette musique. La relève est beaucoup moins présente qu'à Alger.

Vous avez côtoyé l'orchestre pendant un long moment. Après ce temps, êtes-vous parvenu à mettre le doigt sur le secret de sa réussite ?

Je côtoie les membres de l'orchestre depuis maintenant 6 ans et les connais personnellement, un par un. Leur réussite est due à l'extraordinaire mélange de ces personnalités si différentes. Chacun d'eux relate une histoire personnelle qui est en fin de compte une partie de l'Histoire de la musique et du pays. Sur scène, ils réunissent ensemble, en complète harmonie, les différentes pièces d'un puzzle pour en faire une pièce unique. Leur point fort est donc ce rassemblement de diverses cultures, religions, personnalités, couches sociales, styles musicaux et de voix qui créent le son unique d'El Gusto.

Aujourd'hui que vous connaissez mieux cet orchestre, quel regard jetez vous sur son histoire ?

C'est le même sentiment que la première fois que je les ai connus.
Ce sont des gens magnifiques, extraordinaires et passionnés qui ont dédié leur vie à leur passion. Chacun d'eux a une histoire qui mérite d'être racontée et d'être partagée avec le reste du monde.
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Le concert d'El Gusto

L'orchestre El Gusto se produira à Essaouira le1er novembre. La playlist comprendra «El harraz », mais ce ne sera pas la version d'El Guerouabi mais une version réarrangée. Il y aura également « Chhilet laayanie, écrite par Garramou, « Win saadi» et «Subhan Allah ya Latif », toutes les deux du grand «El Anka », «Ya rayah », incontournable tube de Dahman el Harrachi, « Mchat alia » de Lili Bouniche, «Alger, Algeria», une chanson écrite par Luc Cherki (sans rapport avec Alger Alger), «Je suis un pied noir », qui sera joué en version de Luc Cherki, «Dzair ya assima », tube mythique de Abdelmajid Meskoud, « Rani fi ghourba saiba », paroles d'El Anka et composition de Cheikh El Yamine, «Haramtou bik nouassi», domaine public avec un texte ancien, «kid jet daltek » de Bernaoui, «Min yaati qalbou lilmilah», ancien texte de domaine public et composition de Cheikh El Yamine, «Bnat el youm » de Lili Labassie, « Wana sghayer » d'El Anka, « Issma w'eskout ya Hassan », domaine public mais elle appartiendrait a un marocain, ami d'El Anka vivant a Alger, Mohammed Maroccan...
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