Pour avoir son doctorat en histoire de l'Université de Caen-Basse-Normandie, Leila Maziane choisit d'étudier l'histoire maritime du Maroc.
LE MATIN
28 Novembre 2008
À 15:35
Elle se lance, ainsi, dans une aventure de dépouillage d'archives et de documents ayant trait, de près ou de loin, aux agissements des corsaires de Salé, dans le but de pouvoir retracer leur vie au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle.L. Maziane n'a rien laissé échapper dans sa recherche minutieuse pour élucider toutes les facettes des opérations corsaires ‘'mal éclairées'' jusqu'à nos jours.
Dans sa thèse, éditée en ouvrage (aux publications des Universités de Rouen et du Havre), vu sa richesse historique et la multiplicité des sources qu'elle est allée chercher dans différents pays, L. Maziane permet au lecteur de retrouver toute l'histoire bien ficelée et par là-même combler la lacune de l'époque allant de 1666 à 1727.
Cette dernière représente le règne des deux Sultans Moulay R'Chid et Moulay Ismaël où l'activité corsaire a connu un grand mouvement, dont celui de l'organisation et de l'évolution de la course. Ainsi, après avoir donné une idée générale sur la composition des habitants de ‘'Salé le neuf'' (actuellement Rabat), ‘'Salé le vieux'' (Salé) et la casbah, constitués notamment de ‘'Morisques'' chassés d'Espagne, d'Arabes, de Berbères, de Juifs, de soldats noirs et de renégats, l'auteur aborde, également dans sa recherche les moyens matériels et humains de la course.
En effet, cette activité majeure de la place salétine, qui dura pour près d'un siècle et demi, nécessita la mise en œuvre de moyens matériels et humains considérables, allant des petits navires très rapides aux frégates de 200à 300 tonneaux pour les expéditions lointaines. «Salé devient ainsi une mosaïque de peuples, de cultures et de langues où l'économie corsaire se développe...», écrit André Zysberg, professeur à l'Université de Caen-Basse-Normandie, dans la préface de l'ouvrage. Toutefois, débutant avec un commerce en temps de guerre, ce flux maritime a fait parler de lui en laissant derrière tout un autre monde de «Rais» ou capitaines, captifs, patrons de confréries ou corsaires salétins qui ont sillonné les eaux méditerranéenne et océanique suivant une trajectoire allant des Canaries et des Açores jusqu'au Féroé et l'Islande.
Une histoire fantastique ayant mené l'auteur à faire des recherches dans différentes villes européennes, dont Madrid, Amsterdam, Paris, Londres et Livourne, en plus des archives marocaines.
Cette aventure très enrichissante lui a donné du pain sur la planche afin de reconstituer une histoire homogène à base de ce puzzle de documents recueillis dans différentes langues, du fait que les sources marocaines furent d'une utilité assez restreintes.De ces archives, L. Maziane en ressort une étude bien détaillée sur les conditions de l'épanouissement de l'activité corsaire à Salé au cours du XVIIe siècle, puis les facteurs géographiques, sociaux, économiques, religieux et politiques qui ont pu influencer le développement de la cité corsaire.
Dans son ouvrage, l'historienne consacre, aussi, toute une bonne partie aux hommes et aux navires, ainsi qu'au matériel naval.La troisième partie du livre se penche sur les opérations de la course, sa géographie et les répartitions des prises, ainsi que l'efficacité de la contre-course européenne, entre autres la rentabilité de l'activité corsaire et le phénomène de la captivité à Salé et au Maroc et ses mécanismes. Avec cet ouvrage, l'historienne L. Maziane fait revivre la cité corsaire dans son vrai visage, longtemps méconnue, à travers une recherche historique des plus dignes et des plus intègres. ----------------------------------------
Une thèse qui comble
Soutenue à l'Université de Caen Basse-Normandie, le 18 décembre 1999, sous la direction du professeur André Zysberg, la thèse de Leila Maziane est le résultat d'un travail assidu et de la compétence d'une grande historienne, puis du soutien précieux de plusieurs professeurs et chercheurs de renom qui ont contribué avec leurs inestimables conseils et encouragements. « Ce livre n'aurait peut-être jamais vu le jour sans l'aide de plusieurs universitaires et professeurs, dont Jean-Louis Miège, pionnier de l'histoire maritime et Abdelmajid Kabbouri qui sont les premiers à avoir approuvé mon projet et tant d'autres que j'ai nommés dans mes remerciements et auxquels je dois la réussite de cet ouvrage », souligne Leila Maziane, ajoutant que c'est ce vide en recherches sur cette période des corsaires de Salé qui explique son intérêt pour l'histoire maritime et plus particulièrement pour la course.