Interview: Ahmed Hajji, directeur de l'Agence du Sud
Le directeur général de l'Agence du Sud a été à Paris, lors d'un évènement consacré au programme de développement et de sauvegarde des oasis. Dans l'entretien accordé au Matin, A.Hajji revient sur l'évènement et d'autres sujets relatifs aux actions de l'Agence.
Ahmed Hajji
LE MATIN
06 Novembre 2008
À 20:54
LE MATIN : Ahmed Hajji, vous êtes directeur de l'Agence du Sud. L'ambassade du Maroc à Paris vient d'organiser une journée pour exposer le programme de sauvegarde et de développement des oasis du Sud. A cette occasion, vous avez également présenté l'ouvrage «Le Maroc saharien». Qu'attendiez-vous en réalité de cette rencontre à Paris ?
AHMED HAJJI : C'est une initiative heureuse de l'ambassade du Royaume en France, à laquelle l'Agence du Sud a répondu avec enthousiasme, car cela nous semble être une occasion de plus de partager l'esprit dans lequel, au Maroc, nos efforts et ceux d'un grand nombre de partenaires convergent pour le développement des provinces du Sud du Royaume. Les maîtres mots des actions que nous entreprenons sont, en effet, la concertation permanente et la fédération des efforts de tous. D'autre part, nous espérons que notre présence, à travers une forte délégation, composée essentiellement d'élus, de représentants d'ONG, d'associations et de jeunes porteurs de projets, saura sensibiliser de nouveaux partenaires.
Pourriez-vous nous en dire plus ?
Nous sommes d'abord là pour dire ce que nous faisons, la manière dont on le fait, avec qui on le fait sur le terrain, très concrètement. Mais nous sommes aussi là parce que nous sommes conscients que nous avons encore besoin d'élargir nos partenariats, de les diversifier, de les ouvrir à des formules innovantes et adaptées.
Cela veut-il dire que vous êtes à la recherche de fonds ?
Tout à fait. Mais pas seulement. Je voudrais tout d'abord vous dire qu'aujourd'hui, nous sommes les catalyseurs d'un grand nombre de dynamiques locales, initiées à la demande de la population et des instances qui la représentent. Nous fédérons les efforts des différents acteurs en jouant un ensemble de rôles : l'identification des besoins, ensuite la concertation pour la mise en place de stratégies que nous déclinons en plans d'actions concrets, la mobilisation des ressources nécessaires (financières et autres, savoir-faire…), la maîtrise d'ouvrage, l'accompagnement de l'opérationnalisation et bien sûr, en fin de cycle, l'évaluation des actions entreprises et de leur impact direct sur le quotidien des populations.
Comme vous pouvez le constater, nous sommes dans une logique de réelle proximité. Et cela marche, et donc la demande locale s'accroît fortement. Nous nous devons d'y faire face et pour cela, nous avons donc besoin de moyens additionnels, des fonds, bien sûr, mais aussi de l'expertise, de partenaires en mesure de jouer un rôle de mise en réseau, de parrainages de petits projets et de petites communautés. Et c'est dans cette optique que nous sommes là aujourd'hui.
Certaines critiques vous reprochent de multiplier les infrastructures physiques. Il semblerait que vous avez pas mal « bétonné » dans les provinces du Sud jusqu'à présent. Comptez-vous continuer sur cette voie ?
Tout d'abord, je trouve que, même si c'est de bon ton, il ne faut pas toujours cracher sur le béton. Nous avons fait en sorte de « bétonner intelligent », au service des populations et du développement durable. Prenez, par exemple, le canal de recharge de la nappe de Foum El Oued, sur Oued Sakia El Hamra. Un projet exceptionnel qui va permettre, à l'achèvement du chantier dans quelques mois, de réacheminer l'eau du barrage afin de réalimenter cette nappe si précieuse à l'alimentation en eau potable et à l'irrigation du périmètre agricole de Foum El Oued.
Nous avons encore bétonné pour construire la plus grande halle au poisson d'Afrique au port de Laâyoune, ainsi qu'un grand nombre d'équipements collectifs nécessaires au quotidien des populations des centres de santé, des écoles, des centres de formation professionnelle, des salles omnisports, des médiathèques. Et même des piscines, ce qui est loin d'être un luxe au Sahara. Cela étant, nous n'avons pas fait que bétonner. Nous avons veillé et nous veillons à la préservation des écosystèmes sensibles, comme la baie de Dakhla, ou les périmètres oasiens ainsi que la sauvegarde d'éléments du patrimoine bâti. On peut, à cet égard, évoquer le chantier de réhabilitation du Ksar d'Assa, qui est mené dans les règles de l'art. Et ce, en s'appuyant sur la population locale, permettant ainsi une revivification des savoir-faire locaux malheureusement en déperdition.
La mise en place d'un réseau d'infrastructures intelligent est une nécessité ainsi que la préservation du patrimoine. Le bâti d'ailleurs –et on y reviendra– en est une également. Mais, envisagez-vous d'intervenir sur d'autres thématiques ?
Mais nous y sommes déjà ! Cela n'est pas un projet, mais une réalité bien palpable, qui se traduit sur deux échelles : la première se situant au niveau du structurant : l'appui à l'initiative privée, les grandes zones touristiques, comme la station de Graret Fartat, dans la baie de Dakhla, qui va être une station de dernière génération, dont l'aménagement ne peut être confié dans le cadre du processus de sélection en cours qu'à un développeur très sensible à la préservation de la qualité du site et respectueux de l'écosystème de cette magnifique lagune. Les villages de pêche sont un autre exemple de chantiers en cours qui permettront de renforcer l'armature urbaine du littoral des provinces de Laâyoune, Boujdour, Dakhla et Aousserd, tout en veillant à la mise à niveau de la pêche artisanale, dont on sait tous que c'est la forme de pêche ayant la double vertu d'avoir l'impact social le plus fort, tout en étant respectueuse des équilibres écologiques.
A ce propos, où en êtes-vous de la construction du port de Boujdour, dont le coup d'envoi a été donné par S. M. le Roi Mohammed VI lors de sa visite dans la région en mars 2006 ?
Le port de Boujdour, dont le chantier sera achevé, in cha Allah d'ici l'été 2009 est un exemple éloquent de cette convergence d'efforts que nous avons évoquée tout à l'heure. Parce qu'il ne suffit pas seulement de construire une infrastructure, encore faut-il l'inscrire dans une dynamique globale, dans un réseau de projets convergents.
Il faut citer à cet égard, la zone d'activité à lui adosser, la halle au poisson et les équipements qui vont avec, la mise à niveau de la ville, qui se fait dans le cadre d'une contractualisation triennale avec la collectivité, la préparation des zones d'Habitat et bien d'autres actions. La face de ce qui n'était qu'un petit village de pêche, il y a trente ans est en train de subir une métamorphose complète qui va le rendre éligible à un statut de véritable chef-lieu de province disposant d'un réseau d'assainissement liquide inscrit dans une logique de réutilisation des eaux usées, d'un réseau d'équipements collectifs de qualité (hôpital au standard, écoles, lycées, instituts de formation professionnelle, salle omnisports, piscine couverte, terrains de sport, centres socioculturels, gare routière, marché municipal, espaces verts, corniche de qualité, maison de jeunes, centre nautique, etc.). En fait, Boujdour s'est révélé avoir été un véritable laboratoire du développement, ce qui nous permet aujourd'hui d'engranger des succès significatifs en la matière.
Vous avez parlé d'une première échelle d'intervention qui concerne des projets de taille importante, pouvez-vous nous éclairer sur la seconde ?
C'est, bien sûr, celle de la proximité, un concept central, à l'Agence du Sud, qui est fait de thématiques comme l'Emploi, l'appui à l'animation socioculturelle et sportive, à la société civile, un cœur de cible d'une multitude d'interventions très concrètes. Cela a, évidemment, un impact immédiat sur le vécu des populations des Provinces du Sud. De même, nous avons abordé avec un intérêt particulier la problématique culturelle, conscients de l'importance d'un travail sérieux en matière de préservation de la mémoire et de l'identité, mais aussi en matière d'ouverture sur les identités plurielles de notre Royaume et au-delà, d'ouverture à des apports fertilisants et épanouissants. Quant au secteur de l'Education et aux actions d'appui que nous allons entreprendre, je vous informe –et vous allez vous en réjouir- que nous allons beaucoup moins « bétonner » et qu'en revanche, nous allons nous engager davantage en faveur de la mise à niveau et de la fécondation des systèmes en place. Nous sommes parfaitement conscients que la Culture et l'Education sont des leviers indispensables du développement économique et humain. C'est ce qui les place au cœur de l'action d'un organe de développement comme l'Agence du Sud.
Le programme de valorisation des oasis du Sud semble avoir également, connu depuis sa mise en place en 2006, une restructuration importante. Qu'en est-il exactement ?
En effet, dès les premiers mois de mise en œuvre de ce programme, nous avons senti sur le terrain, les limites de la démarche pilote, fondée sur des logiques démonstratives.