Désormais, la guerre est déclarée autrement à la douleur, dans toutes ses formes. En effet, le «Prix de lutte antidouleur» (Plad) vient de voir le jour. A l'initiative des Laboratoires Bottu, leader national dans tout ce qui se rapporte aux antalgiques, le Plad se veut comme une démarche visant à instaurer une culture de prise en charge de la douleur chez le patient. >
LE MATIN
17 Février 2008
À 14:27
«Le Plad est un concours dont l'objectif premier est de récompenser un travail, une réalisation pratique, accompagner un projet prospectif de recherche (clinique ou fondamentale), ayant des répercussions sur la connaissance de la douleur, son évaluation ou sa prise en charge au Maroc. Par ce prix, les laboratoires Bottu souhaitent encourager et promouvoir de nouvelles pratiques contre la douleur, en permettant aux professionnels de la santé ayant des idées novatrices de les faire connaître et de les généraliser», indique-t-on chez Bottu, à l'occasion de la présentation de la première édition du Plad.
De facto, le concours est destiné aux professionnels de la santé, qu'ils exercent dans le privé ou le public, ainsi que les étudiants en médecine. En somme, la course au Plad est ouverte à tous les professionnels s'intéressant à la prise en charge de la douleur, entre médecins, pharmaciens, biologistes, chirurgiens dentistes, infirmiers et sages femmes.
D'une valeur de 100.000 DH, le Plad ambitionne, ainsi, de promouvoir la recherche scientifique dans la lutte contre la douleur. En ce sens, un appel à candidatures a été lancé à l'intention des divers intervenants dans le secteur de la santé. Le lundi 12 mai 2008 coïncide avec la date limite du dépôt des candidatures. «La douleur doit être une priorité de santé, car elle a longtemps échappé à la conscience collective. Ce n'est pas pour dire que le Maroc a du retard en la matière, mais surtout que le concept ne date pas du siècle dernier. D'ailleurs, la France s'y est mise récemment, à travers une initiative de Bernard Kouchner explique Najia Hajjaj Hassouni, doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat. En effet, la douleur reste la principale cause de consultation médicale au Maroc. Le caractère néfaste de ses répercussions sur la vie de l'individu peut atteindre des dimensions incommensurables.
De même, les conséquences de la douleur sur la famille et l'entourage de la personne concernée peuvent faire beaucoup de mal. «Saisir la dimension psychosociale de la douleur est d'une importance cruciale. De ce fait, la sociologie peut être d'un grand apport dans l'analyse de la douleur», indique Najia Hajjaj Hassouni. Sur ce registre, combattre la douleur chez nous ne relève pas de la simple volonté du personnel soignant, mais bel et bien de celle du patient.
«Le patient a tendance à se résigner face à la douleur, c'est plus culturel qu'autre chose. Pire encore, certaines personnes associent la douleur à la maladie ou au fait d'être hospitalisé pour une quelconque raison que ce soit. À titre d'exemple, beaucoup de femmes préfèrent accoucher sans péridurale, sachant pertinemment qu'elles vont énormément souffrir, mais préférant cette situation atroce car elle pensent que l'éradication de la douleur reviendrait à réduire l'importance de ce qu'elles vivent, c'est-à-dire enfanter», explique ce gynécologue.
Cependant, le Plad semble être justifié par une réalité de terrain que par autre chose. En effet, au Maroc, l'on a tendance à prévoir la prise en charge du patient et, aucunement, on ne fait de prévisions par rapport à la douleur post-opératoire qui résultera de ce qu'il subira dans le bloc qui porte le même nom. Ailleurs, pendant que le dispositif opératoire est mis en place, un protocole de gestion de la douleur du patient, une fois accompli l'acte chirurgical, est parallèlement préparé. C'est l'une des raisons qui ont poussé les géniteurs du Plad à lancer ce prix qui a juré de mettre fin à la douleur. ----------------------------------------------
Du vécu à l'initiative
Le Prix de lutte antidouleur a dû voir le jour suite à une série de coïncidences auxquelles a été confronté son géniteur, Azzedine Berrada, président des Laboratoires Bottu.
En effet, à travers ses déplacements à l'étranger, au gré d'accompagnements de personnes malades ou des formations hospitalières, notre ami vivra une aventure traumatisante qui le fera réfléchir sur une question cruciale : la douleur. La chose n'était cependant pas fortuite, car l'homme fait dans l'antalgie depuis des décennies.
En accompagnant un proche devant se faire opérer en France, Azzedine Berrada découvrira quelque chose qui allait se conclure par la création du Plad. En effet, le proche en question allait subir une opération chirurgicale traumatisante, durant laquelle plusieurs de ses côtes devaient être tout bonnement cassées. «Je ne saurai décrire mon étonnement quand j'ai constaté que l'équipe médicale préparait, en parallèle à l'opération, tout un protocole de prise en charge de la douleur post-opératoire. Ça m'avait tellement surpris que je me suis posé la question suivante : "pourquoi pas au Maroc ?"», se remémore Azzedine.