Spécial Marche verte

Absence de stratégie pour les biocarburants

Notre pays importe 97% de son énergie. Cette situation aurait incité les pouvoirs publics à explorer de nouvelles pistes pour garantir notre future sécurité énergétique, et ce par l'élaboration, notamment, d'une politique concernant les biocarburants.

09 Novembre 2008 À 13:02

«Au niveau institutionnel, aucune stratégie n'est adoptée -du moins pour le moment- en matière des biocarburants au Maroc bien qu'à long terme (2020-2030), les autorités de tutelle avancent déjà un plan ambitieux pour doter le Royaume de sa propre énergie en se basant sur la valorisation du potentiel national. Sur le plan réglementaire, contrairement à d'autres pays, notre pays ne dispose d'aucune loi régissant la biomasse.

En analysant la nouvelle stratégie du Centre des énergies renouvelables (CDER), la valorisation de cette énergie ne constitue pas une orientation de taille pour cet organisme», lance Zakaria Madani, président du comité d'organisation du premier atelier national sur les biocarburants qui se déroulera du 19 au 21 novembre à Oujda et dont la restitution des résultats aura lieu le 22 du même mois à Kénitra.

Ce rendez-vous scientifique est initié notamment par l'Association de développement des énergies renouvelables dans l'Oriental (ADERO), l'Association des compétences professionnelles seniors pour le développement rural au Maroc (ACOSDER), la société « Tzadert » avec la collaboration de l'Université Mohammed Ier. Pendant ces trois jours, les experts débattront de trois filières (huile, alcool, biogaz), ainsi que des cadres juridique, réglementaire, scientifique, technologique, etc.

Cette rencontre intervient après le débat déclenché dans le monde concernant le rôle des biocarburants dans la hausse des prix des produits agricoles accompagnée d'une crise alimentaire. «Si on raisonne dans une optique des biocarburants de première génération, cette situation peut se produire de deux manières: soit par la compétition avec les aliments dans le cadre des terres disponibles, soit par les effets économiques (exemple: l'épuisement des réserves hydriques,). De plus, il y a de fortes chances que les petits exploitants soient poussés hors de leurs terres et des zones de production des biocarburants par des compagnies puissantes.

A ce niveau, le choix des plantes énergétiques, telles que la «jatropha», et celui de la politique foncière adaptée comme l'affectation des terres arides et semi-arides pour les biocarburants, peuvent constitués une solution parmi d'autres pour éviter la compétition avec les terres destinées à la production alimentaire de base», ajoute Madani. Pour éviter qu'un semblable scénario catastrophe ne se reproduise, nos stratèges agricoles ont-ils donc pensé à d'autres cultures alternatives? «En lisant le plan «Maroc vert», nous constatons que les orientations agricoles restent focalisées sur les cultures classiques permettant d'assurer la production des produits agricoles de base ou des produits destinés au marché extérieur, sans aucune indication pour la vulgarisation des plantes énergétiques», répond Madani.

Mais le débat sur l'intérêt des biocarburants reste ouvert. Après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et la Banque mondiale, l'Agence européenne de l'environnement (AEE) a, elle aussi, émis il y a quelques mois des doutes. Cette dernière a recommandé la réalisation d'une nouvelle étude sur les risques environnementaux et les avantages de ces carburants fabriqués à partir de végétaux (blé, betterave, maïs…).

En attendant les résultats de cette enquête, l'agence a conseillé de suspendre l'objectif européen d'incorporation fixé à 10% à l'horizon 2020 dans le paquet climat-énergie. Pendant que la polémique continue, des chercheurs explorent de nouvelles pistes telles que la production de biocarburants à partir d'algues. Et il semble que les premiers résultats sont prometteurs.

Des expériences de cultures d'algues unicellulaires montrent qu'elles ont une forte teneur en lipides (50 à 80% en masse) et un temps de doublement rapide (24 h) permettant, en effet, une production de biodiesel moins polluante et incomparablement plus efficace que l'agriculture intensive. Les lipides de cette biomasse peuvent être utilisés soit directement comme l'huile végétale pour alimenter les moteurs diesels à 100% pour ceux qui le tolèrent (tracteurs, bateaux, camions et voitures des années 90) ou en mélange à du gasoil, jusqu'à 50% sans modification, pour les moteurs récents.
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Plante d'avenir

La plante Pourghère (Jatropha curcas) est largement répandue en Afrique, en Inde et en Amérique latine. Elle est utilisée comme plante de haies vives dans l'agriculture et ses feuilles sont employées pour soigner certaines maladies de la peau. Les haies aident à protéger le sol contre l'érosion.

Les animaux ne les mangent pas. L'huile peut servir comme élément de base pour la fabrication du savon ainsi que du biodiesel. L'huile de ‘'Jatropha'', extraite des graines, est utile comme carburant vert pour les moteurs diesels sans autre transformation. Elle n'exige pas de traitements chimiques. Une modification au niveau du moteur est la seule condition technique pour permettre l'alternance entre l'huile de «Jatropha» et le gasoil.

En milieu rural, le biocarburant, issu de cette plante, est apprécié pour être un produit local, là où le gasoil pétrolier n'est pas accessible, faute de stations d'essence. Il peut faire fonctionner moulins motorisés, motopompes, groupes électrogènes et véhicules diesels. La consommation d'huile du ‘'Jatropha'' ressemble à celle du gasoil, elle donne la même force avec une certaine propreté. La fabrication du savon avec l'huile de ‘'Jatropha'' s'est montrée comme une activité rentable pour les villageoises. Un litre d'huile sert à produire 1.200 g de savon. Vendu, ce produit rapporte des bénéfices aux mères de familles et contribue au développement durable du monde rural. Cette plante ne consomme pas beaucoup d'eau, n'impact pas l'environnement, n'entre pas en compétition avec la nourriture humaine et animale.

Ce sont autant d'éléments qui font d'elle un produit d'avenir. Des expériences très timides ce sont réalisées au Maroc pour l'expérimentation de cette plante, initiées par des organismes tels que Cerphos, filiale de l'Office chérifien des phosphates (OCP) et des associations dans l'Oriental et dans le sud d'Agadir.
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