Naissance de SAR Lalla Khadija

L'impérative délocalisation des ferrailleurs

Annoncé dans les années 90 puis oublié pour des raisons qui restent encore inconnues, le transfert de la ferraille de Sidi Moumen, situé à proximité du supermarché Marjane sur l'autoroute Casablanca/Rabat ressurgit à nouveau sur le devant de la scène.

15 Février 2008 À 16:05

Selon des sources dignes de foi, le transfert de la ferraille n'est qu'une question de temps. Le site qui est actuellement entouré d'habitations est devenu source de nuisance et de pollution pour le voisinage. A tel point qu'il n'est plus possible de fermer les yeux sur le problème. Seulement le transfert d'un site pareil est loin d'être une chose acquise.

Il va d'abord falloir trouver un lieu qui pourra accueillir les ferrailleurs et les convaincre d'évacuer l'ancien. Pour le moment aucun travail dans ce sens n'a été fait. Selon la même source, une étude a été réalisée dans les années 90 recommandant le transfert de l'ensemble des ferrailles de Casablanca loin du périmètre urbain et surtout leur regroupement dans un seul site.
Les intéressés ne l'entendent pas de cette oreille et affichent la détermination de bloquer tout processus d'évacuation.

«Ce projet ne date pas d'aujourd'hui. On a déjà entendu parler de cela durant les années 90, mais c'était plus des rumeurs qu'autre chose. On ne sait jamais, il se pourrait que les autorités décident d'agir en ce moment. De toute façon, on défendra crânement nos intérêts. Mais jusqu'à présent on n'a pas été informé de quoi que ce soit », nous a indiqué un ferrailleur. D'autres plus avisés savent déjà que leur sort est scellé et que la ferraille ne peut pas rester éternellement au milieu des habitations et d'une université en construction. Ils essayent de s'organiser pour défendre leur cause. «Nous savons que la délocalisation arrivera un jour. On sait également qu'on perdra beaucoup d'argent puisque l'évacuation demande l'engagement de beaucoup de frais pour aller s'installer ailleurs. Seulement, nous exigerons d'être indemnisés», nous a confié un autre ferrailleur.

Les péripéties de cette ferraille remonte à 1975, date à laquelle les autorités locales ont permis aux ferrailleurs de s'installer sur ce terrain communal. «On nous a amenés ici sur la base d'acquérir le terrain, mais on a refusé l'offre. On a accepté juste de le louer. Si nous avions acheté à l'époque, nous aurons un autre discours aujourd'hui puisqu'on serait en position de force», a-t-il souligné. La ferraille a connu en trente-deux ans une grande extension, passant d'une dizaine de dépôts en 1975 à plus de 500 actuellement.

Chaque ferrailleur fait travailler un minimum de 3 à 4 personnes sans compter les activités annexes qui se sont développées au sein du site : gargotiers, cafés de fortune… Elle s'étend sur plusieurs dizaines d'hectares et regorge une énorme réserve de milliers de tonnes de pièces métalliques impossibles à déplacer sans consentir des dépenses colossales. Le site est un immense dépotoir pour les véhicules en fin de cycle. Le parterre est tapissé de taches de graisse noire et d'effluents de mazout. L'odeur des gaz d'échappement des véhicules en marche empeste l'air.

Partout, les épaves de vieilles carcasses sont entassées les unes sur les autres : voitures allemandes, japonaises, américaines et françaises. Ici, toutes les pièces détachées automobiles sont disponibles. Il suffit juste de demander pour être servi immédiatement. Comme dans n'importe quel commerce, les prix sont marchandés. Chaque jour, ce marché aux allures de dépotoir est pris d'assaut par des dizaines de clients venus chercher une pièce de rechange qu'ils ne trouvent pas au marché du neuf. Dès qu'ils pénètrent dans l'enceinte de cette brocante impressionnante, ils sont vite repérés par les marchands qui viennent à leur rencontre. Les revendeurs vendent des pièces et se proposent même de les monter sur le véhicule, histoire de vérifier si la pièce achetée est de bonne qualité ou pas. Ce service est aussi facturé au client, le tout à des prix abordables. C'est ce qui explique l'engouement des citoyens pour cet endroit.

Parfois, on peut trouver des pièces qui ne sont pas disponibles à la maison mère. Mais en fait, ce qui attire les consommateurs, c'est les prix bon marché pratiqués à la casse. Les clients sont également des garagistes qui viennent acquérir des pièces de rechange qu'ils revendront par la suite à leurs clients à des prix un peu plus chers que ceux pratiqués à la ferraille. Seulement pour acheter une pièce, il faut être un connaisseur de la mécanique, sinon il vaut mieux être accompagné d'un mécanicien, au risque de se faire arnaquer. Parce que le lieu regorge aussi de certains commerçants qui n'ont pas de scrupules.

Ces gens là n'hésitent pas, si l'occasion se présente, à arnaquer l'acheteur. Selon un ferrailleur, il faut acheter la pièce quand elle est détachée et jamais l'acheter alors qu'elle est encore montée sur une voiture. Celle-ci, dit-il, pourrait subir des dégâts lors du démontage. Et d'ajouter qu'il faut toujours opter pour la méthode dite "biâ ou mqal" (satisfait ou remboursé). Comme ça, si la pièce ne convient pas, l'acheteur peut récupérer son argent. La ferraille n'est pas uniquement un marché de la pièce de rechange. C'est aussi celui de la vente de ferraille. Toutes les épaves vidées de leurs pièces sont découpées et vendues au kilo pour les industriels. Cet amas de fer est recyclé et ressuscité sous une autre forme.
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Un commerce juteux

Il existe quatre ferrailles à Casablanca : Salmia, Sbit, Dallas et Sidi Moumen. A première vue, ces lieux donneront l'allure d'immenses dépôts de vieilles voitures qui ne servent plus à rien ou plutôt d'un dépotoir de déchets métalliques (acier, fer, fonte, etc.) qui n'ont pratiquement pas de valeur. Ce sentiment que peut ressentir le visiteur non avisé se dissipe au fur et à mesure que l'on découvre les lieux qui regorgent de véritables objets de valeur. Les ferrailleurs importent aussi des pièces de rechange des pays européens. Le dépôt le plus démuni renferme au minimum une marchandise d'une valeur de 1 000.000 dirhams. Qui dit mieux ?
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