«L'éloge du quotidien». On ne pouvait pas trouver un intitulé plus représentatif des œuvres de Mohamed Laghzouli exposées à Bab Rouah, à l'initiative du ministère de la Culture.
LE MATIN
18 Octobre 2009
À 12:34
Les toiles de l'artiste s'y offrent en couleurs, chatoyantes, vives, comme des dessins d'enfants. «Ce que je peins, c'est ce que je vois, ce que je vis… avec le cœur…», telle est la définition que Mohamed Laghzouli donne de sa peinture. Une peinture, dite naïve, qui laisse toute sa place à l'authentique, à la simplicité et à l'émotion.
Comme un enfant qui découvre la vie, Laghzouli peint à sa manière «le vert paradis des amours enfantines». Point de jeu de perspectives ou de concepts, simplement la vie au quotidien mais qui, sous la palette de l'artiste se transforme en un univers onirique, généreux et foisonnant. Ici «La matinée de la mariée» où le rituel des festivités nuptiales pend une douce couleur de nostalgie.... Pains de sucre, plateau de henné, ''Neggafates'' affairées, autant de ''scénettes'' qui tournoient autour de la belle épousée comme une danse de la vie. Là, «Le souk», avec ses marchands ambulants, sa vendeuse de ''harira'', ses personnages en tous genres. Affranchies des règles de l'espace et du temps, la toile rappelle le plus simplement du monde la vie de tous les jours.
Grouillante aussi, son «ancienne ville de Salé». Un triptyque éblouissant où l'artiste dépeint la ville… sa ville. Il y raconte à la manière d'un conteur les petits métiers: artisans, porteurs d'eau, tanneurs, tisserands, vendeurs de pois chiches, lavandières, puis les juxtapose sur la toile avec des jeux d'enfants, des échoppes en effervescence, des commerçants qui s'activent, au gré d'une imagination débordante. Toile après toile, Laghzouli restitue la vie, le quotidien sans fioriture, mais avec une palpitation certaine… celle du coeur. Son regard est celui d'un homme simple sur la vie. La vie simple des honnêtes gens qu'il ne saurait renier. Car la ''sienne a été âpre et dure''. Petites mains, coiffeurs, cafetiers, ces petits métiers comme on les appelle, il les aura tous fait… tous éculés comme pour mieux s'en imprégner et en conserver l'essentiel…la simplicité.
«Des scènes de la vie rustique… où les figures qui se détachent sur le fond, aux tonalités fluides renferment une puissance onirique si étonnante… qu'elles en deviennent d'un surréalisme naïf», dira de Laghzouli Abdeslam Boutaleb, auteur de «La peinture naïve au Maroc». L'artiste autodidacte recrée, en effet, à sa manière, le Maroc qu'il voit, qu'il sent au gré de ses déambulations dans ces rues de Salé, sa ville natale.
Il se fait ainsi le chantre de l'imagerie populaire et de la vie rurale qu'il affectionne particulièrement. «Le moussem d'Imilchlil» fait partie de ces «joyaux rustiques» dont l'artiste a le secret. Un tableau de toute beauté qui restitue la tradition des fiançailles des jeunes des tribus d'Ait Hdidou et de la région avec un luxe du détail qui vous fait vivre la fête in situ.
A la gloire de la vie champêtre, Laghzouli peint aussi «la moisson des oliviers» puis «Marrakech, Bab du Sahara». Des tableaux foisonnants de scènes populaires caractéristiques de la vie marocaine, qui constitueront, durant 52 ans, les invariables thématiques du peintre.
Dans une belle féerie de couleurs, ce dernier raconte le folklore, les arts populaires, la vie des Marocains et «écrit» à sa manière, les plus belles pages de la mémoire picturale du Maroc. Une mémoire pure, claire, vivante comme une source jaillissante. Car Laghzouli vient tout simplement de l'école de la vie. ---------------------------------------------------------------
Les couleurs et l'authenticité
Mohamed Laghzouli a aujourd'hui 72 ans. Il est né à Salé. Il y vit encore aujourd'hui et y travaille. Orphelin, il quitte l'école à 6 ans et enchaîne les petits métiers. Il est apprenti auprès d'un couturier spécialisé en ‘'djellabas''. Puis ouvrier agricole dans une ferme et jardinier, métier dont il s'enfuira bien vite pour regagner la ville. C'est là qu'il découvre les ateliers de Mme Brodskys et réalise ses premiers travaux picturaux qui seront exposés au Foyer culturel français à Rabat. Il se fait rapidement connaître par la spontanéité, la couleur et l'authenticité de ses toiles. Sa peinture fait partie du courant naïf dont Ahmed Louardighi, Châaïbia, Fatima Hassan El Farouj et bien d'autres sont les dignes héritiers. Mohamed Laghzouli expose depuis 1960 à Rabat, Paris, Tunis, Casablanca, Alger, Téhéran, Lausanne, Clermont-Ferrand, New York.