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«Le CRT de Fès n'a pas les moyens pour promouvoir sa destination»

Fès dispose de plusieurs atouts touristiques et culturels ainsi que d'un ambitieux Plan de développement régional du tourisme. Mais les résultats enregistrés sont en deçà des attentes des acteurs de la ville. Driss Faceh, président du Conseil Régional du Tourisme, nous en explique les raisons.

29 Novembre 2010 À 16:23

Le matin : Fès n'arrive toujours pas à se rehausser au rang des grandes destinations touristiques. Et ce malgré ses innombrables atouts touristiques et son PDRT. Pourquoi à votre avis ?

Driss Faceh :
Fès possède tous les ingrédients pour devenir une destination de séjour à part entière. Son PDRT se déroule actuellement à plusieurs vitesses. On peut dire que grâce au premier verrou qui a sauté, la densification de l'aérien au niveau de son aéroport et à la mise à niveau urbaine de sa médina et de sa ville nouvelle, Fès vient juste d'amorcer son repositionnement. De simple étape du circuit des Villes impériales, Fès est en train de devenir une destination de séjour. La mesure la plus importante est la durée moyenne séjour (DMS), qui est passé de 1,7 à 2,2 nuitées en l'espace de 5 ans, pour atteindre une DMS de 2,8 en 2015. D'un autre côté, la ville de Fès n'a jamais eu la prétention de se transformer en grande destination touristique. L'objectif assigné en lits dans le PDRT est de 12.000 en 2015. Ceci afin de préserver l'équilibre de sa médina. Fès veut garder son unicité et son authenticité.

Les différents projets de création de nouveaux établissements touristiques lancés depuis quelques années sont-ils sur rails ?

Les projets des Unités d'aménagements touristiques (UAT) de Oued Fès et de Wislane ont pris du retard. Wislane à cause du problème du foncier et Oued Fès avec la reconfiguration de son plan. Par contre, nous avons 1 hôtel 5* et 2 hôtels 4* qui vont ouvrir en 2011. Il s'agit de l'hôtel Atlas Hospitality, de l'hôtel Barcelo et de l'hôtel Accros. Plusieurs Riads de grande qualité ont vu le jour. Mais nous attendons avec impatience les 4 projets de l'UAT de Oued Fès pour dire que le volet hébergement à Fès est sur ses rails.

Comment se portent aujourd'hui les activités qui gravitent autour de l'hôtellerie, comme la restauration, le transport touristique, les agences de voyages et l'artisanat touristique ? Est-ce qu'elles sont en nombre suffisant ?

Les métiers qui gravitent autour de l'hôtellerie restent en deçà des attentes de nos visiteurs. La restauration s'est diversifiée tout en améliorant sa qualité dans la prestation et plusieurs restaurants de qualité ont vu le jour. On peut dire que la restauration et le transport touristique tirent leur épingle du jeu. Ce qui n'est pas le cas des agences de voyages qui sont concurrencées par le Web et qui doivent s'adapter à ce nouveau modèle d'achat. L'artisanat ne se porte pas bien. Les artisans doivent redoubler d'ingéniosité pour développer de nouveaux "designs" afin d'être plus attractifs auprès des visiteurs.

L'animation demeure le maillon faible du produit Fès, sachant que c'est l'un des leviers du développement du tourisme. Qu'en pensez-vous ?

L'animation est un levier très important dans le développement touristique. La durée moyenne de séjour est tributaire de l'animation. La mise en place de la Fondation Esprit de Fès était nécessaire pour booster l'animation à Fès. Mais les moyens attribués à cette Fondation restent insuffisants pour une programmation de grande qualité culturelle toute l'année. Par exemple, le Festival des Musiques Sacrées du Monde est cannibalisé par le Festival Mawazine qui assèche l'enveloppe sponsoring du Maroc. Il en va de même du retard pris pour mettre en place le projet de la place de Boujloud ainsi que pour la réactivation du Son et Lumière. L'animation reste aussi l'affaire des hôteliers qui se contentent uniquement d'ouvrir des night-clubs, au lieu de créer une animation axée sur les pianos et spectacles de qualité.

Que faut–il à votre avis pour promouvoir davantage le tourisme à Fès ?

La promotion du tourisme doit être promue en continu. La publicité institutionnelle instituée par l'ONMT doit être renforcée sur les principaux marchés émetteurs de touristes pour notre pays. La ville de Fès a une notoriété internationale, mais les résultats enregistrés actuellement sont en contradiction avec cette notoriété. La niche du tourisme religieux regroupe un réservoir de plus de 300 millions d'adeptes de la tarîqa Tijania à travers le monde, et plus particulièrement en Afrique subsaharienne, région qui n'est même pas prise en compte. Le CRT de Fès n'a pas les moyens pour promouvoir sa destination. La vision 2010 a mis en place des CRT, sans assurer de manière pérenne ses financements.

La Vision 2020, qui sera dévoilée lors des 10e Assises du tourisme à Marrakech, devra s'inscrire dans une approche régionale où il s'agira de promouvoir dans chaque territoire touristique de nouveaux produits attractifs. Est-ce que ce n'était pas l'esprit des PDRT, déjà lancés depuis quelques années ?

La vision 2020 a une approche différente de la vision 2010 pour la région de Fès Boulemane. Jusqu'en 2010, il était question du produit Fès Boulemane, mais avec la vision 2020, nous allons parler du territoire touristique qui va englober deux grandes régions touristiques, à savoir Fès-Meknès. Le tourisme ne sera plus cantonné dans les frontières administratives. C'est le reflet du "Bi-Pôle", lancé il y a 5 ans et qui est en train de voir le jour. En dehors du tourisme culturel qui prévaut dans ce nouveau territoire touristique, plusieurs autres produits verront le jour. Le thermalisme, le tourisme du bien-être et le tourisme rural et durable avec le Moyen-Atlas.

Votre dernier mandat à la tête du CRT se termine je pense dans quelques jours et vous ne pouvez plus vous représenter selon les statuts du Conseil. Quel est aujourd'hui votre sentiment par rapport à un parcours de plusieurs années à la tête du CRT et à votre départ ?

Mon mandat à la tête du CRT Fès Boulemane prendra fin mi-décembre 2010, mais mon activité en tant que promoteur touristique ne s'arrêtera pas le 15 décembre. Je continuerai à me battre pour ma région. Je suis fier des réalisations entreprises dans la ville de Fès dans le domaine touristique. Le PDRT a réussi à créer une famille du tourisme : élus et représentants des métiers du Tourisme fédérés autour de l'autorité du Wali. C'était déjà une réussite en soi que l'ensemble des partenaires, à savoir les élus, les professionnels, les autorités et l'ONMT, arrêtent une feuille de route unique pour promouvoir une destination. C'est cet état d'esprit qui nous a permis aujourd'hui d'amorcer le repositionnement de la destination touristique de Fès. Le PDRT court jusqu'en 2015 et la vision 2020 va consolider les acquis du PDRT. La richesse et la variété de son produit, mis au goût du jour, vont faire de Fès la destination culturelle et thermale pour les prochaines décennies. Je peux dire que mon rêve d'opérateur du tourisme est en train de se réaliser.
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