Fête du Trône 2006

«2,3 MMDH de subventions en matériel agricole en 2010»

Selon M. El Yacoubi, la révision de fond du système incitatif agricole a permis d'améliorer son rôle primordial dans l'expansion des investissements.

El Yacoubi Majid

04 Novembre 2010 À 16:07

LE MATIN : Comment évaluez-vous le secteur du matériel agricole au Maroc et quelles sont les mesures prises pour accélérer la mécanisation des exploitations?
YACOUBI MAJID :
Il faut d'abord souligner que le ministère de l'Agriculture a tracé une vision claire qui vise à hisser le niveau de mécanisation dans le secteur pour l'aligner aux normes internationales. Cette vision a placé l'accompagnement des petits agriculteurs parmi ses principales priorités dans l'objectif de les encourager à équiper leurs terres et ainsi accroître leur productivité. Grâce notamment aux subventions de l'Etat pour le matériel agricole, qui se sont élevées à près de 800 millions de DH pour le seul exercice 2009, le taux d'équipement en tracteurs a atteint six unités pour mille hectares au lieu de trois seulement en 2004.
Aussi, pour consolider ces progrès et dans l'objectif de répondre à la demande des agriculteurs, l'Etat s'est attelé, dans le cadre de la réforme du système des subventions agricoles opérée en avril 2010, à élargir le champ du matériel agricole subventionné pour couvrir de nouveaux équipements tels que les moissonneuses-batteuses et les récolteuses, et ce pour l'ensemble des filières agricoles concernées.

Une baisse des ventes des tracteurs a été constatée depuis janvier 2010, comment expliquez-vous cela ?

Tout d'abord, nous devons rappeler qu'il existe une forte corrélation entre les ventes de tracteurs et les résultats de la campagne agricole. De ce fait, la baisse des ventes de tracteurs, constatée en 2010, doit être relativisée au regard du caractère exceptionnel de l'année 2009, caractérisée par une campagne agricole record. Partant, il est plus pertinent de comparer l'année 2010 avec la période de 2006 à 2008. A ce titre, nous pouvons relever que les ventes des tracteurs de l'année 2010 évoluent en ligne avec ladite période, qui avait enregistré une moyenne annuelle de 3.750 unités.

Certains taxent le nouveau système de subventions d'être derrière la baisse des ventes des tracteurs. Qu'est-ce que vous en dites ?

Il y a lieu de signaler que la baisse des ventes a été amorcée dès le mois de janvier 2010 pour atteindre, à la fin du mois d'avril, moins 32% par rapport à la même période de 2009, et ce avant même l'entrée en vigueur du nouveau système de subventions agricoles.
Aussi, il serait prématuré d'établir un lien direct entre la baisse du taux de subventions (de 40 à 30%) et la baisse des ventes des tracteurs, vu que la réforme n'est effective que depuis 6 mois. Signalons, par ailleurs, que certains lobbies du secteur ont exercé depuis la réforme un effet négatif sur le marché en se hasardant à annoncer un possible revirement de l'Etat sur les taux de subventions, plaçant ainsi les agriculteurs dans une position d'expectative.

Justement, parlez-nous de ce nouveau système de subventions ?

La refonte du système de subventions opérée en avril 2010 émane d'une vision claire et d'un choix volontariste de l'Etat. Choix qui a été dicté par les orientations stratégiques du Plan Maroc vert. Cette vision s'est fixée pour objectif, rappelons-le, d'instaurer un système d'aides ciblé et équilibré, couvrant l'ensemble des filières majeures, de l'amont à l'aval de la production. Ainsi, le nouveau système a permis d'élargir le spectre des opérations éligibles aux subventions, en incluant notamment les unités de valorisation, de nouveaux équipements et matériels agricoles ainsi que des mesures relatives à l'intensification de la production animale. En outre, ledit système accorde une forte incitation à l'agrégation pour encourager une meilleure organisation des acteurs agricoles. Ainsi, et compte tenu de l'élargissement du champ des aides et des ressources financières disponibles, l'Etat a veillé à l'allocation optimale des subventions afin de garantir la pérennité du système et lui permettre de jouer pleinement son rôle de levier pour l'investissement agricole privé. En effet, l'impact de cette politique sur l'investissement agricole est saisissant : pour un montant de subvention de 2,3 milliards DH prévu à fin 2010, en hausse de 27% par rapport à 2009, l'investissement total généré est de 7 milliards de DH. Signalons également que ce système a permis d'introduire de nouveaux plafonds et normes d'investissement, ainsi que d'actualiser la procédure pour l'octroi des aides.

Comment avez-vous défini les plafonds et normes retenus dans le nouveau système de subventions ?

Les plafonds de subventions ont été déterminés à l'issue d'une étude de benchmark des prix pratiqués sur le marché. Ainsi, pour les tracteurs par exemple, le prix ayant servi de base pour le calcul du plafond a été augmenté de 7% par rapport à l'ancien système. Par ailleurs, l'Administration a prévu d'effectuer un suivi périodique de l'évolution des prix du marché et pourra, si cela est justifié, ajuster les plafonds de subventions en conséquence. En outre, le nouveau système a introduit des normes pour la plupart des équipements agricoles subventionnés. Ces normes, indexées sur la superficie de l'exploitation, permettent désormais de garantir le bon dimensionnement de l'investissement et d'éviter les dérives constatées dans l'ancien système. Je vous donne un exemple de ces dérives : un agriculteur exploitant moins de 10 ha pouvait auparavant être subventionné pour plusieurs tracteurs, sans que le besoin ne soit réellement justifié.

Quelles sont les procédures à suivre pour avoir une approbation préalable du dossier d'investissement?

Ce qu'il faut d'abord savoir, c'est que la procédure d'octroi des aides a prévu une phase d'approbation préalable par les services extérieurs du ministère de l'Agriculture, avant la réalisation de l'investissement par le postulant. Pour le matériel agricole par exemple, le délai maximum de traitement des dossiers d'approbation préalable est de 12 jours. A cet égard, le ministère de l'Agriculture effectue un suivi rigoureux du respect de ce délai pour éviter tout retard de traitement. Il faut dire que cette procédure d'approbation préalable constitue un avantage certain pour l'ensemble des parties prenantes. En effet, elle permet à la fois à l'Administration de vérifier le respect des normes, à l'agriculteur de sécuriser son investissement et enfin, le cas échéant, au fournisseur délégataire de créance de s'assurer du recouvrement de la subvention.

Le ministère de l'Agriculture a lancé un projet ambitieux qui vise à regrouper les petits agriculteurs dans le cadre de ce qu'on appelle « L'agrégation ». Quelles sont les réalisations qui ont été accomplies dans ce cadre ?

Les projets d'agrégation sont aujourd'hui une réalité en marche. En effet, un total de 42 projets d'agrégation ont déjà été lancés, réunissant pas moins de 57.000 agrégés dans plusieurs régions du pays. Cette dynamique devrait d'ailleurs être renforcée significativement grâce aux nouveaux projets en cours de préparation. Il faut souligner que l'Etat encourage ce modèle d'organisation, c'est dans ce sens qu'il a instauré un régime de subventions très attractif pour les projets d'agrégation. Ainsi, outre les avantages accordés à l'agrégateur, ce régime permet aux petits agriculteurs agrégés de bénéficier de taux de subvention majorés pour l'équipement en matériel agricole et en systèmes d'irrigation.

Le FDA réformé pour accompagner le plan Maroc vert...

Depuis sa mise en place en 1986, le Fonds de développement agricole s'est donné l'objectif de promouvoir l'investissement privé dans le secteur agricole et de l'orienter à travers des subventions et primes ciblées vers des activités permettant une meilleure exploitation du potentiel agricole national.
Ainsi, le FDA a constitué un instrument essentiel pour l'application de la politique gouvernementale dans le secteur agricole et un levier d'investissement contribuant à l'essor général de l'économie et à l'amélioration des revenus des agriculteurs.

L'ambitieuse stratégie dont s'est doté le secteur agricole a imposé une révision de fond du système incitatif agricole afin de lui permettre d'améliorer son rôle primordial dans l'expansion des investissements agricoles, et de contribuer efficacement à l'atteinte des objectifs du plan Maroc vert dans l'ensemble des filières de production concernées. Le nouveau système mis en place propose donc l'instauration de nouvelles aides en conformité avec les engagements pris dans le cadre des contrats-programmes signés entre l'Etat et les interprofessions des principales filières de production ainsi que le renforcement des aides allouées à certaines rubriques, mais également un encouragement et une forte incitation à l'agrégation.

Propos recueillis par Yousra Amrani
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