Naissance de SAR Lalla Khadija

«L'INDH a permis la création de plusieurs centres d'écoute à Fès»

Fatima Sadiqi, enseignante universitaire et chercheuse à l'Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, présidente du Centre Isis pour Femmes et Développement et experte internationale du genre, brosse le portrait de la femme marocaine.

Fatima Sadiqi.

23 Mars 2010 À 17:01

LE MATIN : Quelles appréciations faites- vous aujourd'hui de la situation de la femme au Maroc?

FATIMA SADIQI :
Rendre compte de la réalité de la condition féminine au Maroc n'est pas chose facile dans la mesure où les femmes marocaines ne constituent pas un groupe homogène. Il existe des différences très importantes d'ordre socio-économique, géographique, culturel, etc. entre ces femmes. Ces inégalités socioculturelles, qui découlent de la société globale, font que les femmes jouissent d'une certaine liberté et d'une forme d'égalité dans certains milieux, et se trouvent victimes de marginalisation dans d'autres milieux. Ce sont aussi ces inégalités qui font que c'est dans les villes que les femmes échappent progressivement au rôle qui leur a été assigné par la société traditionnelle et sortent de leur «enfermement» pour devenir des sujets agissants. Ce sont ces femmes, et bien d'autres derrière, qui ont donné naissance au mouvement féministe marocain. Il y a aussi d'autres, très souvent marginalisées, non-scolarisées, mais qui ont bien marqué l'histoire non officielle du Maroc et dont la voix commence à se faire entendre. Le parcours unique du mouvement féministe marocain démontre bien que les femmes dans ce pays sont à la fois les gardiennes de la tradition et les agents du changement social. Elles sont un vecteur important d'une modernisation qui se construit de l'intérieur, même si celui-ci revêt parfois la forme du compromis, pour éviter toute forme de marginalisation. Elles sont devenues incontournables dans le développement économique et social du Maroc.

Et qu'en est t-il pour la situation de la femme au niveau de la région Fès-Boulemane?

Au niveau de la région Fès-Boulemane, la femme a réalisé beaucoup de progrès au cours des deux dernières décennies. Les ONGs féminines se sont multipliées et le taux de scolarisation s'est nettement amélioré. L'université a au sein de son effectif les premiers doctorants en études de genre suite à la création de la première unité de formation et de recherche dans cette discipline en 2000, une première au niveau national, voire maghrébin. On note plus de femmes chefs d'entreprise, plus de femmes dans les médias toutes sortes confondues, et plus de femmes dans la gestion de la chose politique locale. Il reste certes beaucoup à faire mais je crois que nous sommes sur le bon chemin.

Les avancées réalisées par le Maroc en matière de droit de la femme ne sont pas palpables sur le terrain. Que faut t-il à votre avis pour dépasser ce handicap?

Le plus grand handicap à ce niveau est lié aux normes sociales et traditions rétrogrades. Il faut dire que les avancées dans ce domaine prennent du temps et que la tension entre un mouvement social progressiste et un mouvement plutôt conservateur a toujours existé au Maroc. Les politiques du développement qui se succèdent se heurtent souvent à ce genre de problème. Les mentalités ne peuvent changer que si les efforts sont fournis par tous les acteurs, en l'occurrence les médias, les manuels scolaires, mais aussi l'éducation au sein des familles.

Lors du Forum international «Femmes marginalisées» à Fès, plusieurs représentants des associations de protection de la femme dénoncent la lenteur des procédures et la rareté des centres d'accueil des femmes victimes de violence. Qu'en pensez-vous?

Le Maroc est à l'avant garde des pays arabes et musulmans en matière des droits des femmes. Alors que la période 1998-2003 a été marquée par des débats idéologiques houleux, la période 2004-2009 a, par contre, enregistré de réelles percées sur le plan d'avancées juridiques entre autres le code de la nationalité, le projet de loi contre la violence domestique, les centres d'accueil. La plupart des intervenants lors du Forum international «Femmes Marginalisées et Insertion Sociale», organisé par le Centre Isis pour Femmes et Développement en collaboration avec la Wilaya de la région Fès-Boulemane, ont souligné le manque de pareilles structures dans leurs pays. Il faut aussi signaler que lors de ce forum nous avons organisé une visité au Centre d'accueil Aouint El Hejjaj. Ce centre constitue un modèle de réussite de par les divers programmes qu'il présente et le taux d'insertion réalisé.

La problématique du financement des centres d'accueil et des structures de suivi des femmes victimes de violence a été également soulevée?

Il faut dire à ce propos que l'INDH a vraiment créé la différence. Je salue le Wali de Fès-Boulemane pour les efforts très louables de la Wilaya de Fès dans ce sens. Fès compte plusieurs centres d'écoute et celui que nous avons visité est un exemple très réussi d'insertion de femmes de souches pauvres dans le développement. Il faudrait bien sur trouver d'autres sources de financement.
Une synergie nationale et internationale est indispensable pour atteindre ce but.

Vous êtes experte internationale en matière du genre. Est ce que la question du genre est prise en considération dans les programmes de développement au Maroc?

La question genre est une priorité au sein du Comité de la politique de Développement aux Nations unies. Nous sommes, dans le cadre d'un voyage aux USA, en train de débattre des effets divers des crises (financière, climatique, etc) sur les femmes, surtout celles des pays en voie de développement.
Le Millénium Développement Challenge 3 insiste sur cette priorité et un rapport dans ce sens sera présenté au Forum de Septembre 2010 au sein des Nations unies.

Le Centre Isis pour Femmes et Développement

Le Centre Isis pour Femmes et Développement a pour mission de construire un pont entre l'université et la société civile en matière de genre, étude de genre, études féminines, mais aussi études de terrain. C'est un groupe d'universitaires chercheurs qui réfléchit et écrit dans ces domaines.
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