Face au stress hydrique que connaissent déjà quelques régions marocaines, il devient urgent de se mobiliser pour l'économie d'eau. « Le Maroc est classé parmi les 20 premiers pays dans le monde qui souffrent d'un manque d'eau.
LE MATIN
05 Juin 2010
À 21:22
En même temps, pour assurer notre développement, nous avons lancé de grands projets économiques (plan Azur, Emergence, etc.) très gourmands en consommation d'eau. L'impact du changement climatique va aussi réduire notre potentiel hydraulique. Selon, les prévisions, la région méditerranéenne souffrira d'une forte baisse de précipitations.
Il devient urgent d'explorer de nouvelles pistes d'économie d'eau : réutilisation des eaux usées, promotion de l'irrigation au goutte à goutte et dessalement d'eau de mer», a indiqué Majid Ben Binbiba, directeur général de la direction de l'hydraulique, au secrétariat d'Etat à l'eau et l'environnement, lors de la conférence organisée dernièrement sur le thème « L'eau : gestion pour développement durable ». Une rencontre initiée par le Club EMI-Environnement dans le cadre du 50e anniversaire de l'école Mohammadia d'ingénieurs (EMI).
Autre moyen pour mobiliser l'eau, la récupération des eaux de pluies. Le Royaume a reçu cette année environ 50 milliards de m3 d'eau dont la plus grande partie est allée à la mer. Pour lutter contre ce gaspillage, un projet de construction de quelque 1000 petits barrages a été annoncé dans le cadre du Plan Maroc Vert. La pollution des ressources hydriques représente aussi un danger. Ainsi deux grands fleuves (Sebou et Oum errabia) sont trop pollués. Toutefois, l'autre grande menace est représentée par le pillage des nappes phréatiques dans la région de Sousss-Massa, Mnasra et Sais par des agriculteurs dont leur seul souci est d'augmenter leurs bénéfices au détriment de l'intérêt national. Pour lutter contre ce fléau, un contrat de nappe d'eau associant les acteurs du secteur a été réalisé à Agadir, mais il tarde à être généralisé dans d'autres régions.
« La gestion intégrée de l'eau devient l'un des mécanismes de la gestion durable dans les zones à climat aride et semi aride. Dans notre pays, le stress hydrique se fait sentir et déjà une pénurie d'eau existe dans quatre bassins hydrauliques», a souligné Mokhtar Bzioui, ancien directeur de la recherche et de la planification de l'eau et ex gouverneur du Conseil mondial de l'eau.
Cette situation n'est pas nouvelle puisque Tanger a souffert dans le passé d'une pénurie d'eau, mais elle a été sauvée grâce à son ravitaillement par bateau. Pour certains le débat sur l'eau doit aussi englober la gestion déléguée. Selon Mehdi Lahlou, président de l'Association pour le contrat mondial de l'eau (ACME-Maroc), l'eau n'est pas une marchandise, mais un bien commun national et international qui ne doit nullement être géré par des groupes privés, mais par la collectivité nationale.
C'est dans ce sens, que cette association a organisé dans le cadre de la Fête nationale de l'eau, qu'elle célèbre le 20 mai de chaque année, une série de conférences sur la gestion déléguée de l'eau. Si ce sujet est d'une grande actualité, il ne faut pas perdre de vue aussi que le secteur de l'eau nécessite un grand savoir-faire technique et de lourds investissements. C'est dans ce contexte que Casablanca abrite la 2e édition du Salon International des Technologies de l'Eau et de l'Assainissement «SITeau», du 17 au 19 juin prochain, à l'ex-Cathédrale du Sacré Cœur sur le thème «Eau, politiques urbaines et développement durable ».
Un bien public
L'Association pour le contrat mondial de l'eau (ACME-Maroc), a organisé dernièrement à Fès, Kénitra et Rabat des conférences sur la gestion déléguée de l'eau avec comme invitée Anne Le Strat, adjointe du maire de Paris et présidente de la régie « Eau de Paris ». Selon cette élue locale française, la capitale française a repris la gestion de l'eau. D'après elle, « la délégation de service public, en ce qui concerne l'eau, est rare dans le monde ». Et d'ajouter : « Les Etats-Unis eux-mêmes – soit le temple du libéralisme et de la marchandisation - ont opté majoritairement pour la gestion publique. C'est aussi le cas du Canada et de la plupart des pays européens. « Ce dossier dépasse les clivages idéologiques et politiques. L'eau étant un bien commun, un service public de base, et même le plus éminent et le plus fondamental des services publics », a-t-elle conclu.