L'humain au centre de l'action future

Aux chants du Samaâ et du Madih

Quand les chants soufis résonnent entre les murs d'un lieu historique, que la Koutoubia surplombant la place témoigne de la créativité et de la passion d'hommes et de femmes qui chantent l'amour, que des centaines d'amateurs se réunissent sur l'esplanade pour vibrer aux rythmes des paroles sacrées….

31 Octobre 2010 À 12:30

C'est le festival Samaâ qui se poursuit depuis mercredi dans la ville ocre. Habituée aux stars mondiales et aux jet-setteurs, Marrakech a pris les couleurs du sacré pour recevoir la troisième édition de ce festival grandissant au fil des années.
Chaque jour, les habitants de Marrakech et ses visiteurs ont rendez-vous avec des concerts de Samaâ donnés par des groupes marocains et étrangers. Des lieux historiques de la ville comme la palais Badii, l'esplanade de la Koutoubia se sont transformés en scènes pour recevoir les artistes et leurs spectateurs. Ce soir, ce sont les chants de la Burda de l'Imam Al Bhoussayri qui sont interprétés par l'ensemble du Samâa et du Madih. Dès 20h, le public commence à se réunir autour de la scène pour se trouver une place de choix devant la magnifique estrade peuplée par les « chanteurs » tout de blanc vêtus. Ici, tout le monde est invité, on n'a pas besoin de ticket pour accéder aux concerts. Al Munya offre le festival à tous les habitants marrakchis, une façon de rapprocher la culture aux gens.

Le show commence et le public s' est emporté par l'ambiance spirituelle de la musique, accentuée par la magnificence du décor et la sacralité de l'endroit. A l'image de la Koutoubia surplombant la place et s'imposant devant cette modernité ravageuse, l'art du Samaâ et la musique andalouse défendent leur place sur la scène artistique et montrent qu'ils ont encore de beaux jours devant eux. Haj Mohamed Bajeddoub nous explique « Notre art se porte bien et il est sur la bonne voie. La preuve en est le nombre important de tous ces musiciens qui excellent dans la matière et tous ces jeunes apprentis qui sont prêts à porter le flambeau et à faire connaître cet art aux générations futures. Mais je n'oublierai pas de dire, comme tous les autres d'ailleurs, que nous avons besoin d'un vrai soutien et un accompagnement à long terme. »

Haj Mohamed Bajeddoub n'est pas là par hasard. Cette grande figure de la musique andalouse, en plus d'être invité à chanter sur les scènes de Samaâ se voit attribuer un hommage ce soir. Et c'est le grand moment de la soirée. Présenté par un magnifique texte racontant son parcours, ses réalisations, son legs à la musique andalouse, Haj Mohamed Bajeddoub monte sur scène avec une grande joie au cœur. Après des remerciements, il se met à l'œuvre pour le plaisir de ses fans. Dirigés par ce grand maître, des hommes et femmes du public chantent en chœur et lui donnent la réplique, dans une ambiance conviviale et chaleureuse. Et c'est ce qui fait la grandeur de cet homme ordinaire mais combien extraordinaire sur scène. Unique est Haj Mohamed Bajeddoub!
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Questions à: Haj Mohamed Bajeddoub • chanteur.

«Il vaut mieux rendre hommage à la personne tant qu'elle est vivante»

Que représente l'hommage dans la vie d'un artiste ?

L'hommage est tout simplement la moindre des récompenses à faire à un artiste qui a voué sa vie, son temps, sa créativité et beaucoup de son âme à son art et aux autres. La meilleure chose est de lui rendre hommage et de l'honorer parce qu'il a été utile un jour. Et en plus, il vaut mieux rendre hommage à la personne tant qu'elle est vivante, on entend surtout parler des hommages posthumes qui n'ont aucune signification concrète mais restent symboliques. D'ailleurs, c'est pour cette raison que je tiens à remercier l'association Al Munya pour cette bonne initiative et j'espère de tout cœur que cela se généralise auprès des autres artistes qui le méritent».

Mohamed Bajdoub, ce sont des années d'excellence….Comment voyez-vous votre parcours aujourd'hui ?

Pour être franc avec vous, je crois sincèrement que toutes les années parcourues commencent à peine à donner leur fruit. Je viens à peine de commencer, ce n'est pas par ironie ou par modestie, car je viens d'entamer une nouvelle expérience dans l'enseignement, même si j'ai longtemps été directeur au conservatoire….Et le rôle de messager du savoir et de passeur de talent est un rôle important pour un artiste.

Justement, vous avez choisi de former des filles…Pourquoi ce choix ?

Tout simplement parce que j'ai trouvé chez les filles ce que j'ai longtemps cherché. Les hommes sont parfois ingrats et cherchent rapidement la célébrité contrairement à ces jeunes filles qui sont assidues, professionnelles et artistes passionnées. D'autant plus qu'il n'y a aucun mal à avoir des voix féminines dans le madih, le samâa et la musique andalouse.
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