L'expérience marocaine en matière de justice transitionnelle est unique et pionnière dans le monde arabe, ont souligné les participants à une rencontre, tenue mercredi soir à Rabat sur le thème : «Justice transitionnelle et la transition démocratique dans le monde arabe».
MAP
21 Août 2010
À 17:52
Lors de cette rencontre, organisée par le Centre d'études en droits humains et démocratie (CEDHD), les intervenants ont relevé que l'expérience marocaine est venue couronner une dynamique politique fondée sur l'édification et la consolidation de l'Etat des institutions et le respect des droits de l'homme. Ils ont, également, estimé que le contexte national de chaque Etat détermine le type de justice transitionnelle, soulignant que cette justice constitue un pilier de toute transition démocratique.
Cette rencontre a, en outre, été l'occasion pour les participants de revenir sur les concepts de la justice transitionnelle, du travail des commissions d'enquête, des différentes expériences au niveau international et de discuter des perspectives d'avenir à la lumière des changements politiques que connait le monde arabe. A cet égard, le président du CEDHD, Lahbib Belkouch, a rappelé que l'expérience marocaine en matière de justice transitionnelle est fondamentalement liée à une volonté et une dynamique politiques qui ont constitué la plate-forme du processus des réformes enclenchées par le Royaume depuis le début des années 90. M. Belkouch a souligné que l'expérience marocaine de l'Instance équité et réconciliation (IER) fait partie de ces réformes engagées par le Maroc pour la consolidation de l'Etat de droit et la promotion de la culture de la démocratie et des droits de l'homme. Il a ajouté que le bilan de l'action de l'IER a constitué une étape positive dans le processus d'évolution politique du Royaume et la base des chantiers stratégiques d'édification d'une société démocratique moderniste.
De son côté, Mohcine Marzouki, un militant tunisien des droits de l'homme, a estimé qu'il existe un lien d'interdépendance entre la justice transitionnelle et l'édification démocratique dans le but d'éviter la répétition des violations de droits de l'Homme, mettant en exergue l'expérience marocaine. L'intervenant a, par ailleurs, indiqué que la question de la justice transitionnelle bénéficie actuellement d'un intérêt particulier des élites arabes en ce sens qu'elle constitue un des instruments pour traiter les violations passées des droits de l'homme et un outil de changement démocratique, soulignant que la question de la justice transitionnelle revêt plusieurs dimensions, notamment, la réhabilitation des victimes des violations, la réparation communautaire et la promotion de la culture des droits de l'homme.
Pour sa part, Omar Boubekri, Enseignant-chercheur tunisien, a relevé que la question de la justice des droits de l'homme émane de deux nécessités dont la première est humaine visant à rendre justice aux victimes dans le monde arabe et la seconde est liée à la demande de plus en plus forte de la démocratisation dans les pays de la région, relevant que le type de justice transitionnelle doit répondre au souci de réaliser les objectifs de paix et de justice. Il a, en outre, évoqué certaines expériences de justice transitionnelle dans le monde arabe, notamment, en Irak et au Liban, relevant l'originalité de celle du Maroc. Driss Lekrini, enseignant-chercheur marocain, est, quant à lui, revenu sur certains aspects de la justice transitionnelle, notamment, la mise en place de commissions d'enquête, la réhabilitation des victimes et la réparation communautaire, la réalisation de réformes institutionnelles et politiques, indiquant que cette justice est essentiellement basée sur le droit international humain, les jurisprudences et les valeurs démocratiques.
Changements démocratiques
Lors de cette rencontre, à laquelle ont pris part de nombreux experts et militants des droits de l'homme de plusieurs pays arabes et du Maroc, il a été procédé à la présentation du «Projet Al Kawakibi sur la justice transitionnelle» lancé par le Centre Al Kawakibi pour les changements démocratiques en collaboration avec l'organisation «Pas de paix sans justice» et le soutien de l'Union européenne. Ce projet vise, entre autres, à faire bénéficier le monde arabe de l'expertise internationale en matière de justice transitionnelle et de transition démocratique ainsi que la formation de compétences arabes dans ce domaine et l'appui aux ONG et gouvernements des pays arabes en matière de planification stratégique dans le domaine de la réconciliation nationale.