La facture énergétique plombe la balance commerciale
LE MATIN
17 Mai 2010
À 16:16
L'économie marocaine subit de plein fouet le climat d'incertitude qui caractérise l'économie mondiale depuis quelques mois. La lenteur de la reprise chez les principaux partenaires a pesé sur la balance des échanges commerciaux. Les données disponibles à fin mars 2010 font ressortir une aggravation du déficit de la balance commerciale de 16,2%. Cette évolution résulte de la hausse de 13,1% des importations, plus importante que celle de 9,3% enregistrée par les exportations. Par conséquent, le taux de couverture est passé en une année de 44,6% à 43,1%.
Dans le détail, l'accroissement des exportations est lié à la hausse notable des expéditions de phosphates et dérivés, chiffrées à 6,4 milliards contre 4,1 milliards de DH au premier trimestre de l'année 2009, tirées essentiellement par les ventes de l'acide phosphorique et des engrais naturels et chimiques, en lien avec le soutien apporté par les gouvernements chinois et brésilien pour la consommation de ces produits.
La reprise des exportations de l'OCP se situe désormais à un niveau supérieur à celui observé en 2007, année considérée comme benchemark. «Cela traduit l'efficacité de la politique de régulation des prix engagée par l'OCP un an auparavant et qui a permis d'assurer un atterrissage réussi des prix après les niveaux records atteints en 2008», lit-on dans la note de conjoncture diffusée hier par la Direction du Trésor et des finances extérieures. Parallèlement, les autres exportations sont quasiment restées au même niveau de l'année précédente, soit 23,4 milliards de DH et recouvrent des évolutions assez contrastées. Ainsi, les ventes à l'étranger des composants électroniques et des voitures industrielles ont progressé respectivement de 24,1% et 64,7%. De même, les expéditions des conserves de légumes et de poissons ont gagné respectivement 5,9% et 10,5%.
En revanche, les produits textiles, impactés par le prolongement de l'hiver qui a été plus froid que d'habitude, accusent une baisse de l'ordre de 32,2% au terme du premier trimestre. La baisse a également touché les produits alimentaires, dont principalement les agrumes (12%), les tomates (23%) et les légumes frais (36%), et les fils et câbles pour l'électricité (55,5%). Du côté de l'import, la hausse constatée s'explique surtout par l'alourdissement de 53% de la facture énergétique, qui a atteint 15,7 milliards de DH contre 10,3 milliards de DH au premier trimestre de l'année 2009. Tiré par les achats de pétrole brut, cet accroissement est dû à l'augmentation du prix moyen de la tonne de 68,3% bien que le volume importé a baissé de 7,7%. En effet, le prix moyen de la tonne s'est établi à 4.549 DH sur le premier trimestre 2010 contre 2.703 DH une année auparavant.
Les achats des autres produits énergétiques affichent de leur côté une hausse de 52% recouvrant essentiellement une progression de 55,7% des importations du gaz de pétrole et autres hydrocarbures. S'agissant des flux financiers, les recettes voyages, chiffrées à 10,3 milliards de DH à fin mars 2010, ont enregistré une hausse annuelle de 12,7% tirée par une progression de 15% des arrivées de touristes (1,7 million). De même, les transferts des Marocains résidant à l'étranger ont totalisé près de 12 milliards de DH, soit 13,6% de plus par rapport à fin mars 2009. En dépit de ces évolutions favorables et compte tenu de la sensible progression de la facture énergétique, ces deux postes, lesquels ont pu générer 22,3 milliards de DH, n'ont permis de couvrir que 56,6% du déficit commercial contre 58,1% il y a un an.
Les recettes au titre des investissements et prêts privés étrangers, elles, sont limitées à 4,4 contre 9 milliards de DH à fin mars 2009. Compte tenu de ces évolutions et du comportement des autres éléments de la balance des paiements, les avoirs extérieurs nets du système bancaire se sont établis à 178,4 milliards de DH contre 197 milliards, soit une ponction annuelle de près de 19 milliards de DH ou 9,5%.