Fête du Trône 2006

La cohérence géographique des régions en question

La capacité de gestion autonome requiert que l'instance décentralisée ait des moyens techniques

17 Mai 2010 À 16:32

La régionalisation, qui consiste en un transfert de compétences, fait toujours objet de débats, de recherches et de consultations. Le concept demeure encore du domaine de la théorie et le consensus sur une définition unique n'a pas encore été atteint. Il s'agit de créer des régions à part entière, stables et viables dans le temps, fondées sur des critères tant réalistes que rationnels et non pas des entités purement bureaucratiques et formelles. Autrement dit, une décentralisation territoriale qui est appelée à répondre à des aspirations politiques associées au souci d'efficience. Et une véritable décentralisation suppose que trois conditions doivent être réunies. Il doit y avoir une reconnaissance d'affaires locales de la part du pouvoir central. Ces affaires locales doivent être prises en charge par les autorités locales indépendantes de ce pouvoir central et, partant, reconnues par ce dernier.

Ce qui se traduit par le fait que ces autorités doivent être en mesure de gérer leurs affaires propres de manière autonome : une reconnaissance juridique des affaires locales où celles-ci seraient définies avec précision sachant que le pouvoir central garde une possibilité d'intervenir au nom de l'intérêt général. Cette possibilité ne signifierait nullement une incohérence entre le discours décentralisateur et ses actions. La capacité des autorités locales de gérer leurs affaires de façon autonome admet et permet à la fois aux instances élues d'appliquer leurs propres décisions sans attendre d'avoir une autorisation du pouvoir central.

Pour ce faire, la capacité de gestion autonome requiert que l'instance décentralisée ait des moyens techniques et financiers adéquats en gardant à l'esprit que l'octroi de ces moyens peut faire toujours objet d'une entente administrative entre l'instance décentralisée et les autorités centrales. Néanmoins, les récents débats concernant le processus de régionalisation ont fait montre d'un manque de discernement entre la régionalisation et le régionalisme. En la question, l'on retient aisément que les deux notions posent parfois problématique. Les demandes des régions du droit à la différence ne portent-elles pas un risque, celui de se heurter à la politique d'unité ? Dès lors, il s'agirait pour le pouvoir central de clarifier et de confirmer l'existence de régions différentes et de leur reconnaître des affaires particulières. Dans ce sens, le processus de régionalisation prendrait en compte divers enjeux : la relation entre la région et la nation, le débat partisan autour de la régionalisation, l'identité politico-électorale des régions et la cohérence géographique des régions.

Pour l'heure, les projecteurs semblent se braquer seulement sur un découpage régional. Vu sous un angle géographique, la terminologie du découpage régional pose encore un problème. En témoignent des expériences d'autres pays : régions politiques, régions administratives, régions politico-administratives ? Autant de dénominations qui demandent à être débattues dans un premier temps par les géographes et les aménageurs. Ceci en tenant compte que le cadre régional pourrait être structuré par certaines attitudes électorales. Sur ce plan, un regard jeté sur ce qui a précédé ces dernières semaines permet de comprendre que la mise en œuvre réussie de la régionalisation ne sera pas une entreprise dilettante. Le développement étant la finalité, la démocratie, la liberté et la proximité son essence selon le législateur, le volet financier sera observé avec précision et responsabilité. Le processus en cours ou la réforme ne vaudra que par les hommes qui seront en charge de l'appliquer. A terme, les plans et les programmes régionaux, communaux et locaux, efficacement exécutés, devraient faire des régions de véritables pôles de développement concertés et spécifiques.

Cependant, il ne faut pas perdre en vue que la construction régionale actuelle, malgré les quelques incontestables défaillances relevées, a permis de développer la compréhension du fait régional et de son importance pour le développement économique social et politique pour le pays. Pour Michel Rousset, professeur émérite à la Faculté de droit de Grenoble, la stabilisation du cadre territorial de la région s'impose aussi dans la mesure où la région doit servir aussi à la représentation politique de la population régionale.

Et cela nous amène à examiner le problème des provinces du sud. Celles-ci sont actuellement organisées en trois régions. Serait-il question de regrouper ces provinces en une seule région sachant qu'une seule d'entre elles a été récupérée à la suite de la Marche verte ? A vrai dire, il n'y a aucune raison majeure de bouleverser cette partie de la carte régionale.
En tout état de cause, nombre d'observateurs de la réalité régionale constatent que parmi les clés de la réussite, peu de facteurs semblent liés à la taille…, la capacité d'influence des régions dépend surtout de leur degré d'autonomie politique.

Le développement régional

Le développement régional continue de susciter l'intérêt des décideurs d'autant plus que l'on a adopté le concept du développement durable dont la vertu n'est autre que d'engendrer la croissance…. Les multiples rencontres de politiques et des décisions émanant de leurs discussions en sont une preuve palpable.
Et à la lumière des multiples défis à relever, le paradigme du développement régional consisterait, en priorité, à créer un équilibre territorial en fonction des potentialités et des richesses régionales.

A cet effet, l'investissement doit être suffisamment important et complexe pour provoquer les investissements induits qui seraient indispensables pour le développement de chacune des régions. Devant constituer l'épine dorsale du tissu socioéconomique national de par sa contribution importante dans l'emploi, l'importance du secteur agricole fluctue entre les régions avec la diversité climatologique qui caractérise le Maroc. D'ailleurs, le secteur primaire ne pourrait être considéré comme une activité motrice pour le développement socioéconomique des régions sans qu'il soit inscrit à l'amont de l'industrie dans une optique globale de valorisation de la production régionale.
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