«Les alliances réelles au Maroc se font toujours après les élections»
C'est un Fathallah Oualalou pédagogique qui était dans les locaux du Groupe Maroc Soir, dans le cadre du Matin Forum. Le deuxième homme de l'Union socialiste ne se laisse pas emporter. Il pèse ses mots, développe ses idées et avance avec l'assurance de celui qui remonte le temps pour planter le décor d'aujourd'hui et prospecter pour l'avenir.
Reportage Photos Aissa SAOURI
LE MATIN
17 Novembre 2011
À 16:36
En 90 minutes, voire avec des prolongations, l'ancien ministre des Finances préfère expliquer, en déminant le champ, la genèse des choses pour permettre de mieux les appréhender. M. Oualalou ne jure, en fait, que par cette nécessaire réhabilitation du politique face à la technocratie. Pour lui, la perception que les Marocains ont des partis est appelée à changer. Mais pour ce faire, les acteurs politiques doivent se remettre en question et tendre à une bonne application de l'esprit et des dispositions de la nouvelle Constitution. Clarifier le champ politique, présenter des programmes cohérents, réalistes et réalisables, tels sont les pré-requis pour réconcilier les Marocains avec la politique.
Toutefois, aux yeux de M. Oualalou, les coalitions qui se sont nouées ne reflètent pas forcément cette volonté de remettre la politique en orbite. S'il dit comprendre la rencontre des quatre partis de la mouvance libérale, il a du mal à suivre la logique qui les a menés à étendre leur coalition à d'autres formations de gauche ou d'obédience islamique. La figure de proue de l'Ittihad estime, en revanche, que l'USFP est un parti plus politique que d'autres. Son histoire, ses positions, les rapports qu'il a avec l'État et avec les citoyens prêchent en faveur d'une identité hautement politique de l'Union socialiste, selon M. Oualalou. Mais ce n'est pas suffisant.
La situation est peut-être aujourd'hui plus difficile qu'en 2007, avec cette reconfiguration que le champ politique a connue depuis le référendum sur la Constitution. L'USFP se trouve obligé de faire le grand écart entre la Koutla et l'autre coalition de gauche qui regroupe le PPS et le FFD. Des critiques ont fusé sur la pertinence d'avoir deux blocs au lieu d'un seul qui serait plus renforcé face à l'adversité. Mais voilà, il y a des considérations qui dépassent la simplicité d'un constat. En tout cas, M. Oualalou reste confiant dans ce projet de réhabilitation du politique qui s'inspire de cette volonté même des Marocains d'aller vers la démocratie. N'empêche que seule la participation au prochain scrutin déterminera si la connotation purement politique est toujours présente et qu'elle n'a pas été érodée par deux expériences gouvernementales durant lesquelles les technocrates ont supplanté les politiques.
Quelle lecture faites-vous aujourd'hui de la scène politique à la veille des élections du 25 novembre ?
Fathallah Oualalou : J'aurais tendance avant tout à relever la spécificité de la période politique. Cette année 2011 est une année très politique, elle est cruciale d'où l'importance des prochaines élections. Elle est aussi caractérisée en Europe par une crise qui touche nos partenaires. Ce qui nous interpelle autant que l'émergence au sud de la Méditerranée d'une demande pour plus de démocratie, plus de dignité et plus de gouvernance crédible. Depuis les années 1950 il n'y a jamais eu dans le monde arabe et la région sud-méditerranéenne une mouvance de ce genre. Au début des années 1950, je me rappelle, il y a eu un grand moment de contestation de l'ordre colonial. L'assassinat de Farhat Hachad, décembre 1950, l'exil de Mohammed V, août 1953, la révolution algérienne, novembre 1954 et puis le changement du système politique en Egypte en 1952. Depuis, nous vivons dans une période de dépassement de la phase post-coloniale. Nous sommes interpellés chez nous mais aussi par rapport aux autres depuis le début de cette année 2011. Depuis aussi l'avènement de S.M. le Roi Mohammed VI et le gouvernement d'alternance nous avons adhéré à une dynamique de réforme. Le Maroc s'est réconcilié avec ses femmes, avec son amazighité, avec son passé, avec ses pauvres. Grâce à ces réformes, il a réussi à améliorer son cadre macroéconomique et son endettement. Il a amélioré sa croissance à raison de deux points gagnés par rapport aux années 1990. Grâce à cela, on a pu financer des projets structurants, des autoroutes, des zones industrielles et touristiques, le port de Tanger Med, Bouregreg. Ces avancées sont dues au gouvernement d'alternance et avant cela à la révision de la Constitution en 1996 qui a consacré l'ouverture de notre système politique. Mais à partir de 2002, on a constaté un recul du politique. Au nom de l'efficacité, la méthode politique n'a pas été respectée. On a commencé à dire que le pays n'a pas besoin de politique, mais d'efficience. Or, normalement, le politique est un élément de l'efficience. La conséquence de tout cela a été l'absentéisme qui a caractérisé les élections de 2007. Il y a eu un hiatus dans notre pays où l'économique a continué et le politique a stagné.
Qu'en est-il de l'USFP dans cette période que vous évoquez ?
L'USFP, plus que les autres partis, a payé le coût de ce recul du politique. Parce que les partis au Maroc ne sont pas tous politiques au même degré. En 2008 nous avons tenu notre congrès en vivant cette crise du politique au Maroc. C'est pour cela qu'on a sorti un document en disant qu'il faut des réformes constitutionnelles et politiques. Nous avions adressé alors un mémorandum dans ce sens à S.M. le Roi. Vient 2011 qui a connu un élan de la jeunesse qui est générationnel et régional. Il y a eu deux réponses à cet élan. La rupture en Tunisie, en Egypte et en Libye et la rupture de la réforme qui est celle du Maroc. Car il y a eu le discours du 9 mars qui est un discours d'initiative. Puis, il y a au Maroc cette culture pluraliste et cette accumulation des luttes démocratiques. C'est pour cela aussi qu'à l'USFP on s'est senti à l'aise vis-à-vis de la réforme constitutionnelle que nous revendiquions depuis 1978, à savoir une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Le challenge maintenant pour les prochaines élections c'est de mettre en place les conditions nécessaires pour une bonne application de la Constitution. En 2007, la méthode démocratique a été appliquée en ce qui concerne le Premier ministre, mais elle n'a pas été respectée pour le reste des ministères. Cette situation doit changer en 2011 pour répondre à cette attente de changement.
Cette revanche du politique est-elle aujourd'hui concrétisée par les coalitions qui se sont faites récemment ? Et pourquoi dites-vous que l'USFP est un parti plus politique que les autres ?
L'USFP est parmi les partis politiques qui sont sécrétés par la société marocaine. Nous considérons que nous avons une identité reconnue à l'intérieur du pays et à l'international puisque nous sommes membre de l'Internationale socialiste. Nous sommes un parti patriote issu du Mouvement national et de la résistance et la question de la nation est aujourd'hui encore présente. Elle est liée au Sahara, demain à Sebta et Melilia, mais elle est toujours liée à la citoyenneté. La femme et l'homme marocains, à travers la nouvelle Constitution, doivent être considérés en tant que citoyens. Nous sommes un parti qui a payé le tribut de la démocratie, c'est reconnu par tout le monde. Nous sommes un parti socialiste dans un pays en voie de développement. Nous sommes pour une croissance économique bien partagée. Nous sommes aussi un parti moderniste qui est pour la modernisation notamment en ce qui concerne la gestion des contradictions qui traversent notre société ou par rapport à la globalisation. Nous avons un bureau politique et un premier secrétaire élus par tout le monde. Nous avons des militants, la notion de militantisme est toujours présente à l'Ittihad. Nous sommes parmi les partis qui se considèrent, à juste titre, autonomes. Nous avons notre autonomie de décision par rapport à l'administration aussi bien centrale que locale. Notre challenge c'est convaincre les Marocains de participer, d'adhérer à une logique d'espoir. Principalement, les jeunes, les cadres et la classe moyenne qui se sont abstenus en 2007 et en 2009.
Que préconisez-vous dans ce sens, comment amener le citoyen à aller aux urnes ?
Je dirais qu'il nous faut d'abord acquérir trois types d'autonomie dans la perception du citoyen. Primo, tous les partis doivent être indépendants vis-à-vis de l'Etat, sachant que le Roi nous unit tous. Les partis reflèteront ainsi les contradictions et la diversité de la société. Secundo, tous les partis doivent garder leur indépendance par rapport à la religion. La religion appartient à tout le monde, elle nous unit aussi. D'autant plus que nous avons la chance d'avoir une institution qui s'appelle la Commanderie des croyants. La troisième autonomie nécessaire, c'est celle des partis par rapport à l'argent. Je parle de cet argent utilisé pour pervertir les élections. Vous savez, les partis sont appelés à se moderniser, à rajeunir leur instances, mais en même temps il n'y a pas de démocratie sans partis. Ils sont nécessaires à l'équilibre politique de notre pays, d'autant plus que la nouvelle Constitution reconnait la place essentielle des partis dans la construction de la démocratie.
Quel positionnement le parti de l'USFP peut-il avoir face aux coalitions qui ont été créées ?
La polarisation est une bonne chose. Personnellement, je ne m'oppose à aucune des coalitions qui existent aujourd'hui sur la scène politique. J'espère que ce processus permettra d'avoir dans l'avenir quatre ou cinq partis au maximum. Cela permettra une bonne application de la Constitution. Toutefois, un parti politique n'est pas une personne, mais avant tout un projet sociétal. C'est un contrat entre ce projet et le peuple marocain. Pour être crédibles, les coalitions doivent être assises sur le rapprochement des identités des partis. Lorsque le G4 a été constitué, j'ai pensé que c'était normal quoique j'ai eu des réserves sur le fait que deux partis de l'opposition s'allient à deux partis dans la majorité. Encore est-il qu'il s'agit d'un groupement de partis qui ont des points communs dans leur rapport avec l'Etat et avec la société. L'élargissement à d'autres partis ne nous a pas gênés mais je pense qu'il a gêné le politique dans notre pays. Or, nous cherchons à crédibiliser le politique dans notre pays. je ne comprends pas pourquoi cette coalition est allée chercher la gauche.
Peut-être c'est un peu la faute de l'USFP qui n'a pas su réunir la gauche autour de lui à temps…
C'est dans l'intérêt du pays d'avoir une gauche forte. Je ne vois pas pourquoi on va se rapprocher d'une sensibilité islamique. Mais je constate que cela perturbe la politique au Maroc. Malgré tout cela, il faut aller voter pour ne pas laisser le terrain vide aux corrupteurs. Vous savez, au début nous estimons que le débat sur la Constitution était un bon débat. Mais après, nous avons constaté qu'il y a eu une course aux sièges pure et dure. A l'USFP, nous avions travaillé à ce que la politique ait une certaine noblesse. La politique n'est pas le contraire de l'éthique. Elle est la compétition entre les projets. La revanche du politique est aujourd'hui mondiale face à l'échec de la technocratie. … La constitution donne aujourd'hui les moyens d'une bonne gestion politique. Cependant, les conditions de l'application de ces moyens doivent être créées.
Pensez-vous que les déclarations et les contre-déclarations sur l'homogénéité de la majorité gouvernementale, influent sur la perception des électeurs des institutions élues ?
Je reviens toujours à l'expérience de 1998 qui a donné un espoir. Aujourd'hui, le Maroc a besoin d'un nouveau souffle de réforme. La Constitution nous a donné l'instrument qu'il faut maintenant appliquer. Il ne faut surtout pas pervertir l'esprit de la Constitution. Pourquoi ne pas penser en terme de défis ? Cela pourrait être difficile en quinze jours mais j'espère qu'on va réussir à fédérer tout le monde. Je pense que les médias de masse doivent jouer un rôle essentiel, notamment dans l'accompagnement des partis politiques. J'ai du respect pour tous les partis politiques et j'espère que tous les partis seront les reflets pour toutes les sensibilités et les contradictions qui traversent la société marocaine.
Avant les élections de 2007, nous avons assisté à la création par la Koutla de commissions, mais après les élections rien n'a été mis en œuvre. Pourquoi ?
J'ai une autre lecture pour la Koutla. Ce n'est pas une machine électorale. Cette alliance a été un instrument important pour inciter et pousser vers les réformes politiques dans les moments importants. Le premier moment coïncide avec sa création au début des années 90, c'était un virage politique important à plusieurs égards. Sur le plan international, c'était le fin du l'Union soviétique, du parti unique. C'était également l'émergence de la culture des droits de l'Homme. Sur le plan national, c'était le début de l'ouverture politique. Les détenus politiques ont été libérés avec bien évidemment le retour des exilés. Ces mesures sont intervenues après la présentation de la motion de censure. Historiquement, cette Koutla a joué un rôle. 2011 est également un moment historique. Sur le plan international, on assiste à une grande crise qui a déjà commencé en 2008 et qui aura certainement des prolongements dans les cinq prochaines années, sinon plus, dans les pays développés. C'est aussi la fin du monde monolithique, dominé par les USA. C'est la gouvernance mondiale qui change avec le G20. Dans notre région, il y a cette mouvance démocratique jeune qui s'impose. Il y a également la réponse marocaine. Face à la caractéristique de ce moment, le nouveau souffle de la Koutla s'est imposé. C'est la lecture qu'il faut avoir. Dans ce sens, la plateforme présentée par les membres de la Koutla est un contrat d'avenir. C'est en fait une analyse qui pousse vers la création des conditions d'une bonne application de la Constitution. Il est certain que la Koutla regroupe des partis politiques qui ont beaucoup de points communs. Ces derniers proviennent d'ailleurs du mouvement national et ont une autonomie d'action.
Mais la Koutla regroupe quand même un parti conservateur et un autre socialiste...
Vous savez, la question nationale est toujours à l'ordre du jour. Nous avons donc toujours besoin du mouvement national qui doit être bien sûr capable de s'adapter aux changements que connaît le monde, notamment la globalisation.
Qu'en est-il alors du rôle de l'USFP comme locomotive du grand pôle de gauche ?
Les deux logiques se complètent. La logique de rassembler la gauche, qui trouve son origine pour l'essentiel dans l'USFP et en partie dans le PPS. Nous travaillons en même temps au développement de la Koutla, parce que cette alliance est une locomotive de réforme. Mais pour faire une sorte d'autocritique, je dirais que la Koutla ne fonctionne pas très bien dans la logique gouvernementale, mais elle fonctionne très bien pour relancer les réformes. Or le Maroc a besoin aujourd'hui d'une nouvelle génération de réformes.
Est-ce qu'il y a eu des concertations entre les partis de la Koutla concernant la nouvelle Constitution et les textes électoraux ?
Il y a eu de nombreux contacts et des réunions regroupant notamment les partis de gauche. C'est donc un cheminement qui nous a menés à cette plateforme.
Vous n'avez pas présenté des propositions communes et vous n'arrivez pas à vous mettre d'accord sur plusieurs points…
Nous avons beaucoup de points communs. Pour nous, le plus important est de participer ensemble à la réforme de notre pays. Cette réforme est liée essentiellement à la Constitution. Sur ce plan, nous avons énormément de points communs. Il est certain que le système électoral crée nécessairement des contradictions. Même au sein du G8, il y a une compétition.
Qu'est-ce que vous pensez des sorties des membres de la Koutla, notamment l'Istiqlal sur une potentielle coopération avec le PJD ?
D'après les informations dont nous disposons actuellement, il n'y a jamais eu de demandes ni du PJD ni de l'Istiqlal dans ce sens.
L'USFP était également à un certain moment prêt à s'allier avec le PJD…
La vérité sur ce sujet c'est que le PJD n'a jamais été demandeur, tout comme notre parti. Ceci va m'amener à parler des alliances réelles qui se font toujours au Maroc après les élections. Pour la simple raison que contrairement à l'Europe, nous n'avons pas de partis prédominants. Le premier parti chez nous aura besoin de trois ou quatre partis, et pour arriver à une majorité de 51% il aura besoin d'autres soutiens. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé en 1998. La Koutla avait une plateforme. C'est autour de cette plateforme que nous nous sommes constitués, mais nous avons constaté après que nous avions besoin d'autres forces pour constituer un gouvernement. Le programme présenté alors par El Youssefi était bien évidemment le programme de tous le monde, mais il était issu essentiellement de nos idées et de celles de la Koutla.
Pourquoi, d'après vous, les partis politiques marocains présentent des programmes électoraux juste pour gouverner et ne proposent rien pour gérer l'opposition ?
Lorsqu'un parti présente un programme électoral, c'est sous forme d'un contrat avec l'opinion publique. C'est à cette opinion publique d'accepter ou de refuser ce contrat. Si le parti a la confiance des électeurs, il va appliquer, une fois au gouvernement, son programme avec les autres. Sinon, il jouera son rôle à l'opposition. De toutes les façons, l'USFP est un parti qui a vécu les deux. On oublie que notre parti a été au gouvernement dans les années cinquante avec Abdellah Ibrahim et Abderrahim Bouabid. C'est un gouvernement qui a d'ailleurs marqué l'histoire de notre pays. Puis, il y a eu les grandes années d'opposition jusqu'en 1998. Depuis, nous avons participé dans trois gouvernements successifs. Bien évidemment, notre position à changé dans les trois équipes gouvernementales.
Est-ce que les trois partis de la Koutla peuvent basculer ensemble dans l'opposition ?
Je crois que les partis de la Koutla vont rester ensemble. C'est la logique des choses quand on a une plateforme comme celle que nous avons présentée.
Et si l'un des trois partis arrive à remporter les élections ?
Notre challenge maintenant est de créer les bonnes conditions pour une bonne application de la nouvelle Constitution. Le discours et les pratiques qui vont accompagner la campagne électorale vont montrer dans quel degré les partis politiques sont prêts à aller dans le sens d'une bonne application de la Constitution. Pour nous, les alliances se feront autour de cette idée. Il s'agit de savoir qui va jouer un rôle important pour appliquer la constitution. Ceci n'existait pas avant, notamment en 2007.
Quelle est alors la place des programmes électoraux du parti ?
Il faut en premier lieu assurer la crédibilité des programmes. D'abord, la crédibilité politique en cherchant en quoi le programme d'un parti politique est lié à son identité, à sa pratique et à son histoire. Notre pratique nationale, socialiste, moderniste correspond à notre programme. Ensuite vient la crédibilité et le réalisme du programme, car il faut penser au financement des projets. La maîtrise des dépenses doit être intégrée dans la logique de la croissance ainsi que la dimension sociale. Dans ce sens, il est important de réfléchir à l'endettement, à la réforme fiscale, à la mise à niveau des établissements publics et aux liens avec les investissements étrangers. Tous ces éléments sont importants. Et je crois que l'équipe chargée de l'élaboration du programme de l'USFP les a pris en considération. Le troisième élément lié à la crédibilité est en rapport avec la prise en compte de l'environnement du pays. Aujourd'hui, la gestion d'une économie se fait également par rapport à ce qui se passe dans le monde et dans la région. Il faut préparer notre pays aux difficultés de l'économie de l'Union européenne où les taux de croissance seront très faibles. C'est à nous donc de tendre la main vers le Maghreb, de renforcer les synergies, notamment dans le domaine du phosphate, avec les pays émergents comme le Brésil et l'Inde. Nous devons également travailler pour promouvoir le projet méditerranéen nécessaire. Ainsi, il faut d'abord le crédibiliser avant de parler du programme. Le mot clé dans notre programme est la citoyenneté qui devrait devenir le vecteur du progrès et du changement sur les plans politique, économique et social. Nous voulons travailler pour la réhabilitation du politique et le renouvellement des bases de l'action politique dans notre pays. Nous travaillerons également pour la mise en place d'une économie consolidée et diversifiée à travers des politiques sectorielles cohérentes. Le troisième chantier concerne la dimension sociale. Sur ce plan, un parti socialiste comme le notre considère qu'il faut lutter contre la pauvreté et l'exclusion. Il faut en outre accorder plus d'intérêt aux retraités et à l'habitat social. Nous allons également travailler pour l'amélioration de l'éducation. L'école marocaine est en crise. Il faut donc créer une sorte de contrat nouveau entre l'école et la société en liant la formation essentiellement à l'emploi. Le dernier élément se rapporte à la place de la culture, au sens large, sans oublier également le secteur de l'information. C'est autour de ces axes que nous allons développer notre projet. Nous avons en effet 170 propositions.
Vous pensez créer combien d'emplois ?
La question de l'emploi est liée à la croissance. Celle-ci a été toujours liée à son tour à trois facteurs. D'abord la pluie, alors que nous avons connu ces dernières années une bonne pluviométrie. Ensuite, les réformes que notre pays a initiées depuis l'expérience du gouvernement de l'alternance. Et enfin, les investissements étrangers. Personnellement, j'ai envie que le deuxième élément, lié aux réformes, soit le moteur de la croissance. Pour améliorer notre taux actuel de croissance de deux points, il faut bâtir un Maghreb très fort et tendre la main à l'Algérie. Aujourd'hui, il faut avoir une nouvelle lecture pour ce Maghreb, notamment après la chute du régime de Kadhafi. La logique démocratique qui est en train de se développer dans notre région est un atout. Pour revenir à la question de l'emploi, je pense que le taux de croissance est déterminant. Mais nous travaillons également à développer les mécanismes d'auto-emploi et à pousser les jeunes eux-mêmes à prendre l'initiative. Il faut, en effet, créer un contrat entre l'école, l'État, les entreprises et, en même temps, favoriser le taux de croissance.
Quel rôle peut jouer la culture dans le développement du pays ?
Le Maroc a deux atouts. Un atout lié au passé, avec une histoire de plusieurs siècles, et un atout lié à son identité caractérisée par sa diversité. Cette diversité fait la force du pays. Par ailleurs, nous avons réussi à protéger notre patrimoine. Il faut dire également que l'identité marocaine est ouverte. Les liens entre le passé, le présent et le futur font de la culture plus qu'un moyen d'épanouissement, un facteur de production et de progrès.
Un dernier message ?
Je dis qu'il faut aimer ce pays et participer en adoptant une démarche volontariste.