Fête du Trône 2006

Le Maroc répond fermement au vote défavorable du Parlement européen

L'accord de pêche qui lie le Maroc à l'UE depuis juillet 2005, reconduit à titre provisoire depuis février dernier, porte sur pas moins de 119 bateaux de pêche européens dont une centaine venant d'Espagne qui opèrent dans les eaux marocaines. La contrepartie financière se limite à 36 millions d'euros par an, somme que les spécialistes qualifient de dérisoire.

15 Décembre 2011 À 18:24

L'entrée en vigueur dudit accord, prévue pour mars 2006, a été repoussée à plusieurs reprises pour des raisons liées aux procédures de ratification et à une série de détails techniques. Conformément à l'accord de pêche, les bateaux européens peuvent prendre dans leurs filets jusqu'à 60.000 tonnes de poisson par an. Rappelons que les bateaux communautaires n'avaient plus accès aux eaux marocaines depuis 1999, date d'expiration du précédent accord de pêche. A l'époque, le gouvernement marocain avait pris la décision de ne plus reproduire l'accord. En fait, le Maroc ne se bousculait pas au portillon pour décrocher un tel accord, mais en raison des bonnes relations de voisinage avec l'UE, il se sentait naturellement enclin à répondre à un besoin exprimé par les pays européens et en premier lieu l'Espagne.

Déjà en 2001, les tentatives pour renouveler l'accord avaient été interrompues, achoppant sur la réévaluation du montant versé au Maroc. Que le Parlement européen (PE) rejette, de but en blanc, l'extension du protocole annuel de l'accord de pêche par 326 voix contre, 296 pour et 58 abstentions est un vote qui porte plus préjudice aux pêcheurs européens qu'au Maroc. En tout cas, la réaction du Royaume ne s'est pas fait attendre.

Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, il a été clairement indiqué qu'aucune activité de pêche de la flotte européenne ne sera tolérée et tous les bateaux opérant dans le cadre de l'accord sont invités à quitter les eaux territoriales nationales mercredi avant minuit. Plus encore, les autorités marocaines réfléchissent même à l'opportunité d'une réévaluation globale de leur partenariat avec l'UE. La réaction forte du Maroc est légitime dans la mesure où le Royaume n'a pas été demandeur de la prorogation de l'accord, mais n'a fait que répondre favorablement à une sollicitation européenne en la matière. Cela rappelle l'épisode de 1999 quand le Maroc avait permis à une soixantaine de bateaux galiciens (Espagne) de pêcher dans ses eaux désamorçant ainsi une grave crise qui allait coûter 120.000 emplois en Galice. Toutefois, la fluidité des rapports entre le Maroc et les pays européens dans le domaine de la pêche vient de se heurter au caractère formel que constitue l'espace communautaire de l'UE.

Dépassant les clivages politiques que certains lobbies européens s'ingénient à mettre en relief, le Maroc a toujours voulu faire de l'accord de pêche un pont supplémentaire dans ses relations avec l'UE. Rabat ne quémande ni expertise ni accompagnement encore moins une contrepartie financière insignifiante. Le pays a montré sa capacité à gérer son secteur à travers les plans d'aménagements des pêcheries qui se multiplient ou encore sa fermeté à imposer le repos biologique pour régénérer la ressource. Le ministre de l'Agriculture, Aziz Akhennouch, qui a qualifié de regrettable le vote du Parlement européen, a tonné que le Maroc comptera sur ses propres moyens pour poursuivre le développement du secteur halieutique. Il a ajouté qu'une telle situation peut même être bénéfique pour le Maroc qui peut toujours se tourner vers ses entreprises ou faire valoir d'autres partenariats avec d'autres pays. Les réactions des pays européens n'ont pas été de moindre virulence contre le vote du PE. L'UE a indiqué, jeudi à Bruxelles, qu'elle reste «déterminée» à poursuivre le dialogue avec le Maroc sur les questions de pêche et à faire avancer les négociations sur un nouveau protocole. «Nous restons déterminés à poursuivre le dialogue avec le Maroc sur les questions de pêche et avons pris bonne note de la demande du Parlement européen à la Commission de faire avancer les négociations sur un nouveau protocole», a affirmé dans une déclaration à la MAP, Maja Kocijancic, porte-parole de le Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Ashton.

Le chef de la délégation de l'UE à Rabat, Eneko Landaburu, n'a pas caché son regret face à un tel vote. Même réaction du ministère espagnol de l'Environnement et du Milieu rural et marin.
Les armateurs espagnols aussi n'ont pas contenu leur colère face à un vote qu'ils considèrent préjudiciable au secteur de la pêche en Espagne. Le gouvernement autonome de Catalogne a annoncé, mercredi, sa décision de poursuivre en justice l'Etat espagnol pour réclamer le versement de 759 millions d'euros prévu, selon lui, dans le nouveau statut d'autonomie de la région.

Pour sa part, le président de l'Association des armateurs de la pèche industrielle portugaise (ADAPI), Miguel Cunha, a qualifié jeudi de «désastreux» le rejet de la prorogation de l'accord de pêche Maroc-UE par le parlement européen (PE). Le Portugal occupe la deuxième place parmi les pays européens après l'Espagne, à bénéficier des licences de pêche accordées dans le cadre de cet accord, avec 14 bateaux opérant dans les eaux marocaines, a rappelé le président de l'ADAPI. Mais en votant contre le prolongement de l'accord de pêche, le PE n'a pas fermé toutes les portes. Nuance nécessaire, les perspectives d'un nouvel accord restent toujours ouvertes. Car le PE a procédé à un second vote approuvant les paramètres qui selon le Parlement devraient guider les négociations pour la conclusion d'un nouveau protocole. Mais ce serait sans compter sur l'adhésion du Maroc qui ne peut tolérer indéfiniment les sauts d'humeur du Parlement européen.
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