Plus qu'une victoire diplomatique pour les Palestiniens !
LE MATIN
31 Octobre 2011
À 18:42
A la proclamation des résultats, lorsqu'Elias Sanbar, le militant de la Palestine libre, le poète, l'historien, ambassadeur de Palestine auprès de l'Unesco s'est levé pour applaudir, les larmes aux yeux, la salle entière a vibré, ce lundi 31 octobre ! Les Palestiniens, qui n'avaient auparavant qu'un statut de «mission d'observation» à l'Unesco, sont désormais membres à part entière de l'Unesco. Et jamais l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture à laquelle se rattache plusieurs instituts et centres dans le monde entier, spécialisée du système des Nations unies, n'aura autant été fidèle à son acte constitutif. Que stipule cet acte ? Que l'Unesco doit « contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l'éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d'assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations unies reconnaît à tous les peuples » et donc au peuple palestinien. Cette adhésion de la Palestine à l'Unesco est une nouvelle avancée vers sa reconnaissance en tant qu'Etat qu'elle revendique auprès des Nations unies, demande formulée officiellement le 23 septembre dernier par Mahmoud Abbas. Elle constitue une impulsion pour la poursuite des efforts diplomatiques vers l'étape de la reconnaissance de l'Etat palestinien par le Conseil de sécurité.
Ce n'est pas tout, avec l'adhésion de la Palestine à l'Unesco, les responsables du patrimoine culturel palestinien pourront faire appel au Comité du patrimoine mondial pour inscrire de très nombreux sites historiques et culturels, avec des trésors architecturaux des époques romaine, byzantine, ottomane, des vieilles villes palestiniennes gorgées d'histoire. Des dizaines de bibliothèques situées dans la partie orientale d'Al Qods qui renferment un patrimoine inestimable d'ouvrages, de registres historiques devront être sauvés. Si ces nombreux biens sont inscrits, ils appartiendront à l'Humanité et devront être préservés grâce à une coopération financière et matérielle de la communauté internationale. Dans ce sens, le programme « Mémoire du monde » créé en 1992 par l'Unesco, « visant à sensibiliser la communauté internationale à la richesse du patrimoine documentaire, à la nécessité d'assurer sa conservation pour les générations futures et à le rendre accessible à un large public » est tout indiqué pour sauver les trésors déposés dans les bibliothèques d'Al Qods qui risquent d'être détruits par l'occupant israélien.
Ce patrimoine fait partie de la mémoire collective et doit être préservé par ce programme « afin d'éviter l'amnésie collective et de promouvoir la conservation des collections d'archives et de bibliothèque partout dans le monde ». Il faut tout faire pour éviter que ce patrimoine palestinien ne connaisse le sort des richesses du musée de Bagdad qui ont été pillées, brûlées pour faire disparaître une partie de l'histoire de l'humanité, « frappant ainsi le cœur de la région mère de presque toutes les civilisations qui ont directement façonné l'Occident ». Le pillage d'un des musées les plus prestigieux du Moyen-Orient avait été un crime contre l'humanité, 170 000 objets ayant été volés et de précieux manuscrits brûlés. L'adhésion de la Palestine à l'Unesco est peut être un moyen d'éviter de tels massacres, car en Palestine, on tue les hommes, les femmes et on détruit toutes les formes de cette mémoire qui dérange et qui témoigne d'une des tragédies les plus injustes de l'histoire contemporaine.