Fête du Trône 2006

La démocratie, entre espoir et raison

07 Août 2011 À 16:26

Bien que la sagesse et le devoir de réserve nous interdisent de nous mêler et de commenter la tragédie multiforme qui-images à l'appui-se déroule sous nos yeux, en Syrie et en Libye, il faut continuer à en appeler à la raison et souhaiter que la guerre cesse. Effarés, l'opinion internationale, les Nations unies, les gouvernements de tous les pays d'Europe, d'Amérique, d'Asie et d'ailleurs réagissent dans le même sens, avec le même souci de voir surgir, quelle qu'elle soit, une issue à ces conflits sanglants. Un président français disait en 1980 que «la guerre est toujours possible et l'équilibre du monde dépend de la capacité de sang-froid et de sagesse de quelques hommes politiques» ! Il parlait de «quelques hommes» et non «des» hommes…
Bien rares en effet paraissent les hommes politiques, les dirigeants en l'occurrence, qui prennent sur eux de refouler un certain appétit du pouvoir, renoncent à celui-ci pour offrir à leurs peuples les modalités profondes d'un changement réel. Jusqu'à preuve du contraire, à l'exception du Maroc, où s'est produite une véritable révolution constitutionnelle, les pays arabes semblent résister aux vents puissants de la réforme.


Et les tentatives de changement épousent plutôt le triste profil de la violence et des affrontements. Les pouvoirs en place, aussi bien en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye et en Syrie ont été ou sont encore confrontés à la colère et à la révolte populaire. Certains, « sûrs de soi et dominateurs » comme disait le général de Gaulle, avec ou sans succès, recourent à la force et frappent impitoyablement dans le tas. Avec la conséquence immédiate de ternir leur image, de s'aliéner encore plus le soutien des peuples et de générer une crise des consciences.
La violence de l'Etat assure sans doute la victoire politique, mais jamais la stabilité et encore moins la cohésion nationale. Il faut donc se garder d'un triomphalisme qui table sur la force et surtout de l'idée que les peuples, de nos jours, accepteront d'être écartés de la gestion politique. La colère populaire incarne les limites de la force des Etats et des pouvoirs, on ne le dira jamais assez. Ce qui se déroule devant nos yeux, rapporté chaque heure par les chaînes de télévision, c'est en quelque sorte l'illustration d'un échec, mais aussi celle d'un réflexe naturel : la comparaison qui va de soi avec ce qui se passe chez nous. Aucun citoyen marocain ne saurait être indifférent à ce qui se passe chez nos voisins, aucun non plus ne saurait s'interdire, avec raison, de regarder l'évolution différente qui s'est mise en place au Maroc. C'est dire que le changement, même tardif, est affaire de volonté. Encore que le changement devrait-il être laborieux, cohérent et répondre à la volonté unanime d'un peuple, construit sur la base d'une transformation adaptée. Ce qui se passe en Tunisie et en Egypte, bien qu'applaudi au départ, encouragé par les pays occidentaux, se caractérise à présent par un certain attentisme et des velléités revanchardes, autrement dit le contraire de l'espérance initiale.

Une certaine confusion, la tentation d'une justice expéditive, l'émergence de forces obscures, le risque de basculement dans l'anarchie semblent désormais pointer à l'horizon et menacer ainsi, c'est le moins que l'on puisse dire, la cohésion des nations concernées. Non que la situation précédente fût meilleure ou acceptable, mais le changement espéré, conduit ensuite sous le signe des défis du pouvoir, devait apporter soulagement et confort. On désespère à présent de voir les changements radicaux, accompagnés de violences malheureuses, produire les résultats escomptés, tant la logique d'affrontement et les ingrédients d'instabilité continuent à prédominer. L'interrogation vient alors immédiatement à l'esprit : un changement politique devrait-il venir d'en haut ou de la base ? A quelle aune faudrait-il jauger de sa réussite ? Peut-on imaginer le changement sous l'angle exclusif du renversement du pouvoir ? Ou devrait-il associer ce dernier et la base pour lui assurer les meilleures conditions de réussite ?

Les pays arabes, si différents soient-ils dans leurs superstructures et leurs statuts, ne peuvent échapper à la règle que tout changement doit être l'œuvre d'une volonté partagée, certes, mais de l'irrésistible détermination des dirigeants à se dépasser eux-mêmes, à mettre en veilleuse leurs ambitions, à s'inscrire dans une optique de construction. L'exemple du Maroc en l'occurrence reflète bel et bien, outre l'exemplaire sagesse de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, une irréductible volonté de doter le Maroc d'institutions pérennes et viables. Bien sûr, nous dira-t-on, on ne compare jamais l'incomparable. Encore une fois, notre pays a relevé les vrais défis : ceux de la modernité, de la mise en place d'institutions réellement représentatives-dont la nouvelle Constitution adoptée à l'unanimité populaire le 1er juillet dernier-, de la Régionalisation qui est le vecteur de la promotion démocratique, de la croissance qui en découle à coup sûr, enfin de la « conscientisation » des enjeux du Maroc du troisième millénaire…Gardons l'espoir que l'exemple marocain donnera ses fruits…

 
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