Il reste beaucoup à faire en matière de responsabilité sociale
LE MATIN
11 Mai 2011
À 16:51
Quelles conclusions, quelles tendances de fond peut-on tirer de la journée des Premières Assises de la Responsabilité Sociale de l'Entreprise (RSE) ? D'une profusion d'idées, de discours pluriels, de propositions parfois de doléances, un constat s'impose :les axes d'engagement inscrit dans la Charte de responsabilité sociale de la CGEM, relative au respect des droits humains, à la dignité au travail, à l'équité, à la transparence, au développement durable, au respect des règles de la saine concurrence, l'engagement sociétal sont fortement présents dans le contexte politique actuel et sont au cœur de l'actualité régionale du «Printemps arabe». Il y a d'autre part, une prise de conscience collective des enjeux environnementaux. Ces fortes demandes sont également au cœur du discours royal du 9 Mars comme l'ont souligné le Premier ministre, et les ministres présents à cette rencontre, Nizar Barakat, Jamal Rhmani et Mme Nouzha Skalli, ainsi que le président de la CGEM, M. Horani. Il y va donc de la responsabilité de tous, de contribuer à améliorer ces «rapports collectifs» et à promouvoir des règles et des valeurs au sein de l'entreprise qui produit de la richesse certes, mais qui entretient également des relations avec les différentes parties prenantes : syndicats, ONG, fournisseurs, actionnaires. La dynamique interne est donc vitale rappelle Jamal Belahrach qui appelle à renforcer le climat de confiance et à ne plus avoir peur de «l'autre» du manager ou du syndicat.
Le message est-il entendu par toutes les parties prenantes ? Les syndicats par la voie de Miloudi Moukharik SG de l'UMT disent «revendiquer» la RSE qui aide à la prise en compte des intérêts des travailleurs. Au-delà de l'effet «marketing social» qu'est-ce donc que la RSE ? Une contrainte ou un levier de croissance, un atout de durabilité, une valeur ajoutée pour l‘image de l'entreprise, un levier sur les marchés financiers et un critère d'attractivité pour les investisseurs ? C'est tout cela à la fois, disent les intervenants étant entendu que «la recherche de performance, de rentabilité n'est pas incompatible avec un comportement responsable. La démarche de RSE implique aussi, déclare M. Barakat, la lutte contre la corruption, le respect des règles concurrentielles et l'implication de l'entreprise dans le local. Et de citer pour le premier point les mesures de la déclaration du patrimoine, de la protection des témoins et des 7000 dossiers de détournement et d'enrichissement illicites des fonctionnaires actuellement entre les mains de la Justice.
On retiendra cependant un argument important : l'universalisation du concept RSE. Désormais les entreprises seront jugées sur des critères financiers et économiques, mais également sur des critères relatifs à leur comportement sociétal et environnemental. Ceci explique le développement des agences de notation sociales et des fonds de placement et d'investissement éthiques. Mieux encore et comme nous le confie Fouad Benseddik, le G20 qui se réunira en automne prochain envisage une déclaration sur la RSE comme élément de régulation de la mondialisation. De la phase de recommandation, cette déclaration va devenir contraignante. Et derrière cela, il y a des risques de protectionnisme des pays industrialisés qui demandent l'intégration de critères sociaux et environnementaux dans l'autorisation d'exportation des pays émergents vers les pays du Nord.
D'où des résolutions comme celle d'Harlem Désir au Parlement européen qui recommande de prendre en compte les critères de RSE dans l'accès au marché européen des produits en provenance des pays du Sud ! Le Parlement européen a en effet adopté en novembre dernier à une large majorité de 480 voix contre 48 le rapport présenté par Harlem Désir sur la Responsabilité sociale des entreprises dans les accords commerciaux internationaux, qui demande à la Commission d'introduire la RSE dans tous les accords de commerce signés par l'Union européenne. Le prétexte souligne ce député français socialiste étant que « La mondialisation s'est accompagnée d'une compétition intense entre pays pour attirer les investisseurs étrangers. Cela a conduit à des abus intolérables de la part de nombreuses multinationales, dans les pays en développement, où la législation sociale et environnementale est faible » d'où cette nécessité d'introduire une régulation par la RSE pour éviter les dumpings sociétaux et environnementaux. Autre point crucial : les Nations unies ont pris une initiative pour les investissements responsables qui regroupent tous les grands fonds de pension .Seules les entreprises labellisées RSE seraient éligibles pour bénéficier de ces investissements et un pays comme la Chine longtemps décriée pour son dumping social a entrepris une mise à niveau de ses entreprises et des multinationales qui s'installent dans ce pays.
L'adoption des critères RSE ne serait dès lors plus une option, ou un choix pour les entreprises marocaines exportatrices mais tout simplement une obligation ! Pour l'heure et comme le souligne le ministre du Travail et de la Formation professionnelle, 51% des entreprises sur un échantillon de 3000 répondent aux critères de conformité aux dispositions du code de travail et ce, après un programme d'accompagnement mené avec la CGEM .
Le problème crucial étant le déficit des médecins du travail qui ne dépasse pas le nombre de 1100 alors qu'il en faudrait plus de 13000 ! Même si la législation du Maroc signataire de toutes les conventions est conforme aux standards internationaux, cela ne suffit pas !il faut améliorer la capacité d'application de cette législation pour perfectionner les pratiques des entreprises marocaines qui pourront ainsi faire face à la concurrence. Et là aussi le rôle de l'Etat qui doit s'intéresser à ses entreprises est vital comme le rappelle Mme Rahmouni qui en appelle à l'intelligence économique comme cela se passe aux Etats-Unis .
En devenant partenaire du monde l'entreprise, l'Etat pourrait favoriser l'implantation du concept RSE et en favoriser la propagation. Beaucoup d'entreprises marocaines ont adhéré au Pacte mondial lancé par l'ancien SG des Nations unies en 2000 souligne Rachid Filali Meknassi expert du BIT, mais pour l'heure et au-delà d'une bataille du nombre, force est de constater que peu d'entreprises sont labellisées, même si comme le souligne Mr Horani nous sommes à la deuxième génération des labellisées qui sont au Top ! A la CGEM, dit M. Horani, il faut renforcer cette dynamique RSE pour toucher plus d'entreprises en hiérarchisant le niveau de certification. On pourrait ainsi créer un niveau intermédiaire pour que le concept RSE soit plus accessible aux entreprises marocaines. Une idée à retenir pour nourrir le mouvement RSE …