Le dogme de «la barrière d'espèce» paraît de plus en plus en défaut
LE MATIN
29 Juin 2011
À 18:03
Un événement important aura lieu au lendemain du référendum, les 2 et 3 juillet à Skhrirat. Il s'agit des 2e Assises vétérinaires qui réunissent plus de 500 vétérinaires en cette année 2011, déclarée Année mondiale vétérinaire, qui correspond au 250e anniversaire de la Première école vétérinaire créée au monde, à Lyon, par Claude Bourgelat. Si pour cette célébration le slogan à l'échelle mondiale est « vétérinaire pour la santé, pour l'alimentation et pour la planète », le thème des assises de l'Ordre national vétérinaire au Maroc porte sur « Vétérinaires, partenaires du Plan Maroc vert pour le développement et la sécurisation des productions animales ». Tout est dit dans ce mot, celui de sécurisation que l'on retrouve au cœur des préoccupations, des interventions du ministre Aziz Akhannouch, du Haut commissaire aux eaux et forêts, M. Lhafi, des spécialistes, médecins, vétérinaires, ou des ateliers qui seront dédiés à ces assises. On se souvient du cauchemar créé par la dernière panzootie de grippe aviaire H5N1. Si aujourd'hui la peste bovine a été éradiquée, il reste que les ravages d'autres foyers comme celui de la fièvre de West Nile au Maroc, décelé dans les provinces de Mohammedia en août 2010, n'ont pas cessé. Il reste que la multiplication des pandémies de par le monde inquiète l'opinion publique.
C'est l'esprit de l'intervention du Pr A. L. Parodi de l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort, en France, qui interviendra à Skhirat sur la « Santé publique, un monde, une santé ». Dans une de ses conférences, il avait souligné : « L'apparition et l'extension de maladies épidémiques, souvent inquiétantes qui, par leur diffusion brutale, ont régulièrement marqué ces dernières décennies. Soixante-quinze pour cent de ces maladies émergentes ou réémergentes sont des anthropozoonoses ou zoonoses, provoquées par des agents infectieux d'origine animale, issus souvent d'espèces sauvages. Le dogme de «la barrière d'espèce» paraît ainsi de plus en plus en défaut. Adaptation des agents pathogènes à la faveur de mutations génétiques, proximité plus étroite entre l'homme et des espèces animales domestiques, de loisir et de production, contacts avec la faune sauvage plus nombreux, accroissement des populations humaines, conditions de vie défavorables, augmentation du nombre d'individus immunodéprimés, déplacements fréquents et lointains, échanges commerciaux internationaux plus actifs, sont autant de mécanismes et de conditions favorables à l'éclosion de ces épidémies.
Le contrôle de ces maladies infectieuses nouvelles ou réapparues fait l'objet d'une mobilisation scientifique, très généralement internationale, active et souvent fructueuse. Néanmoins, parce qu'elles sont souvent soudaines, imprévisibles et susceptibles de s'étendre rapidement à l'échelle mondiale, elles nécessitent la mise en oeuvre de moyens permettant d'assurer un état de vigilance permanent et de déclencher très rapidement la riposte internationale. Ces moyens, coûteux, ne peuvent être fournis qu'à la faveur d'une coopération étroite entre instances sanitaires médicales et vétérinaires ». A côté des ateliers dédiés à la formation, à la pharmacie vétérinaire, à la santé publique vétérinaire, au secteur public vétérinaire, à l'organisation juridique de la profession, il sera aussi question de cette coopération internationale. Au Maroc, une grande partie de la population, souvent la plus démunie, est en contact dans le monde rural avec les animaux. D'où la nécessité d'une vigilance continue des pouvoirs publics en général et des vétérinaires en particulier.